Attendre jusqu’au 14 janvier.

janvier 7, 2010 § Poster un commentaire

L’année ne débute pas si mal que ça puisqu’il y a du nouveau chez Chevillard. En effet, le 14 janvier sortira Choir. Une semaine à attendre,encore alors que des veinards l’ont déjà lu. On peut patienter en tournant virtuellement les pages sur le site des Éditions de Minuit. Cela commence ainsi :

Une seule ambition pour les habitants de Choir,
notre seul projet, quitter Choir. C’est formulé ici avec
mesure, froidement, pour la chronique. En temps nor-
mal, nous le hurlons.
BONDIR HORS DE CHOIR !
oh! moi!
laisser Choir sous moi, déchet immonde de ma
décrépitude, de mon incontinence!
HORS DE CHOIR BONDIR! ISSIR!
m’arracher à ses glus, à ses boues, élargir les huit
trous de mon corps afin que s’écoule au travers tout
le sable de Choir!
puis dans mon dos retombe!

Qu’est-ce que Choir ?

Nous supposons cependant que Choir est une île, un anneau de récifs enseveli sous le sable et fermé autour d’une mer intérieure. La controverse commence lorsqu’il s’agit de déterminer quelle est la mer intérieure et quelle l’autre, l’extérieure, l’environnante. Deux eaux quoi qu’il en soit non navigables, hérissées d’écueils affleurant, prises dans les glaces une bonne partie de l’année. Fragiles banquises qui ne supportent pas le poids d’un enfant, seuls l’ours blanc et le morse s’y meuvent sans péril. Rare celle-ci et rase, la végétation. On ferait un bosquet peut-être en rapprochant les arbres, puis en les liant un fagot. Voilà tout ce que l’on sait de Choir, pour la géographie physique, tout ce que l’on peut affirmer avant d’être démenti.

Je sais ce que je ferai le 14 janvier.

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Lalla et le territoire cheyenne

septembre 29, 2009 § 1 commentaire

Deux jours passés avec Angèle Paoli à parler de soi, de la poésie, de la vie, à arpenter les rues dans la douceur de cet automne qui se la joue été-qui-n’en-finit-pas. C’était la première fois que nous nous rencontrions dans la « vraie vie » après avoir eu de longs échanges sur internet, avec nos blogs respectifs ( le sien = TERRES DE FEMMES). Nous avons élaboré un projet dont je reparlerai bientôt ici.CIMG1916 Elle m’a offert son livre Lalla ou le chant des sables.

Elle était partie de là-bas, du fin fond des terres calcinées de la montagne, en amont du désert d’Anabar.

C’est le récit-poème qui raconte comment une femme, Lalla, quitte ce qui lui est familier, une maison…

Elle s’était déplacée, nus pieds sur les tomettes rouges vernissées…. Elle avait jeté un dernier regard sur le patio orné d’azulejos, et sur la glycine qui courait le long des balcons en terrasse.

…pour rejoindre le désert, non pour fuir l’humain mais en quête d’un absolu.

Le désir de désert avait repris la jeune femme, elle sentait en elle une ardeur inconnue qui la poussait au-delà, toujours plus au-delà d’elle-même et de ses propres forces.

Avec une écriture rythmée par la marche, Angèle Paoli inscrit nos pas de lecteurs dans ceux de Lalla jusqu’

À l’aube,(où) le souffle déjà chaud du simoun l’emporta dans son chant.

Ce très bel ouvrage avec en couverture une photo de Guidù Antonietti di Cinarca a été tiré à quatre-vingt exemplaires numérotés et signés (par l’auteur). On peut se le procurer à l’adresse suivante : Terres de Femmes, 20217 Canari. au prix de 20 € +2,50 € de frais de port.

Aujourd’hui, nos pas nous ont entraînées, naturellement vers une librairie. On cherche, on trouve parfois, pas toujours de que l’on cherchait. C’est ainsi que je suis tombée sur En territoire cheyenne d’Éric Chevillard , illustré par Philippe Favier, chez Fata Morgana. CIMG1917Que c’est agréable de faire des découvertes pareilles, alors qu’on ne s’y attend pas. Depuis presque six mois, ce livre d’Éric Chevillard existait et je ne le savais pas. D’où l’utilité d’aller dans les librairies. Internet, c’est bien mais pas très surprenant, il est difficile d’y circuler entre les rayons, d’y fouiller, de feuilleter de poser ou emporter. Sur internet on sait ce qu’on veut à l’avance, on clique, et c’est finit.
Ce livre commence ainsi …

Je ne commettrai pas l’erreur de Rimbaud et de tant d’autres dont la trace si souvent se perd : je ne marche plus que sur du ciment frais.

