De fil en aiguille ou de coïncidence en coïncidence (3)

novembre 24, 2009 § 1 commentaire

Jacques Rozier tourne Adieu Philippine, l’été 1960. Michel reçoit sa feuille de route. C’est en Algérie qu’il doit partir. Le mot n’est pas prononcé. Un personnage, qui fait une courte apparition au début du film, semble en revenir mais dit qu’il préfère ne pas en parler. Une allusion à la censure ? À l’occasion de la reprise du film, à la fin des années 70, Jacques Rozier décide d’ajouter, avant le générique, un carton sur lequel est indiqué « 1960, sixième année de la guerre d’Algérie ». Un autre film, Les parapluies de Cherbourg, reprend le même thème :

« Ce matin, j’ai reçu cette feuille de route et je dois partir pour deux ans. »

Guy annonce la nouvelle à Geneviève et cela donne l’une des plus belles scènes du cinéma (vous l’avez compris, j’adore.) dont la mélodie magnifique de Michel Legrand est ce que l’on pourrait appeler un « classique » du genre. La Nouvelle Vague (les deux Jacques : Demy et Rozier) parlait de la guerre d’Algérie, comme elle le pouvait.
Donc, dans Adieu Philippine, Michel reçoit sa feuille de route et doit se rendre à la caserne Charras à Courbevoie. Moi, à cet endroit, de caserne je n’en ai point trouvée. Serait-ce une invention de Jacques Rozier ? Mais, ces choses-là ça ne s’inventent pas. Alors j’ai cherché et j’ai trouvé que la caserne Charras avait bien existé, qu’elle était

destinée à abriter les gardes suisses construite en 1756 par l’ architecte suédois Charles Axel Guillaumot en application d’ un décret royal de 1754 ; elle est construite en même temps et sur le même modèle que celles de Rueil-Malmaison et de Saint-Denis ; inscrite à l’ inventaire supplémentaire des monuments historiques le 22 mars 1929 ; détruite en 1962 ; seule la façade de l’ avant-corps central a été conservée et remontée dans le parc du château de Bécon.


Donc, nous y voilà, une caserne disparaît en 1962 et elle réapparait où?
Dans un endroit qui n’existe pas : Bécon-les-Bruyères.
Dois-je ajouter que, alors que je venais à peine de faire cette découverte, le téléphone se mit à sonner ? Une certaine Madame Charras m’appelait. C’était la première fois que je l’avais au bout du fil. Elle me proposait du boulot…

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L’événement le plus important…

décembre 25, 2008 § 1 commentaire

« Citez-moi un film qui ait pour héros un moniteur d’auto-école à part L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la Lune de Demy ? Bonne chance parce qu’on ne peut pas dire que la profession ait été surexploitée au cinéma. » Philippe Katerine.

Comme je l’avais fortement souhaité, il y a presque deux mois, le coffret de l’intégrale de Jacques Demy était bien sous le sapin. Par quel film vais-je commencer ? Peut-être L’événement le plus important…. C’est une idée.

Une fin d’année heureuse…

novembre 4, 2008 § 8 Commentaires

Rien ne pourrait me porter à être optimiste en cette fin de journée pluvieuse, dans un contexte des plus sinistres (Le choix de la ville de Vichy pour abriter un sommet européen sur l’immigration n’étant pas un hasard et imprime nettement la couleur du gouvernement de ce triste pays), je trouve quand même le moyen d’entrevoir un peu de bonheur, de douceur, avant la fin de l’année qui arrive.
En effet, enfin, en vidéo, le coffret de l’intégrale de Jacques Demy que nous attendions depuis si longtemps (Problèmes de droits ). Mes cassettes VHF rendant l’âme au fur et à mesure, je ne pouvais plus voir La Baie des Anges ou L’événement le plus important …
Un bonheur n’arrivant jamais seul, Agnès Varda sort un nouveau film le 17 décembre…
p34
Il ne reste plus qu’à compter les jours.

Jacquot de Nantes

juin 23, 2008 § 6 Commentaires

Le soir de la fête de la musique, je suis restée chez moi. Ce n’était pas par esprit de contradiction, mais parce que j’avais envie de regarder un DVD que je venais d’acheter : Jacquot de Nantes, d’Agnès Varda. J’ai déjà parlé de mon admiration pour cette dame, ici ou . Alors c’est sans frustration aucune que j’ai « zappé » la Fête de la Musique 2008 pour regarder ce film que je n’avais jamais vu. Je dois ajouter que Jacques Demy (le Jacquot du film pour ceux qui l’ignoreraient ) est aussi quelqu’un que j’admire beaucoup, que je ne me lasse pas de regarder ses films, que mes enfants ont été élevés avec Les Demoiselles de Rochefort ou Peau d’Âne, et qu’ils ne s’en portent pas plus mal.
Autant dire tout de suite que j’ai passé une merveilleuse soirée. Agnès Varda ne s’encombre pas de codes convenus pour filmer. Elle laisse aller sa sensibilité avec une grande liberté. Du noir et blanc et de la couleur, des extraits de films vers lesquels le spectateur est envoyé par un index tendu dessiné, des plans très rapprochés de Jacques Demy où l’on voit le grain de sa peau, chaque cheveu, où l’on perçoit des miettes de vie. Et puis, comme dans tous les DVD d’Agnès Varda, il y a les boni, comme elle les appelle, fidèle qu’elle est à la grammaire latine et à la deuxième déclinaison. Elle évoque le tournage, dans les lieux mêmes où Jacques Demy a grandi, le garage de ses parents. Dans le grenier, en débarrassant les objets (surtout des pneus) accumulés là depuis des années, on a retrouvé les spots qu’il utilisait pour tourner de petits films d’animation (ces spots étant faits de phares d’automobiles), et aussi un morceau de pellicule qu’il avait tourné dans ce lieu. Ce bonus se termine par l’image finale du film qu’Agnès Varda avait présenté à la Fondation Cartier : Les veuves de Noirmoutier.
Un autre bonus raconte Nantes, comment sa ville natale est inscrite dans son oeuvre. Et là, il est fait allusion à André Breton en citant « Nadja ». J’ai retrouvé l’extrait en question :

Nantes : peut-être avec Paris la seule ville de France où j’ai l’impression que peut m’arriver quelque chose qui en vaut la peine, où certains regards brûlent pour eux-même de trop de feux (je l’ai constaté encore l’année dernière, le temps de traverser Nantes en automobile et de voir cette femme, une ouvrière, je crois, qu’accompagnait un homme, et qui a levé les yeux : j’aurais dû m’arrêter), où pour moi la cadence de la vie n’est pas la même qu’ailleurs, où un esprit d’aventure au-delà de toutes les aventures habite encore certains êtres, Nantes, d’où peuvent encore me venir des amis, Nantes où j’ai aimé un parc : le parc Porcé.

Je ne connais pas Nantes. Depuis longtemps, je rêve aussi d’aller à Rochefort. Un pèlerinage ? Je n’aime pas ce mot qui a une connotation trop religieuse pour moi. Un voyage « dans les pas de... » tout simplement.

Où suis-je ?

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