Quelques souvenirs des rencontres avec Éric Pessan

janvier 29, 2011 § 4 Commentaires

À la librairie La Mémoire du monde, lecture de Moi, je suis quand même passé par Florian, de la Compagnie Jeux de mains, Jeux de vilains.


Éric Pessan lit un extrait de Incident de personne

Avec Christian Garcin qui passait par là.

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Circé au carré

mai 17, 2010 § 1 commentaire

Je fais la collection d’une collection qui s’appelle Texte au Carré des éditions Cadex.

Depuis le premier, Le perron de Dominique Fabre, en passant par Un cri de Pierre Autin-Grenier, Un alibi de rêve de François Salvaing, et aussi Billet pour le Pays Doré d’Éric Faye, Le Voyageur sans voyage de Pierre Cendors et enfin Le petit traité d’éducation lubrique de Lydie Salvayre, j’ai, méticuleusement, composé cette collection de précieux petits livres, précieux autant par leur aspect que par les textes, courts, choisis avec minutie, qu’ils contiennent. Je ne pouvais pas rater celui de Christian Garcin, Circé ou une Agonie d’insecte qui vient de sortir.
Pour faire simple, un homme est interpellé par une femme qu’il ne (re)connaît pas, mais qui dit l’avoir rencontré, lui, il y un certain nombre d’années. Elle l’invite chez elle, dans son appartement envahi de plantes de toutes sortes. L’invité s’inquiète :

Toutes les plantes n’étaient peut-être au bout du compte que d’anciens amants désobéissants.

Je regardai ce salon littéralement submergé de plantes menaçantes, ou d’anciens amants insatisfaisants et à jamais figés dans leur détresse muette…

Cette idée m’a amusée, de tous ces types plantés dans le terreau, immobiles et muets à jamais.
À jamais ? Il est vrai que je ne supporte pas les plantes d’intérieur. Quand on m’en offre, je m’applique à les faire crever en oubliant volontairement de les arroser. Si elles sont la réincarnation d’anciens amants comme l’écrit Christian Garcin, chez moi, elles jaunissent rapidement, se dessèchent et disparaissent à jamais.

Je vous conseille d’insister auprès de votre libraire pour vous procurer ce très beau texte… au carré. Insistez, car les circuits de la distribution ne sont pas toujours très coopératifs avec les raretés.
Circé ou Une agonie d’insecte,
Christian Garcin, préface de Christophe Fourvel,
illustrations de Philippe Favier, nouvelle,
collection « Texte au carré », 14×14 cm, 52 p., 2010,
ISBN : 978-2-913388-74-1
10 €

Posture ou imposture

juin 11, 2009 § 3 Commentaires

On pourrait appeler cela le hasard tout simplement, je préférerais utiliser le mot de « rhizome » que Christian Garcin avait employé à propos de son dernier livre paru chez Verdier « La piste mongole » dans une interview au Monde quand il voulait donner une image de ce qui reliait chacun de ses romans entre eux. Ce mot, je voudrais l’utiliser pour exprimer ce qui parfois relie les livres que l’on est en train de lire au précédent ou à un autre, mais aussi ce qui les fait être en « raisonnance » avec un fait, une pensée que nous venons de rencontrer.
Je suis tombée (j’utilise le verbe tomber pour bien montrer tout le hasard qui s’insinue dans cette action) sur un petit livre bilingue (Français-espagnol), ouvrage qui rassemble un échange de lettres entre Enrique Vila-Matas et Jean Échenoz, intitulé De l’imposture en Littérature. vila-matas01Echenoz
Je n’ai pas hésité un instant et j’ai acheté ce livre (un peu maigre à mon goût). Une terrasse à l’ombre et voici que je dévore cet échange épistolaire. Ce matin, en lisant le blog de Christine Génin, j’avais découvert une texte assez truculent de François Caradec, une tête d’écrivain, où il expliquait quelle était la posture à adopter pour devenir écrivain :

Il s’avisa qu’il était chauve comme une fesse, mais qu’il pouvait se faire sans effort une tête de Francis Ponge qu’il admirait beaucoup.

Ses premiers ennuis commencèrent lorsqu’il lut Du mouvement et de l’immobilité de Douve : il poussa le mimétisme jusqu’à s’acheter par correspondance une perruque d’Yves Bonnefoy. Il fut choqué que le Mercure de France lui demandât son tour de tête, il pensait que c’était un modèle standard.
C’est à cette époque que les éditeurs se mirent à exploiter sérieusement les produits dérivés. Il compléta sa perruque par une frange (Grasset) pour ressembler à Hervé Bazin, un fume-cigarettes (Gallimard), modèle Philippe Sollers, une boîte de poil à gratter pour prendre les tics de Malraux (vendue à la boutique de la BN), un décolleté de chemise blanche de Bernard-Henri Lévy fourni par L’Express à tout nouvel abonné avant la fin du mois, un lorgnon comme Léautaud (encore le Mercure) et, à cette occasion, il commença à tenir son journal intime.

Quelques accessoires semblent suffisants pour y parvenir !
Une lecture du matin qui se retrouve dans celle de midi = premier rhizome.

Le propos de Vila-Matas et d’Échenoz est plutôt opposé puisqu’ils ont choisi de parler de l’imposture d’être écrivain. Échenoz rappelle à Vila-Matas que c’est en voyant à dix-sept ans La notte d’Antonioni où Mastroianni jouait le rôle d’un écrivain qu’il souhaita en endosser l’habit.