Je n’en dirai pas plus car il faut prendre le temps de découper les page, de prolonger ce plaisir.
Une amie me disait qu’elle s’amusait à faire rapidement tous les soirs un bilan de sa journée, juste pour sentir qu’elle avait avancé. Ce soir, si je m’amuse à ce jeu je peux dire : deux livres, deux beaux objets, deux textes dont un encore à découvrir… Parfois il ne faut pas plus pour voir le monde en bleu.

Le jeu « Longtemps je me suis couché de bonne heure »

septembre 19, 2009 § 2 Commentaires

Il m’arrive souvent sur ce blog de citer l’Autofictif d’Éric Chevillard. Quand on aime on ne compte pas et ce matin, l’occasion est trop belle pour ne pas le faire. Lui s’amuse aussi au jeu « Longtemps je me suis couché de bonne heure » à sa façon.

Longtemps, je me suis couché de bonne heure sous de vastes portiques que les soleils marins teignaient de mille feux. (A la Recherche de la vie antérieure © Eric Chevillard – tous droits réservés)

Juste pour donner signe de vie

septembre 3, 2009 § 4 Commentaires

J’écris ce soir, juste pour donner signe de vie, les idées étant rares en ce moment entièrement absorbée, noyée, embourbée avec une histoire qui m’oppose à un agent immobilier, une histoire que je ne détaillerai pas ici. Aucun intérêt de montrer sur ce blog, la mauvaise foi, la malhonnêteté, la bêtise abyssale dont les gens de la profession font preuve. Chacun a une anecdote à raconter sur ce sujet, tellement c’est la règle.

Cette histoire m’a donné la rage…

Ce matin, en allant sur le blog d’Éric Chevillard, L’autofictif, je suis tombée sur une phrase que j’ai reprise à mon compte en la modifiant à peine :

Le vaccin contre la rage, efficace lorsque l’on est mordu par un renard, se révèle totalement inopérant lorsque l’on est mordu par un agent immobilier.

Il suffit parfois de pas grand chose pour retrouver l’envie de se battre, il suffit d’un peu de littérature, d’une phrase… Mais ça, les agents immobiliers ne peuvent pas comprendre.

Pierre Autin-Grenier dans Friterie-Bar Brunetti parle des charognards de l’immobilier. J’y pense souvent quand je me trouve face à eux. charognards Je vois leur bec crochu, leurs yeux torves, leur toute petite boîte crânienne et leurs ailes noirâtres qu’ils essaient de dissimuler sous un costard de marque. En vain.

PS : La réponse au jeu « Longtemps je me suis couché de bonne heure » était La Littérature à l’estomac de Julien Gracq. Personne n’a trouvé.

La règle du jeu (Renoir – 1939) – 5

mai 30, 2009 § Poster un commentaire


Voici donc la célèbre scène de la chasse. On pourrait sans user de sensiblerie déplacée, dire que c’est un véritable massacre. Les rabatteurs font sortir le gibier afin que les invités du château puissent s’adonner à leur passion avec aisance. Cette partie de chasse tient plutôt du ball-trap. Cependant, les lapins et les perdrix sont bien touchées. Renoir s’attache à montrer leur course apeurée interrompue brutalement par les tirs nourris des convives de La Chesnaye. La Règle du jeu, comme l’affirme son auteur est un drame gai. Dans cette scène, au milieu de cette société insouciante, la mort fait irruption, cruellement. Ce film date de 1939, et cette scène paraît prémonitoire, prémonitoire des massacres de la guerre qui allait éclater bientôt.

Juste une remarque : Parmi les acteurs de cette scène, Octave, lui, ne chasse pas, quant à Christine, elle avoue à son mari qu’elle n’aime plus la chasse.

N’oublions pas que nous sommes dans un drame gai où l’humour a sa place – très noir l’humour :

Le général : Bah, eh ben, vous ne savez pas c’qu’est arrivé à c’pauvre Georges l’année dernière, chez les Malvoisie ?. Il a pris son fusil de telle façon des mains de son chargeur que toute la charge lui a broyé la cuisse ! (rires) Il est mort en vingt minutes ! (Octave éclate de rire)
Octave : Elle est bien bonne, hein, Christine ?

