Une femme agenouillée…

avril 11, 2009 § Poster un commentaire

Puisque nous sommes encore pour quelques heures en période de Carême, respectons-le enfin (depuis quarante jours que ça dure, il serait temps !), en offrant un extrait supplémentaire de Proleterka de Fleur Jaeggy :660-4-4_p526

Parmi les passagers, le Pfarrer, le pasteur grand et fort avec sa femme.(…) Dans la cabine avec sa petite femme. Il l’a connue quand elle était enfant. Et maintenant elle a peur de lui. Une fidèle qui a peur du pasteur. Elle s’agenouillait dans la cabine. Lui, il la soulevait de terre, elle pesait peu. Mais elle, elle voulait rester agenouillée près du lit. Elle ne voulait pas pécher. Nous sommes mariés avec l’approbation du Seigneur, disait le pasteur. La petite femme n’arrivait pas a y croire. Et elle essayait de lui faire partager le plaisir qu’elle éprouvait en restant agenouillée sur le sol et non pas au lit avec lui.

Cette scène me fait penser à l’extrait d’une interview de Régis Jauffret parue dans les Inrockuptibles (n°682-683-684/28 décembre 2008). Je vous le site pour mettre fin au Carême avec le regard ironique de l’auteur de Lacrimosa.

Au sein du couple, quand une femme s’agenouille, c’est rarement devant Dieu. J’ajouterais que dans pareil situation, l’homme le plus souvent ne prie guère non plus.

Fin de Carême.

Le numéro 100 du Matricule des Anges

février 5, 2009 § 3 Commentaires

Au cas où cela aurait échappé à certains, la revue littéraire Le Matricule des Anges (LMDA) existe depuis 1992 ou plus exactement depuis 100 numéros. Thierry Guichard son valeureux rédac’ chef a sombré dans la commémoration… Il n’aimerait que je dise ça, mais quelque part, il doit être sinon fier, du moins satisfait d’avoir mené la barque du magazine littéraire à travers les tempêtes. Pour faire la fête, (on attend toujours la tournée générale !), il a demandé à aux collaborateurs de la revue « Pourquoi écrivez-vous de la critique littéraire? », à 40 auteurs (Non ! Pas les voleurs ! ) et aux lecteurs de répondre à la question « Quelle critique littéraire attendez-vous ? »
En ce qui concerne les auteurs je vais citer des extraits des réponses faites par quelques-uns qui ne sont pas choisis par hasard mais plutôt en fonction de mes goûts en la matière :
Éric Chevillard :

Mais je veux une critique littéraire à ma botte, exaltée, fanatique, qui sache dégager subtilement le dessein secret de ma grande oeuvre, sa radicale nouveauté, les mille intentions qui l’ordonnent, les finesses de style et de pensée dont elle est constituée et quelques autres encore que j’aurais étourdiment omis d’y inclure et qu’elle inventera pour moi…

Éric Faye :

I – Tu seras à la fois juge et partie, tel Yann Moix qui, sublime plume, signe à la fois des romans de haut vol et, dans le Figaro courageusement publie des critiques sur de jeunes auteurs inconnus comme Guy Bedos.

Lydie Salvayre :

Petit aperçu de critiques suscitées par la publication en 1857 et 1861 des fleurs du Mal de Monsieur Charles Baudelaire, d’où il ressort qu’il est préférable d’être jugé par Messieurs Gustave Flaubert et Victor Hugo, génies incontestables, que par Monsieur Gustave Bourdin, lequel n’a laissé dans l’histoire littéraire que le straces de sa bave…

Régis Jauffret :

Être un écrivain vivant est toujours plus doux que d’être un squelette sanctifié. Si je savais qu’un de mes livres me survive, je le poursuivrais de ma haine, car il est si rassurant de se dire qu’après soi ni être ni bouquin ne continueront à se pavaner, alors que la fête sera finie pour nous.

Enrique Vila-Matas :

Même si, je l’admets, il a pu m’arriver de manifester à l’égard de la critique une certaine ironie, je n’en demeure pas moins convaincu de sa nécessité absolue.

Christophe Honoré :

Qu’elle vise juste !

