Roussel / Duchamp (2)

octobre 18, 2009 § Poster un commentaire

Donc Duchamp assiste à la représentation des Impressions d’Afrique en 1912. Il dit qu’il fut, alors, peu attentif au texte. Quand il le lut, plus tard, voici ce qu’il en dit : « Roussel se croyait philologue, philosophe et mathématicien. Mais il reste un grand poète » Duchamp ne connaissait pas, au moment de la représentation le procédé de Roussel.

L’obscurité de ces jeux de mots n’avait rien de mallarméen, rien de rimbaldesque. c’est une obscurité d’un autre ordre. C’est cela qui m’intéresse chez Roussel : ce qu’il a d’unique. C’est qu’il ne se rattache à rien d’autre.

confiera-t-il lors d’un entretien avec Alain Jouffroy de nombreuses années plus tard.verte+Duchamp reconnaît Roussel comme fondamentalement responsable de la Mariée mise à nue par ses célibataires, même.

Ce furent ses Impressions d’Afrique qui m’indiquèrent dans les grandes lignes la démarche à adopter. Je vis immédiatement que je pouvais subir l’influence de Roussel. Je pensais qu’en tant que peintre il valait mieux que je sois influencé par un écrivain plutôt que par un autre peintre.

Ce sont donc les Impressions d’Afrique qui confortent Duchamp dans son projet d’abandonner le caractère rétinien de la peinture.

70117_man_ray_duchampMarcel Duchamp, Man Ray

C’est en 1932 que Roussel se met à jouer aux échecs. Au bout de trois mois et demi, (il a) trouvé la méthode concernant le mat si difficile avec Fou et Cavalier., méthode qu’il expose dans Comment j’ai écrit certains de mes livres. C’est précisément en 1932 que Duchamp aperçoit Roussel jouant aux échecs au Café de la Régence, place du Palais Royal. il n’a pas osé se présenter. « roussel2Il avait l’air très « collet monté », faux col haut, habillé de noir, très, très avenue du Bois, quoi ! Sans exagération. Une grande simplicité, pas voyant du tout. À cette époque-là, j’avais eu un contact par la lecture, le théâtre, ça me suffisait pour penser, je n’avais pas besoin d’entrer dans son intimité. » On sait la passion que nourrissait Duchamp pour le jeu d’échecs, passion si intense qu’il abandonna un certain temps l’art pour ne se consacrer qu’à elle.
Lors d’un voyage en Italie en 1963, Marcel Duchamp et Teeny visitent Palermeit-grdhtlpalmes04 et passent une nuit au Grande Albergo delle Palme, l’hôtel mythique où décéda Raymond Roussel le 14 juillet 1933. Une sorte d’hommage/pèlerinage.

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Roussel / Duchamp (1)

octobre 17, 2009 § 1 commentaire

Image-5624-38781-headhuntress1C’est en 1912 que Marcel Duchamp rencontre l’oeuvre de Raymond Roussel. En effet, il assiste à la représentation des Impressions d’Afrique qui est donnée au Théâtre Antoine entre le 11 mai et le 10 juin, en compagnie de Picabia et de Gabrielle sur l’initiative d’Apollinaire. La pièce d’après son roman éponyme avait été jouée six mois plus tôt au théâtre Fémina. Au dires de l’auteur, « ce fut plus qu’un insuccès, ce fut un tollé. On me traitait de fou, on « emboîtait » les acteurs, on jetait des sous sur la scène, des lettres de protestation étaient adressées au directeur. » Gabrielle Buffet-Picabia garde de cette soirée le « souvenir d’un fou rire continu, et du ton grave dont il annonça l’avènement d’un nouveau Père Ubu » Duchamp resta marqué par cette représentation : « C’était formidable. Il y avait sur scène un mannequin et un serpent qui bougeait un petit peu, c’était absolument la folie de l’insolite. Je ne me souviens pas beaucoup du texte On n’écoutait pas tellement. »
commencer-lire-raymond-roussel-L-1-175x130Donc il y avait un serpent ! Était-ce un crotale, un boa ou un autre ? C’est le caractère visuel de la pièce qui saisit d’abord Duchamp. Roussel n’avait pas ménagé ses effets, ni sur scène, ni dans les publicités qui annonçaient son spectacle.Une bande dessinée placardée sur les murs de Paris, présentait en effet les scènes principales :