Très drôle ? Mais ce qui est sûr, c’est qu’on est bien dans un drame gai.

Cette partie de chasse me fait penser à une phrase d’Éric Chevillard, trouvée dans l’auto-fictif :

À chaque fois qu’un homme parvient à faire voler le plomb, il se trouve un faisan ou une bécassine pour ruiner sa démonstration en s’interposant bêtement.

Personnellement, je trouve ça plus drôle.

Le numéro 100 du Matricule des Anges

février 5, 2009 § 3 Commentaires

Au cas où cela aurait échappé à certains, la revue littéraire Le Matricule des Anges (LMDA) existe depuis 1992 ou plus exactement depuis 100 numéros. Thierry Guichard son valeureux rédac’ chef a sombré dans la commémoration… Il n’aimerait que je dise ça, mais quelque part, il doit être sinon fier, du moins satisfait d’avoir mené la barque du magazine littéraire à travers les tempêtes. Pour faire la fête, (on attend toujours la tournée générale !), il a demandé à aux collaborateurs de la revue « Pourquoi écrivez-vous de la critique littéraire? », à 40 auteurs (Non ! Pas les voleurs ! ) et aux lecteurs de répondre à la question « Quelle critique littéraire attendez-vous ? »
En ce qui concerne les auteurs je vais citer des extraits des réponses faites par quelques-uns qui ne sont pas choisis par hasard mais plutôt en fonction de mes goûts en la matière :
Éric Chevillard :

Mais je veux une critique littéraire à ma botte, exaltée, fanatique, qui sache dégager subtilement le dessein secret de ma grande oeuvre, sa radicale nouveauté, les mille intentions qui l’ordonnent, les finesses de style et de pensée dont elle est constituée et quelques autres encore que j’aurais étourdiment omis d’y inclure et qu’elle inventera pour moi…

Éric Faye :

I – Tu seras à la fois juge et partie, tel Yann Moix qui, sublime plume, signe à la fois des romans de haut vol et, dans le Figaro courageusement publie des critiques sur de jeunes auteurs inconnus comme Guy Bedos.

Lydie Salvayre :

Petit aperçu de critiques suscitées par la publication en 1857 et 1861 des fleurs du Mal de Monsieur Charles Baudelaire, d’où il ressort qu’il est préférable d’être jugé par Messieurs Gustave Flaubert et Victor Hugo, génies incontestables, que par Monsieur Gustave Bourdin, lequel n’a laissé dans l’histoire littéraire que le straces de sa bave…

Régis Jauffret :

Être un écrivain vivant est toujours plus doux que d’être un squelette sanctifié. Si je savais qu’un de mes livres me survive, je le poursuivrais de ma haine, car il est si rassurant de se dire qu’après soi ni être ni bouquin ne continueront à se pavaner, alors que la fête sera finie pour nous.

Enrique Vila-Matas :

Même si, je l’admets, il a pu m’arriver de manifester à l’égard de la critique une certaine ironie, je n’en demeure pas moins convaincu de sa nécessité absolue.

Christophe Honoré :

Qu’elle vise juste !

Pierre Autin-Grenier :

()

Quelques lecteurs ont aussi répondu à la question. Normal ! Que vaut la critique si elle ne s’adresse pas aux potentiels lecteurs, spectateurs de cinéma ou de théâtre ? Voici ma contribution parmi d’autres :

Je pense souvent à cette scène du film de François Truffaut, L’amour en fuite. Antoine Doinel accompagne son fils à la gare de Lyon et lui donne ses derniers conseils avant que le train démarre :  

       Travaille bien ton violon, Alphonse. Si tu travailles bien et si tu es doué, tu deviendras un grand musicien.

       Et si je travaille mal ?

       Si tu travailles mal et si tu fais plein de fausses notes, et bien, tu seras critique musical.

À travers son personnage, son double fictionnel, François Truffaut fait une allusion à peine déguisée au 7e Art. Lui-même critique avant d’être réalisateur, peut-être voulait-il dénoncer une profession composée de gens qui ont une connaissance technique, théorique du cinéma sans oser s’y frotter concrètement ? Par manque de talent ? C’est ce qu’il insinue par la bouche de Jean-Pierre Léaud. Peut-être par manque d’audace ?, pourrais-je ajouter.