Pierre Autin-Grenier :

()

Quelques lecteurs ont aussi répondu à la question. Normal ! Que vaut la critique si elle ne s’adresse pas aux potentiels lecteurs, spectateurs de cinéma ou de théâtre ? Voici ma contribution parmi d’autres :

Je pense souvent à cette scène du film de François Truffaut, L’amour en fuite. Antoine Doinel accompagne son fils à la gare de Lyon et lui donne ses derniers conseils avant que le train démarre :  

       Travaille bien ton violon, Alphonse. Si tu travailles bien et si tu es doué, tu deviendras un grand musicien.

       Et si je travaille mal ?

       Si tu travailles mal et si tu fais plein de fausses notes, et bien, tu seras critique musical.

À travers son personnage, son double fictionnel, François Truffaut fait une allusion à peine déguisée au 7e Art. Lui-même critique avant d’être réalisateur, peut-être voulait-il dénoncer une profession composée de gens qui ont une connaissance technique, théorique du cinéma sans oser s’y frotter concrètement ? Par manque de talent ? C’est ce qu’il insinue par la bouche de Jean-Pierre Léaud. Peut-être par manque d’audace ?, pourrais-je ajouter.

Si je fais glisser sa réflexion vers le domaine littéraire, la critique ne serait faite que par des écrivains ratés ? Céline ne se privait pas de l’écrire : « Ce sont les ratés les plus rances qui décrètent le goût du jour ! ». Si cela était le cas, pourquoi écouterions-nous encore les avis d’untel ou d’unetelle, la frustration n’entraînant pas l’impartialité, faussant le jugement, aigrissant le meilleur de l’humain. Bien sûr, certains s’exercent parfois à porter les deux casquettes, sans grand talent d’un côté, sans grande crédibilité de l’autre. Que demande-t-on à la critique littéraire, sinon une lecture anticipée, lucide, et passionnée de ce que nous trouverons sur les rayons des libraires ? Si je la juge sincère, je lui accorde ma confiance. Mieux qu’une quatrième de couverture insuffisante ou erronée, la critique me guide, m’aide à faire des choix, des découvertes, m’invite sur des chemins qui m’étaient jusque-là inconnus.

Pour en revenir au film, L’amour en fuite, Antoine Doinel est l’auteur d’un roman, Les salades de l’amour – une auto-fiction, dirait-on aujourd’hui – dans lequel il raconte ses amours passées. On ne sait pas ce que la critique en a pensé, mais Colette, son ex, le trouve chez un bouquiniste, un an après sa parution. Ce n’est pas bon signe…

Le numéro 100 du Matricule est double car en plus de tout l’aspect commémoratif (TG ne va pas être content du tout que je dise ça !), il y a un vrai numéro avec Chloé Delaume en vedette, où l’on parle aussi des géniales éditions du Chemin de fer et de plein d’autres choses.
Pour qu’on fête le 200 ème numéro…

Quand la vie fait mentir la fiction…

septembre 24, 2008 § Poster un commentaire

Souvent, on aime bien prendre ça et là au hasard des lectures, des phrases qui confortent ou éclairent ce que nous pensons. Une citation bien placée est une argumentation de poids. Cependant, il est des auteurs qui se contredisent d’un roman à l’autre. Par exemple : Régis Jauffret.

J’ai lu son roman Asiles de fous sorti en 2005 dans lequel j’ai relevé ces phrases :

On ne se suicide pas par amour, autrement je l’aurais fait. J’aurais pu me pendre pour arrêter de vivre …

Affirmation sans appel, c’est comme ça et pas autrement.
Auteur de fictions, et même de Microfictions, Régis Jauffret jusque-là, avait éloigné sa propre vie de son écriture, par pudeur, par choix.
En 2008 changement radical dans Lacrimosa. Que raconte-t-il ? L’histoire d’une fille qu’il a vraiment aimée, dans la vraie vie et qui s’est pendue… par amour ou par manque d’amour.
Bouleversante coïncidence d’idées contradictoires dans deux romans d’un même auteur. Jauffret s’est laissé rattraper par la réalité, la noirceur de la vie était plus noire que celle de ses fictions.

Où suis-je ?

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