  • Le ver de terre joueur de cithare
  • Le nain Philippo dont la tête anormalement développée égale en hauteur le restant de l’individu
  • L’unijambiste Lelgoualch jouant de la flûte sur son propre tibia
  • Djizmé volontairement électrocuté par la foudre
  • La statue en baleines de corset roulant sur des rails en mou de veau
  • L’orchestre thermomécanique à bexium
  • L’horloge à vent du Pays de Cocagne
  • Les chats qui jouent aux barres
  • Le mur de dominos évocateur de prêtres
  • Le caoutchouc caduc contre lequel repose à plat le cadavre du roi nègre Yaour IX classiquement costumé en marguerite de Faust
  • Les poitrines à échos des frères Alcott
  • Le supplice des épingles

Le bexium ? Vous ne connaissez pas ? Voici la définition donnée par Raymond Roussel :

Suivant un court passage du manuscrit, Roméo attachait au cou de Juliette réveillée de son sommeil léthargique un riche collier de rubis, destiné d’abord, dans la pensée de l’époux, à orner seulement le froid cadavre de la bien-aimée.

Ce détail fournit à Bex l’occasion d’utiliser un baume de sa façon, dont l’emploi lui avait toujours réussi au cours de ses savantes triturations.

Il s’agissait d’un anesthésiant suffisamment puissant pour rendre la peau indifférente aux brûlures ; en appliquant sur ses mains cet enduit protecteur, Bex pouvait manier à n’importe quelle température certain métal inventé par lui et baptisé le bexium. Sans la découverte antérieure du précieux ingrédient, le chimiste n’aurait pu mener à bien celle du bexium, dont la spécialité réclamait justement d’extrêmes variations thermiques.

Pour remplacer le collier de rubis introuvable à Éjur même en imitation, Bex proposait plusieurs charbons ardents attachés à un fil d’amiante qu’il se chargeait de fournir.

Quand Marcel Duchamp dit avoir vu un serpent sur scène avait-il confondu avec le ver de terre joueur de cithare ? L’énigme reste entière.

Encore une histoire de Raymond Roussel ?

octobre 13, 2009 § Poster un commentaire

Je range ma bibliothèque, retrouve des livres oubliés et notamment la revue L’Arc consacrée à Raymond Roussel (1990).834588445_L Dans un article écrit par Harry Mathews et Georges Perec, on apprend que sur cinq feuillets, ces feuillets étant insérés dans un ouvrage intitulé Tragoedia Ducis Partibonis (la Tragédie du Doge Partibonis) d’Andrea Quarli, Roussel avait écrit l’ébauche d’une pièce de théâtre dont voici le résumé :

La scène se passe à Venise à la fin du 19è siècle. Accusé d’avoir violé sa fiancée, un jeune noble est sauvé in extremis par deux enfants, le frère et la soeur de la jeune fille qui jouaient à saute-mouton à l’étage au-dessus. Car leurs sauts provoquèrent des trépidations qui libérèrent les cris que la jeune fille a poussés au moment de l’agression et qui, captés par les canalisations d’eau, se sont emmagasinées sous forme de bulles dans la pomme de la douche.

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Cette « révélation liquide » : « Gob !…Laisse ! » accuse Gobbo, le batelier de la famille, qui avoue. La jeune fille ressuscite et le mariage est rapidement célébré.

