La Lidia de Dalì (suite)

janvier 1, 2009 § 4 Commentaires

J’avais raconté dans un précédent billet qui était Lidia Noguer. Étant allée finir l’année passée et commencer la nouvelle à Cadaquès, je me suis plus intéressée aux représentations qu’on trouve d’elle un peu partout dans la petite ville.cimg1465 La Lidia de Noël

Une Lidia rencontrée ce matin :cimg1488

Dans le précédent billet sus cité, j’avais mis une photo d’une Lidia prise à la tombée de la nuit. Je suis retournée voir comment elle se portait :cimg1461

Elle l’avait échappé belle ! Au bord du gouffre, elle était. En effet, les intempéries qui ont eu lieu la semaine dernière ont ravagé pas mal d’endroits de la côte, mais le plus impressionnant reste cet affaissement d’une rue qui longe la mer. Au fond du trou, il restait un gyrophare. C’est celui du camion des pompiers qui passait par là quand la route s’est affaissée.

 

Dalì ne l’aurait pas imaginé.

Des trous dans le rocher

octobre 30, 2008 § Poster un commentaire

Mon cerveau, actuellement, étant à l’image de ce rocher photographié à Cadaquès (ou comme disait Boris Vian : « C’est pas un cerveau, c’est de la sauce blanche« ), je ne trouve pas mieux que de vous envoyer sur d’autres blogs ou sites qui disent mieux que je ne pourrais le faire mon humeur du moment. D’abord, pour ceux qui seront du côté de Marseille le vendredi 31 octobre, ils sont invités à participer à la Gueux pride. L’humour de l’intitulé de la manifestation ne gâche en rien le sérieux de la question de la pauvreté, de la marge qui s’élargit chaque jour davantage.
Et puis, je voudrais faire partager mon énervement perpétuel à l’encontre de Télérama. J’ai appris dans cet article que ce magazine s’adressait aux populations premium. On n’arrête pas le progrès ! Ne le lisant que deux ou trois fois l’an, suffisamment pour m’en dégoûter, j’apprécie particulièrement l’avis de cet abonné (plus pour longtemps) qui apporte de l’eau à mon moulin.
Et puis, j’envoie un rayon de soleil photographique, rayon capté lors de mon passage récent à Cadaquès pour réchauffer les lecteurs du blog.

La Lidia de Dalì

octobre 27, 2008 § 3 Commentaires


La semaine dernière, sur la route de Valence, j’ai fait un petit tour à Cadaquès et j’ai pris la photo de cette sculpture de métal. Il s’agit de la représentation, peu fidèle de Lidia.
Dans le Journal d’un génie –titre qui reflète ô combien la modestie de l’auteur !-, Salvador Dalì écrit ceci à son propos :

Septembre 1953
le 15

Eugenio d’Ors, qui n’est pas venu à Cadaquès depuis cinquante ans, vient me rendre visite entouré d’amis. Il est attiré par le mythe de la Lydia de Cadaquès. Il sera sans doute possible que nos deux livres sur le même sujet paraissent simultanément. En tout cas, le sien vaguement esthète et psuedo-platonicien ne pourra que faire pbriller les arrêtes réalistes et hypercubistes de ma « bien plantada ».

 

Tour cela mérite d’être éclairci.  Lors d’une promenade vers le phare, on tombe sur une petite maison. Vraiment petite… Cette modeste cabane est devenu un monument de Cadaquès. En effet, sur un panneau on peut lire :


Si on en croit ce que raconte ce panneau, cette dame était capable de faire le grand écart dans ses amitiés car entre Lorca et Engenio d’Ors les sensibilités politiques étaient plutôt opposées. C’est le moins qu’on puisse dire !
Mais qui était donc cette femme ? Lídia Noguer i Sabà, fille d’une certaine « Sabana », considérée comme l’une des dernières sorcières de Cadaqués, avait été un temps aubergiste et avait logé chez elle des personnages aussi célèbres que Picasso et Puig i Cadafalch. En 1904, elle héberge Eugeni d’Ors, lors d’un bref séjour à Cadaqués du jeune intellectuel du moment. De cette rencontre naîtra l’admiration qui deviendra la grande obsession de Lídia. Quand d’Ors écrit La ben plantada en 1911, Lídia s’identifie immédiatement avec Teresa -elle en viendra même à affirmer parfois que tel est son nom-, et la fascination que lui inspire l’écrivain s’intensifie et dégénère progressivement en folie délirante. Elle va jusqu’à interpréter les articles que celui-ci écrit pour la tribune quotidienne (intitulée Mon Glossaire) qu’il tient au journal La Veu de Catalunya. Lídia les lit et les relit continuellement : pour elle, ce sont des réponses aux lettres qu’elle adresse à d’Ors.

Ce n’est cependant que sept ans après la mort de Lídia qu’Eugeni d’Ors semblera s’intéresser vraiment à elle ; il se rend à Cadaqués en compagnie de Cesáreo Rodríguez-Aguilera, voulant en savoir plus au sujet de cette femme qui lui a écrit tant de lettres auxquelles il n’a jamais répondu. C’est à cette occasion qu’il demande à Salvador Dalí s’il veut bien illustrer le livre relatant La verdadera historia de Lidia de Cadaqués.

Dalí, qui justement projette d’écrire un livre sur Lídia, accepte avec enthousiasme. De fait, Lídia et Dalí se connaissaient depuis fort longtemps. Enfant, le peintre avait écouté Lídia raconter bien des histoires aux gamins de Cadaqués. Et, en 1929, quand l’artiste avait décidé de s’installer dans la petite ville avec Gala, contre la volonté de son père, Lídia avait été la seule à l’aider et leur avait vendu la baraque de pêcheurs de Portlligat où ses fils rangeaient leurs instruments de pêche. C’est dans cette maison, qui fait aujourd’hui partie du triangle dalinien, que les Dalí fixèrent définitivement leur résidence à leur retour des États-Unis, fin 1948.