Si je fais glisser sa réflexion vers le domaine littéraire, la critique ne serait faite que par des écrivains ratés ? Céline ne se privait pas de l’écrire : « Ce sont les ratés les plus rances qui décrètent le goût du jour ! ». Si cela était le cas, pourquoi écouterions-nous encore les avis d’untel ou d’unetelle, la frustration n’entraînant pas l’impartialité, faussant le jugement, aigrissant le meilleur de l’humain. Bien sûr, certains s’exercent parfois à porter les deux casquettes, sans grand talent d’un côté, sans grande crédibilité de l’autre. Que demande-t-on à la critique littéraire, sinon une lecture anticipée, lucide, et passionnée de ce que nous trouverons sur les rayons des libraires ? Si je la juge sincère, je lui accorde ma confiance. Mieux qu’une quatrième de couverture insuffisante ou erronée, la critique me guide, m’aide à faire des choix, des découvertes, m’invite sur des chemins qui m’étaient jusque-là inconnus.

Pour en revenir au film, L’amour en fuite, Antoine Doinel est l’auteur d’un roman, Les salades de l’amour – une auto-fiction, dirait-on aujourd’hui – dans lequel il raconte ses amours passées. On ne sait pas ce que la critique en a pensé, mais Colette, son ex, le trouve chez un bouquiniste, un an après sa parution. Ce n’est pas bon signe…

Le numéro 100 du Matricule est double car en plus de tout l’aspect commémoratif (TG ne va pas être content du tout que je dise ça !), il y a un vrai numéro avec Chloé Delaume en vedette, où l’on parle aussi des géniales éditions du Chemin de fer et de plein d’autres choses.
Pour qu’on fête le 200 ème numéro…

Quand on regarde plus loin que notre nombril…

janvier 11, 2009 § 1 commentaire

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photo Philippe Boisnard

Pas besoin d’attendre la suppression officielle des juges d’instruction pour que cette mesure soit appliquée. En effet, le 6 janvier Ydulne Lévy, arrêtée le 11 novembre à Tarnac, n’avait toujours pas été entendue par un Juge d’Instruction. CQFD !
Beaucoup moins que précédemment, je « m’énerve » peu sur ce blog. Ce n’est pas dû au fait que les sujets d’énervements n’existent plus. Au contraire, peut-être y en a-t-il trop et risqueraient d’envahir complètement les colonnes ? Mais en ce début d’année, au lieu de balancer des voeux auxquels il est difficile de croire, je pique une petite crise d’énervements en constatant ce qui se passe en France, à Gaza, ailleurs… Pour me dire que je suis toujours vivante, qu’on ne doit pas s’habituer à la mise en pièce de notre société, aux emprisonnements arbitraires, aux expulsions inhumaines, à une justice qui n’en est plus une, à la destruction de l’Éducation, la Santé, la Culture… pour le plus grand bonheur d’intérêts privés, à des guerres qui éclatent sans que l’on ne puisse dire ou faire quoi que ce soit. Je ne vais pas continuer la liste des sujets d’énervements, elle serait trop longue. Pour l’an 9, rien de neuf que du rance, du pourri, l’écoeurement total.

Pour alléger le propos, je voudrais parler de Facebook, univers virtuel dans lequel je me suis laissée embarquer, il y a peu. J’y ai retrouvé quelques blogueurs dont je lisais régulièrement les articles sans jamais rien connaître de leur physique. Sur Facebook, au contraire, on n’hésite pas à montrer des photos de soi, soi et encore soi. Nous en avons fait le constat entre blogueurs qui nous connaissions pourtant depuis longtemps, mais jusque-là, uniquement par nos écrits. Là-bas, on a une forte tendance au narcissisme. Afin d’illustrer ce constat, je propose une citation de l’Autofictif d’Éric Chevillard :

Nous avons des excuses aussi à notre égocentrisme : pourquoi le nombril, en effet, si ce n’est pas pour y planter la pointe de notre compas ?

Sur Facebook, il n’y a pas que ça… Heureusement ! Il y a des rencontres comme Philippe Boisnard, vidéaste, artiste numérique, écrivain, l’auteur de la photo plus haut en soutien aux inculpés du 11 novembre, pour ne pas les oublier.

Où suis-je ?

Entrées taguées Éric Chevillard sur Cousu main.