C’était absolument ce que nous voulions être et ce qui nous le faisait désirer encore plus à dix-sept ans, chacun dans sa salle de cinéma, toi à Barcelone et moi dans une affreuse petite ville du sud-est de la France (1) . Écrire, c’était déjà mon but, qui n’était d’ailleurs pas si accessible même s’il me semblait que c’était la seule chose à faire. Or écrivain-Mastroianni devenait un idéal de ce but jusque dans les détails que tu notes – son col de chemise idéalement repassé, sa voiture -, et surtout avec Jeanne Moreau à son bras – qui n’était certes pas un détail.

Et il est un autre rhizome qui fait lien avec ce que j’avais écrit dans le billet précédent. C’est à propos des phrases empruntées.
Échenoz rappelle à EVM leur seule et unique rencontre précédente dans le bar el aviador ; il lui avait raconté que, en allant chez son garagiste, la femme de celui-ci alors qu’il s’était assis en attendant que la facture soit prête et alors que le chien de la maison essayait de lui grimper dessus, celle-ci avait dit :

« Ces petits chiens adorent les genoux »

Vila-matas, quelques années plus tard l’a reprise à son compte dans Paris ne finit jamais, histoire d’une imposture aussi où le personnage essaie de se glisser dans la peau d’Hemingway.

… sans m’en rendre compte, j’ai oublié mon imposture, j’ai oublié de quel garage elle était sortie et je me suis progressivement approprié la phrase jusqu’à la croire mienne.

Échenoz lui répond :

Mais tu parles à ce propos d’imposture et je ne crois pas que sur cette affaire d’emprunt d’une réplique, ce soit le mot…
Comme toi sans doute je n’ai jamais cessé de prendre un peu partout toutes sortes d’éléments ( récits rapportés, propos dérobés au vol, graffiti, instantanés, extraits de films, niaiseries télévisées, citations, etc.) puis de maquiller ces choses comme on dit en français qu’on « maquille » une voiture volée, pour essayer de les asservir à cette image reconstruite – dans ce mal nécessaire qu’est un scénario.

Des rhizomes existent assurément entre les livres que l’on lit et la vie, le reste… Des hasards, si vous voulez.

1 . C’est Orange, l’affreuse petite ville. Je confirme, affreuse et petite.

Première phrase ? imagination ? Qu’est-ce qui fait écrire ?

avril 3, 2009 § 3 Commentaires

Ce qui m’épate toujours, c’est qu’une première phrase comme « Longtemps je me suis couché de bonne heure » entraîne les milliers qui suivent. Comment cela fonctionne-t-il ? De quoi naissent les oeuvres?
pistemongole Dans La piste mongole de Christian Garcin, il y a un dialogue entre deux personnages qui tente de répondre à la question :

Moi aussi je crois que j’aimerais écrire.

Rien ne t’en empêche,(…). Il faut te lancer, voilà tout. Même si on croit ne pas avoir grand-chose à raconter, le plus souvent c’est le fait même d’écrire qui génère l’histoire. c’est comme un processus qui s’autoalimente.

Je crois que j’ai de l’imagination (…), c’est toujours ça. Mais ça ne suffit pas, n’est-ce pas ?

Non, ça ne suffit pas,(…). Le produit de l’imagination ne donne pas forcément de la littérature. Et du reste il existe de la bonne littérature très peu imaginative. Mais enfin ce n’est pas non plus antinomique. tout coexiste, je crois.

Ce qui me plaît dans ce dialogue c’est l’idée de l’écriture qui s’autoalimente. Autant dire que dès qu’on a la première phrase, une bonne première phrase du genre « Longtemps je me suis couché de bonne heure. », la suite vient. Plutôt rassurant pour ceux qui n’ont pas d’imagination, ou plutôt qui n’ont pas ficelé leur roman dans leur tête avant de le mettre sur le papier (ou plutôt sur l’écran de l’ordinateur).
L’imagination est à ne pas confondre avec l’inspiration. Antonio Tabucchi faisait dire à ses personnages :

J’aimais peindre mais je n’avais rien à peindre, enfin, je n’avais pas d’inspiration, l’inspiration est fondamentale pour peindre.

C’est certain, (…) sans inspiration la peinture n’est rien, et les autres arts non plus.

Si l’inspiration, c’était cette fameuse première phrase ? Même si celle-ci est déplacée, effacée par la suite, elle permet d’enclencher le processus d’autoalimentation dont parle Christian Garcin.

Juste un mot pour parler de ce foisonnant roman La Piste mongole et un petit clin d’oeil à notre sujet. Celui-ci est fait d’une multitudes de romans qui s’entremêlent. Combien de premières phrases ?
Bien sûr, il y en a une, réelle, définitive, imprimée :

Nous étions debout à l’entrée de la yourte, silencieux, à regarder la jeune femme environnée de fumée qui parlait vite, les yeux fermés, d’une voix monocorde, tandis que la vieille au long nez, assise face à elle et penchée en avant, l’écoutait avec attention, ne l’interrompant qu’à une ou deux reprises, et à tout cela je n’entendais évidemment rien.

J’aurais pu la proposer pour le jeu.

Où suis-je ?

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