et toujours Wadji Mouawad

juillet 22, 2009 § Poster un commentaire

Dans la cour du musée Calvet, les lectures se suivent, tous les matins à 11h. Aujourd’hui et demain, c’est Wadji Mouawad à l’honneur (artiste associé du 63ème Festival oblige).
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Ce matin, le texte lu était «  Silence d’usines : paroles d’ouvriers« , des entretiens recueillis auprès d’anciens ouvriers de l’usine Philips d’Aubusson par Wadji Mouawad, en 2004. En effet, en 1987, l’usine Philips d’Aubusson fermait ses portes et laissait sur le carreau 300 ouvriers. CIMG1744
Ces conversations ont été enregistrées puis retranscrites et soumise à l’approbation de chacune des personnes interrogées. Les textes que nous avons entendus, pour cette raison, conservent la sincérité du témoignage.
La façon de procéder de W. Mouawad est toujours la même. Les personnes déclinent leur identité, puis les prénoms de leur parents, de leurs grands-parents quand c’est possible. Une façon de dessiner le personnage, de comprendre d’où il vient, avant d’entrer à l’usine. Là, ils expliquent la tâche qu’ils accomplissaient, 45h par semaine dans les années soixante,-quand ils ne devaient pas revenir travailler le samedi matin, si on le leur demandait. W. Mouawad qui a dit en préambule à la lecture qu’il ne connaissait rien du monde ouvrier, leur pose systématiquement la question de savoir à quoi il pensaient pendant de si longues heures à leur poste de travail. Peu de réponses… L’ambiance de l’usine, une espèce de grande famille, les oeuvres sociales, le sport, sont évoqués. Puis vient la date fatidique. « Un coup de poignard » comme dit une des interviewées. Et après… Le reclassement, plus ou moins difficile, une chance a posteriori pour certains qui ont donné une autre orientation à leur vie, une brisure irréparable pour d’autres.
À la fin, à chacun, W. Mouawad dit : « Au fronton de vos mairies, trois mots symboliques de votre République sont écrits (je rappelle qu’il n’est pas français, que la France ne lui en a pas donné le droit), Liberté, Égalité, Fraternité. Lequel vous semble-il le plus en danger ?  » Majoritairement, il est répondu : l’égalité.
Deux acteurs Patrick Le Mauff et Nathalie Bécue lisent les paroles d’ouvriers, W. Mouawad interprétant son propre rôle, celui de l’interviewer.
Dans le public, des anciens de Philips étaient venus assister à la lecture, avaient fait le voyage d’Aubusson, uniquement pour cet événement.

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Discours guerriers, paroles guerrières

juillet 15, 2009 § Poster un commentaire

CIMG1732 France-Culture offre des moments rares et précieux aux festivaliers. Dans la magique cour du musée Calvet, des lectures sont organisée. Wadji Mouawad a été naturellement sollicité pour être un auteur lu dans ce lieu. L’amitié qui le lie à Jane Birkin (née de l’admiration qu’elle a su lui exprimer pour son oeuvre au fil des années) lui a fait souhaiter écrire pour elle. Son propos obsédant étant la guerre, il a écrit La sentinelle, la deuxième partie de la lecture d’hier soir.
Parlons d’abord de la première partie, uniquement masculine avec les acteurs Jérôme Kircher, Hugues Quester, Bruno Blairet et le musicien Francis Jacob, est un assemblage de discours guerriers-paroles guerrières d’Agamenon à George W. Bush comme l’avait dit W. Mouawad au micro d’Arnaud Laporte.
Parfois drôles par leur cynisme, parfois poignants à la limite du supportable (comme par exemple un texte d’Henri Dunant sur une amputation lors de la bataille de Solférino), ces textes montrent la constance de la présence de la guerre dans l’histoire de l’humanité avec les mêmes causes et mêmes effets, même si les moyens sont différents (de la lance à la bombe atomique). Francis Jacob, sur un rythme léger, par dérision, chante de temps en temps un extrait du Chant du départ : un Français doit vivre pour elle… pour elle, un Français doit mourir. Les paroles sont là. En ce 14 juillet, elles revêtent pour moi un sens particulier, moi qui me demande toujours pourquoi l’on célèbre une révolution par un défilé militaire, pourquoi les militaires sont, ce jour-là, le symbole de la République.
Pour la deuxième partie, Jane Birkin est seule en scène. Elle lit le texte écrit pour elle : La Sentinelle. Elle est vigie sur un bateau qui erre sur le globe après une catastrophe due à une guerre. Sa voix est à la fois fragile et forte de la révolte qui l’habite. La parole guerrière dans la bouche d’une femme n’est plus la même, elle est dans l’humain, la chair. La parole de mort devient la parole de vie.
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Ce soir à 20h, une deuxième édition de cette lecture aura lieu au musée Calvet et sera retransmise sur France-Culture en direct.

