Le numéro 100 du Matricule des Anges

février 5, 2009 § 3 Commentaires

Au cas où cela aurait échappé à certains, la revue littéraire Le Matricule des Anges (LMDA) existe depuis 1992 ou plus exactement depuis 100 numéros. Thierry Guichard son valeureux rédac’ chef a sombré dans la commémoration… Il n’aimerait que je dise ça, mais quelque part, il doit être sinon fier, du moins satisfait d’avoir mené la barque du magazine littéraire à travers les tempêtes. Pour faire la fête, (on attend toujours la tournée générale !), il a demandé à aux collaborateurs de la revue « Pourquoi écrivez-vous de la critique littéraire? », à 40 auteurs (Non ! Pas les voleurs ! ) et aux lecteurs de répondre à la question « Quelle critique littéraire attendez-vous ? »
En ce qui concerne les auteurs je vais citer des extraits des réponses faites par quelques-uns qui ne sont pas choisis par hasard mais plutôt en fonction de mes goûts en la matière :
Éric Chevillard :

Mais je veux une critique littéraire à ma botte, exaltée, fanatique, qui sache dégager subtilement le dessein secret de ma grande oeuvre, sa radicale nouveauté, les mille intentions qui l’ordonnent, les finesses de style et de pensée dont elle est constituée et quelques autres encore que j’aurais étourdiment omis d’y inclure et qu’elle inventera pour moi…

Éric Faye :

I – Tu seras à la fois juge et partie, tel Yann Moix qui, sublime plume, signe à la fois des romans de haut vol et, dans le Figaro courageusement publie des critiques sur de jeunes auteurs inconnus comme Guy Bedos.

Lydie Salvayre :

Petit aperçu de critiques suscitées par la publication en 1857 et 1861 des fleurs du Mal de Monsieur Charles Baudelaire, d’où il ressort qu’il est préférable d’être jugé par Messieurs Gustave Flaubert et Victor Hugo, génies incontestables, que par Monsieur Gustave Bourdin, lequel n’a laissé dans l’histoire littéraire que le straces de sa bave…

Régis Jauffret :

Être un écrivain vivant est toujours plus doux que d’être un squelette sanctifié. Si je savais qu’un de mes livres me survive, je le poursuivrais de ma haine, car il est si rassurant de se dire qu’après soi ni être ni bouquin ne continueront à se pavaner, alors que la fête sera finie pour nous.

Enrique Vila-Matas :

Même si, je l’admets, il a pu m’arriver de manifester à l’égard de la critique une certaine ironie, je n’en demeure pas moins convaincu de sa nécessité absolue.

Christophe Honoré :

Qu’elle vise juste !

Pierre Autin-Grenier :

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Quelques lecteurs ont aussi répondu à la question. Normal ! Que vaut la critique si elle ne s’adresse pas aux potentiels lecteurs, spectateurs de cinéma ou de théâtre ? Voici ma contribution parmi d’autres :

Je pense souvent à cette scène du film de François Truffaut, L’amour en fuite. Antoine Doinel accompagne son fils à la gare de Lyon et lui donne ses derniers conseils avant que le train démarre :  

       Travaille bien ton violon, Alphonse. Si tu travailles bien et si tu es doué, tu deviendras un grand musicien.

       Et si je travaille mal ?

       Si tu travailles mal et si tu fais plein de fausses notes, et bien, tu seras critique musical.

À travers son personnage, son double fictionnel, François Truffaut fait une allusion à peine déguisée au 7e Art. Lui-même critique avant d’être réalisateur, peut-être voulait-il dénoncer une profession composée de gens qui ont une connaissance technique, théorique du cinéma sans oser s’y frotter concrètement ? Par manque de talent ? C’est ce qu’il insinue par la bouche de Jean-Pierre Léaud. Peut-être par manque d’audace ?, pourrais-je ajouter.

Si je fais glisser sa réflexion vers le domaine littéraire, la critique ne serait faite que par des écrivains ratés ? Céline ne se privait pas de l’écrire : « Ce sont les ratés les plus rances qui décrètent le goût du jour ! ». Si cela était le cas, pourquoi écouterions-nous encore les avis d’untel ou d’unetelle, la frustration n’entraînant pas l’impartialité, faussant le jugement, aigrissant le meilleur de l’humain. Bien sûr, certains s’exercent parfois à porter les deux casquettes, sans grand talent d’un côté, sans grande crédibilité de l’autre. Que demande-t-on à la critique littéraire, sinon une lecture anticipée, lucide, et passionnée de ce que nous trouverons sur les rayons des libraires ? Si je la juge sincère, je lui accorde ma confiance. Mieux qu’une quatrième de couverture insuffisante ou erronée, la critique me guide, m’aide à faire des choix, des découvertes, m’invite sur des chemins qui m’étaient jusque-là inconnus.