Comme pour l’histoire du serpent à sonnette tout ça vous paraît un peu tiré par les cheveux? Mais c’est de la faute au procédé dont j’avais déjà parlé, cette histoire de métagramme.
Pour Fleisch, dans sa thèse sur les dramaturges français, suggère que le développement du thème est engendré par par la transformation de « La vérité sort de la bouche des enfants » en « La vérité sort de la douche des enfants« . La permutation du b en d est fréquente chez Roussel : Le crachat de la bonne à favoris pointus/ le crachat de la donne à favoris pointus, Dardanelles/Barde à Nesle, la place du bandit sur les tours du fort/ La place du dandy sur les tours du fort
Mais Perec et Mathews ont une autre hypothèse quant à l’évolution du récit :

le viol = l’outrage

une révélation (liquide) = est dit

au moyen d ‘une douche = de douche

d’une façon intermittente

ou/et

grâce aux sauts des enfants = par petits bonds

La tragédie du Doge Partibon = L’outrage est dit de douche par petits bondssaute-mouton-copie-1024x768.1224941523

Pas mal, les histoires de Raymond Roussel, n’est-ce pas ?

Quand un crotale attaque… (3)

octobre 4, 2009 § 4 Commentaires

Je n’ai pas fini avec cette histoire de crotale -d’ailleurs est-ce bien un crotale ?- car en continuant la lecture de Comment j’ai écrit certains de mes livres, on découvre une partie où sont regroupés dix-sept textes sous le titre : Textes de grande jeunesse ou textes-génèse. Et on en trouve un sous le titre de « Les anneaux du Gros Serpent à Sonnettes« . Ça nous rappelle quelque chose ! Comparons.arton145

Les anneaux du gros serpent à sonnettes se resserraient convulsivement sur la victime au moment où je levais les yeux. Jetant loin de moi le livre qui me captivait, je ne fis qu’un bond jusqu’à l’endroit fatal, et, tirant un couteau passé à ma ceinture, je frappai le monstre au beau milieu de la tête.

Dans cette version, Raymond Roussel utilise un couteau plutôt qu’un revolver. C’est beaucoup plus sportif. Ceci dit, ça n’a pas l’air de lui poser un gros problème puisqu’il n’y a pas de lutte, le premier coup est le bon.

Pas une goutte de sang ne jaillit ; le boa tué net tomba de lui-même en se déroulant à demi.

Vous avez remarqué : le crotale devient un boa. Cependant, Raymond Roussel aurait dû se renseigner car le boa n’a pas de sonnettes. Les sonnettes sont indispensables au récit puisque grâce au jeu des métagrammes, elles doivent devenir des sonnets.CIMG1057

Un homme parut alors, enjamba le corps du reptile et vint se mettre à genoux pour me serrer les mains avec émotion.
Et qui reconnus-je à ce moment dans celui que je venais de sauver ?
Mon gros Fermoir lui-même, mon ami, mon brave Breton à boucle d’oreilles, mon poète, mon cher musicien surtout, qui si souvent m’avait ému par les sons de sa vieille trompe d’église si profondément mélancolique.
L’histoire de Fermoir était touchante. Né dans un petit port du Finistère, il avait d’abord été enfant de choeur, puis sonneur, dans la vieille église qu’il aimait tant. Et chaque dimanche il charmait les fidèles en jouant de lentes mélodies du pays sur sa trompe si étrangement biscornue.

Sylvestre est devenu Fermoir. Les noms des personnages chez Roussel sont souvent des noms désignant des objets : Débarras, Soupe, Crin, Volcan, Broderie….

La muse le visitait souvent et son dieu était Arvers.

Arvers ? Il s’agit d’ Alexis-Félix Arvers, poète et dramaturge français né à Paris le 23 juillet 1806 et décédé dans la même ville le 7 novembre 1850, devant toute sa réputation à son Sonnet, l’une des pièces poétiques les plus populaires de son siècle. Un sonnet ? Nous y sommes. Le voici, le sonnet d’Arvers :

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
Un amour éternel en un moment conçu.
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.
Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.
Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas ;
À l’austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle :
« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.

9-Felix_Arvers Ce sonnet de quatorze vers était au XIX siècle sur toutes les lèvres. Le mystère de la femme en question y est peut-être pour quelque chose. Diverses hypothèses sur son identité circulaient : Marie Nodier (c’est sur son cahier qu’il écrivit ce sonnet), Madame Victor Hugo (les pénultien et anté-pénultien vers se terminent par « fidèle » et « elle » ce qui rimerait avec Adèle).