en vrac, quelques photos et peu de commentaires…

juillet 14, 2009 § 1 commentaire

En ce 14 juillet, je n’étais pas à la garden party de l’Élysée, mais dans la cour du Conservatoire d’Avignon pour assister en direct à l’émission Tout arrive.
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Élia Suleman.
CIMG1724Wadji Mouawad, Arnaud Laporte et Jane Birkin
CIMG1725 Jane Birkin
CIMG1728 Sophie Joubert, Wadji Mouawad et Arnaud Laporte
CIMG1729_2_2 Wadji Mouawad et Sophie Joubert
Pas le temps de faire des commentaires, sinon pour dire que je vais ce soir au musée Calvet écouter le texte dit par Jane Birkin, Jérôme Kircher, Hugues Quester, Bruno Blairet et le musicien Francis Jacob. Discours guerriers, paroles guerrières de Wadji Mouawad et que l’émission n’a fait que me conforter dans ma décision.

Certains n’ont rien à dire, d’autres pas.

juillet 12, 2009 § 1 commentaire

Il serait bien prétentieux de donner mes impressions d’un moment de festival qui ne fait que commencer. J’ai fait une parenthèse, hier, en allant à Vaison voir le ballet de Angelin Preljocaj, Blanche-Neige et en suis revenue très déçue. Le chorégraphe n’avait visiblement rien à dire.
Alors, revenons à Avignon.
En attendant ce soir de voir Ode Maritime de F. Pessoa mis en scène par Claude Régy, j’ai lu le dossier dans le Matricule des Anges consacré à Wajdi Mouawad.couv105
Je n’ai pas vu Littoral, Incendies, Forêts dans la cour d’Honneur, les onze heures de spectacle m’étant apparues au-dessus de mes forces. Je le regrette. Cependant, j’irai voir Ciels, la quatrième partie du « quatuor » (Mouawad préfère ce terme à celui de tétralogie) qui est composé aussi des trois pièces précédemment citées et rassemblées sous le titre Le sang des promesses.
Dans le dossier lu dans LMDA, j’ai noté quelques réflexions de l’auteur canadien :

Moi, je ne vote jamais. Je ne peux pas voter pour un État qui, demain, peut prendre un enfnat et l’envoyer à la guerre. De façon générale, je ne peux pas faire confiance à ce truc qui s’appelle le pouvoir.

Je n’ai aucune velléité politique. Je n’y crois pas, et je m’en méfie beaucoup puisque je viens d’un pays (le Liban) où les tendances politiques sont dix-neuf et où elles se tapent dessus continuellement. Pour moi le « nous » se joue sur une notion très simple qui est celle de la compassion, de l’empathie. Nous sommes tous semblables, mais c’est notre manière d’être semblable qui nous rend différents. Et le théâtre est le lieu où ça se fait puisque le spectateur et l’acteur réunis ensemble autour d’un mot, autour d’une phrase, sont à la fois seuls et à la fois ensemble.

Wadji Mouawad a quelque chose à dire, lui.

Où suis-je ?

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