Pour en revenir au film, L’amour en fuite, Antoine Doinel est l’auteur d’un roman, Les salades de l’amour – une auto-fiction, dirait-on aujourd’hui – dans lequel il raconte ses amours passées. On ne sait pas ce que la critique en a pensé, mais Colette, son ex, le trouve chez un bouquiniste, un an après sa parution. Ce n’est pas bon signe…

Le numéro 100 du Matricule est double car en plus de tout l’aspect commémoratif (TG ne va pas être content du tout que je dise ça !), il y a un vrai numéro avec Chloé Delaume en vedette, où l’on parle aussi des géniales éditions du Chemin de fer et de plein d’autres choses.
Pour qu’on fête le 200 ème numéro…

Merci Monsieur le Président pour la Princesse de Clèves.

septembre 22, 2008 § 6 Commentaires


 

Une fois n’est pas coutume, j’adresse une lettre de remerciement au Président Sarko :

 

Monsieur le Président
 
Je voudrais vous remercier pour les nombreuses fois où vous avez parlé du roman de Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves. Je voudrais vous remercier car en disant que vous aviez beaucoup souffert « sur » elle, sachant que j’ai un peu l’esprit de contradiction, vous m’avez incitée à me plonger dans cette oeuvre. Et je dois dire, qu’en ce qui me concerne, j’ai pris beaucoup de plaisir « sur » elle. Pour ce plaisir, merci Monsieur le Président. 
 
D’abord, j’ai pris du plaisir dans la lecture du roman avec des phrases comme celles-ci : « Il voulut continuer, mais une foiblesse lui ôta la parole. Madame de Clèves fit venir les médecins; ils le trouvèrent presque sans vie. Il languit néanmoins encore quelques jours, & mourut enfin avec une constance admirable. » Cela sonne peut-être mal à vos oreilles, moi, ça me fait du bien. On trouve son plaisir où l’on peut; vous, il paraît que c’est dans des séances de karaoké avec vos amis Clavier et Hallyday. 
Puis, puisque l’actualité l’imposait, je suis allée voir le dernier film de Christophe Honoré, une libre adaptation du roman en question, toujours le même, celui « sur » lequel vous avez beaucoup souffert. Les sentiments, la passion amoureuse sont intemporels, Monsieur le Président, et la Princesse de Clèves, transposée en la belle personne d’une jeune lycéenne des années deux mille, émeut toujours autant. Dans le film, Chiara Mastroiani fait une apparition muette et souriante, hommage que le réalisateur fait à Manuel de Olivera qui avait, lui aussi, fait une adaptation de ce roman il y a quelques années avec cette actrice dans le rôle principal : La lettre. Comme quoi, malgré ce que vous dites, La Princesse de Clèves traverse les siècles et inspire toujours les artistes. Je voudrais aussi vous dire que, dans ce film, je veux parler de La belle personne, il est des moments de légèreté où se glisse de l’humour : dans le jeu de Louis Garrel, souvent et parfois aussi dans les dialogues où par exemple, la documentaliste du lycée (Clotilde Hesme) demande à un élève prénommé Jacob de l’aider : « Tiens moi l’échelle, Jacob ! ». Ça ne vous fait pas rire, Monsieur le Président ? Tant pis.

Je vous remercie encore une fois d’avoir mis La Princesse de Clèves sur mon chemin. Est-ce que vous avez encore beaucoup de sujet « sur » lesquels vous avez souffert ? Je me ferai une joie de m’en emparer.
Veuillez recevoir, Monsieur le Président, mes plus irrespectueuses pensées.

La Princesse de Clèves, le Président Sarkozy et la brocante…

septembre 15, 2008 § 2 Commentaires

Avec la prochaine sortie du film de Christophe Honoré, La Belle Personne  on parle, certes, pas mal du roman de Madame de lafayette, la Princesse de Clèves, puisqu’il s’agit, pour ceux auxquels cela aurait échappé, d’une adaptation à notre époque dudit roman. Première bonne raison de le (re)lire .

Avant la sortie de ce film, l’autre personne qui a le plus parlé de ce roman, c’est… Le Président Sarko ! À plusieurs reprises, il a pris La Princesse de Clèves pour sa Tête de Turc. Une première fois, lors de la campagne électorale, devant un parterre de militants UMP qu’il a fait bien rire en disant « L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de la Princesse de Clèves… Imaginez un peu le spectacle !
23 février 2006
»
Une deuxième fois, Le Président Sarko avoue qu’il a… »beaucoup souffert sur elle (24 juillet 2008) » Je me dis :  » C’en est trop ! S’il déteste, s’il vomit ce roman, c’est qu’il doit receler des trésors de finesses, d’intelligence, de sentiments qu’il ne peut pas comprendre. Voilà la deuxième bonne (excellente) raison pour le (re)lire ! » En effet, mes souvenirs quant à La Princesse de Clèves sont lointains car je l’ai lu lorsque j’étais au lycée, autant avouer que ça fait plus de trente ans !

Hier, à la brocante, je suis tombée sur un exemplaire édité au Livre français en MCMXXII. Je venais de trouver la troisième bonne raison de (re)lire La Princesse de Clèves !

Il est amusant de décortiquer parfois les chemins qui nous mènent vers un livre. Je ne pensais pas, jusque là, que je puisse trouver Sarkozy sur un de  ces chemins.

Où suis-je ?

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