Revenons à notre Fermoir :

Il avait plusieurs cahiers remplis de courtes poésies de quatorze vers chacune et l’on y trouvait de charmantes choses sur la mer, les falaises, la foi et l’amour.

On comprend qu’Arvers fût son dieu !
Alors, cette histoire se termine toujours avec le même procédé expliqué dans un article précédent.

Les anneaux du gros serpent à sonnet.

Entre le début et la fin, c’est toujours autant tiré par les cheveux, je vous assure.

Quand un crotale attaque… (2)

octobre 3, 2009 § 3 Commentaires

Vous voulez connaître la suite de l’histoire commencée hier ? Alors je continue. Miniatura do painel de azulejos com a legenda da serpente

À l’instant même Sylvestre, enjambant le cadavre, venait se jeter en pleurant dans mes bras; je lui rendis son accolade et nous restâmes longtemps embrassés, en proie à une bien douce émotion.

– Mon pauvre Sylvestre, dis-je enfin en remettant mon revolver à sa place, il était grandement temps que je vous vienne en aide !

Il écarta le côté gauche de son veston et sortit de la poche intérieure deux longues boucles de cheveux blonds qui tombaient en spirales; à l’extrémité initiale de chacun s’entortillait régulièrement en de nombreux tours un fil de soie résistant et serré.

– Ce sont elles qui m’ont protégé ! s’écria-t-il en les portant à ses lèvres ; c’est ce talisman qui vous a conduit jusqu’ici pour me prêter main-forte !

Pendant qu’il parlait mes regards étaient attirés vers ses oreilles par deux cercles d’or qui brillaient au soleil.

– Mais enfin, repris-je, comment diable pareille aventure vous est-elle arrivée ?

Il baisa encore les deux boucles avant de les remettre où il les avait trouvées; ensuite il alla ramasser un vieil instrument de musique, une sorte de grosse trompe étrangement recourbée qui traînait par terre à quelques pas de nous.

– J’étais sorti ce matin pour aller dans la campagne me livrer à mon passe-temps favori, me dit-il ; je m’apprêtais à jouer de vieux airs du pays dans ce lieu solitaire, quand j’ai été attaqué par le monstre. nng_images.phpMais vous-même, comment êtes-vous arrivés si à point pour me sauver la vie ?

– Justement je relisais, tout en me promenant, quelques-uns de vos poèmes, répondis-je ;  vos cris m’ont fait lever les yeux et je suis venu à votre secours… À propos, où donc ai-je jeté votre livre ?

Je regardai autour de moi et j’allai prendre sur une grosse pierre, où il était tombé tout ouvert, un volume de petit format sur la couverture duquel on lisait ce titre : Larmes de Sang, par Sylvestre Pennanhoat.
– Heureusement, il n’est pas abîmé dis-je en examinant les feuillets qui avaient été les plus exposés ; vous pensez si j’y tiens c’est l’exemplaire qui contient votre dédicace !
Sylvestre avait mis son instrument en bandouilière à l’aide d’un cordon fixé en deux endroits du gros tube ; il tira sa tabatière de son gilet, y puisa une forte pincée dont il bourra son nez, et nous reprîmes ensemble le chemin de la Pointe-à-Pitre.

fin de la première partie de Nanon …

  • Cet homme, le narrateur, est aussi maniaque que moi en ce qui concerne les dédicaces sur les bouquins. Son premier réflexe après avoir abattu un crotale en lui tirant une balle dans la gueule, geste rendu nécessaire par le fait que l’animal était en train d’étouffer son ami, le poète, Sylvestre, son premier réflexe est de s’inquiéter pour son livre tombé dans la bataille car il est dédicacé. J’aurais fait pareil pour le livre (pour le crotale, c’est moins sûr, mes amis poètes sachez-le.).
  • En fait, j’aurais dû transcrire la nouvelle en entier, car  son intérêt  réside justement là, à sa fin quand on a le début. Raymond Roussel explique Comment il a  écrit certains de ses livres :

    Ce procédé, il me semble qu’il est de mon devoir de le révéler, car j’ai l’impression que des écrivains de l’avenir pourraient peut-être l’exploiter avec fruit.

    Je choisissais deux mots presque semblables (faisant penser aux métagrammes). Par exemple billard et pillard. Puis, j’y ajoutais des mots pareils mais pris dans deux sens différents, et j’obtenais ainsi deux phrases presque identiques.

    Les lettres du blanc sur les bandes du vieux billard…
    Les lettres du blanc sur les bandes du vieux pillard.

    On voyait quelqu’un écrire avec un blanc (cube de craie) des lettres (signes typographiques) sur des bandes (bordures) d’un billard.

    Dans le conte en question il y avait un blanc (un explorateur) qui avait publié sous forme de lettres (missives) un livre où il était parlé des bandes (hordes) d’un pillard (roi nègre)

    Alors, dans notre conte, Nanon Voyons comment il utilise son procédé. La première phrase est la suivante :

    Le repentir de la prise sur les anneaux du serpent à sonnettes s’empara de moi dès les premiers essais.

    La dernière :

    Le repentir de la prise sur les anneaux du serpent à sonnets.

    Ce qu’il y a entre les deux ? Alambiqué, tiré par les cheveux, ceux qui sont en boucles blondes que Sylvestre porte sur lui. Il est gentil Raymond Roussel de vouloir transmettre son procédé de fabrication, mais ce n’est pas vraiment convaincant. Son procédé peut faire penser à une écriture sous contrainte. Roussel était-il un Oulipien qui s’ignorait ?

  • Plutôt un surréaliste ? Voici ce que dit Ginette Adamson :

    Les surréalistes ne pouvaient manifester que de l’admiration vis à vis de Roussel qui, avant eux, avait su exploiter les mots tant sur le plan phonique que sémantique. Et le résultat d’un tel travail fut d’ouvrir une nouvelle voix à la poésie. Leiris, Desnos, Duchamp, pour ne citer que ceux-là ont tous fait usage de cette technique roussellienne.

    Duchamp a pris connaissance de l’oeuvre de Roussel quand il est allé voir avec Picabia et Appolinaire la représentation des impressions d’Afrique au théâtre Fémina en 1911. Tout de suite il s’est rendu compte que les techniques de Roussel pourraient s’adapter à sa peinture. « Roussel showed me the way dit-il dans une interview avec James Johnson Sweeney.duchampRousseldesnos

Partie d’un crotale en furie pour en arriver à Marcel Duchamp, c’est ainsi que va mon esprit.

Fin

Quand un crotale attaque… (1)

octobre 2, 2009 § 6 Commentaires

raymond_roussel

Ce livre est un roman, il doit se commencer à la première page et se finir à la dernière.

C’est la recommandation faite au lecteur par son auteur, Raymond Roussel, au début de son livre La Doublure (qu’on peut lire dans son intégralité, donc de la première à la dernière page sur Gallica)
Je ne vais pas suivre cette recommandation en reproduisant uniquement le début d’une nouvelle extraite de Comment j’ai écrit certains de mes livres img-402-0_m. Cette nouvelle s’intitule Nanon.

Le repentir de la prise sur les anneaux du serpent à sonnettes s’empare de moi dès les premiers essais. J’avais empoigné le crotale à pleines mains, mais, bien que tirant de toutes mes forces, je n’obtenais aucun résultat.Je vis bien que par ce moyen je n’arriverais jamais à dégager le malheureux Sylvestre qui ne pouvait m’aider en rien, paralysé qu’il était par la terrible étreinte du reptile enroulé de bas en haut et très étroitement autour de son corps.

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Je changeais de tactique et, tirant d’une poche spéciale de mon pantalon le revolver tout chargé qui ne me quittait jamais, je fis feu à bout portant dans la gueule du monstre au moment où il se retournait de mon côté pour me mordre.

L’effet fut immédiat ; un relâchement se produisit dans la crispation du crotale qui bientôt, se déroulant à demi, s’effondrait inerte sur le sol.

à suivre…

Où suis-je ?

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