La Lidia et Dalì devant la cabane de celle-ci.

Breton à Cadaquès (enfin !)

juin 9, 2008 § Poster un commentaire

J’avais écrit le 18.05.08

J’avais commis une erreur (grave) dans le précédent article où je disais que Breton était aussi venu à Cadaquès.,

Ce n’était pas une erreur. Parce que je n’arrivais pas à retrouver l’épisode dans la biographie écrite par Mark Polizzotti, pavé de 842 pages, j’avais cru m’être trompée. C’est en lisant l’album Breton de la Pléiade que j’ai eu la confirmation que l’idée que Breton était allé à Cadaquès n’était pas fausse. Il n’y pas de photo de ce séjour, comme preuve, il n’y a que ce cadavre exquis fait par Dalì, Gala, Breton et Valentine Hugo en mars 1932.
Alors, je me suis remise à chercher dans cette mine énorme qu’est la biographie de Breton, la description de l’épisode. La chronologie n’y est pas toujours évidente, mais j’ai enfin retrouvé ce passage :

Valentine Hugo, elle, voit sa faveur rapidement décliner. Le lendemain de la démission d’Aragon, le vendredi 11 mars, belle mais froide journée, Valentine a entraîné son amant désemparé loin de la scène de ses tourments, vers Cadaquès où ils doivent rendre visite à Dalì et Gala. Le samedi le temps change il se met à tomber une pluie glacée et, un pneu étant crevé, leur voiture manque de verser dans le fossé. À l’hôtel, le soir, Breton peut-être reconnaissant à Valentine d’être encore en vie, lui fait l’amour de façon passionnnée – « la tête de Vercingétorix », précisera-t-elle dans son journal par allusion à l’une des positions décrites dans l’Immaculée Conception : « Lorsque l’homme est debout et que la femme repose le haut de son corps sur le lit, ses cuisses enserrant la taille de l’homme. »
Mais de tels moments d’harmonie sont rares. Après un bref séjour chez Dalì – dont la seule trace est peut-être un cadavre exquis à quatre mains dessiné au dos d’une carte postale – le couple regagne la France fin mars et part pour la Côte d’Azur rendre visite à Éluard et Nusch. L’humeur de Breton, à l’instar du temps, s’assombrit…

Voici donc comment est raconté au milieu des 842 pages de cette biographie le séjour de Breton à Cadaquès. Un peu succinct, non ?

Promenade en barque à Cadaquès

mai 18, 2008 § 1 commentaire

J’avais commis une erreur (grave) dans le précédent article où je disais que Breton était aussi venu à Cadaquès., erreur d’autant plus grave qu’entre lui et Dalì ce n’était pas l’amour fou 

Duchamp était allé une première fois à Cadaquès en 1933 :

Dans un lettre à Man Ray, il érit ceci :

« Nous sommes installé ici avec Mary dans une petite maison sinon délicieuse, au moins suffisante. Temps idéal et peseta charmante. Nous avons une chambre de plus dans laquelle tu pourrais coucher, et nous mangeons à la maison. Dalì est ici avec Gala et nous les voyons souvent. »

 

Il y retourne en août 1958 avec Teeny.

Duchamp avait écrit à monsieur Meliton, le patron du principal café du village qu’il avait rencontré lors de son précédent voyage aveec Mary Reynolds en 1933, pour qu’il leur trouve un appartement à louer pour un mois. L’appartement situé au-dessus d’une étable dans laquelle on entre un âne tous les soirs, ne possède ni terrasse, ni vue sur la mer. Les conditions sont des plus rudimentaires : pas d’eau chaude, un fourneau à bois et des matelas en paille. Teeny est néanmoins ravie.

« Nous passons un séjour des plus délicieux., écrit-elle à sa fille Jackie. je me suis baignée presque tous les jours sur une plage différente ou dans une crique où nous nous rendons à pied. Marcel a été un ange de m’accompagner et il a attrapé plein de coups de soleil.Cadaquès est le plus étrange village que l’on puisse imaginer. »


Au cours de leur séjour, Teeny et Marcel rencontre bien sûr Gala et Dalì. Ce dernier leur propose même une promenade en bateau

« pour leur faire admirer les endroits du Cap de Creus où Bunuel avait filmé les squelettes d’archevêques et la fondation de la ville de Rome dans leur film l’Âge d’or lieu symbolique représenté par un très modeste bloc de ciment érodé par le temps et la tramontane. la mer est toujours un peu agitée à cette entrée du Golfe de Lion. Notre skipper, Gala, connaissait bien la côte et sa grande barque. Pourtant elle ne dissimula pas son mécontentement quand, de retour au môle de Port Lligat, Duchamp mit le pied sur la terre ferme avec un seul mot : « Sauvé ! »

Quelques jours plus tard, sur une carte postale représentant des danseurs de sardane, Duchamp écrit à Marcel Jean :

« Après les sardines de la Côte les sardanes de Cadaquès reposent. (…) Revu le paysage de « L’Âge d’Or » en chair et sans évêques. »

 

Sources :

Cadaquès, aller et retour

mai 15, 2008 § 1 commentaire

porte cadaquès

Dans un commentaire d’un article précédent, PAG m’avait conseiller de lire ce petit livre paru à L’Arpenteur. Je l’en remercie. Donc, de retour de Cadaquès, j’ai lu Cadaquès, aller simple de Philippe-Marie Bernadou. Un couple vient régulièrement depuis vingt ans séjourner dans le petit port Catalan. Léa a disparu. Le narrateur explique au lieutenant chargé de la recherche ce qui les unissait, ce qui les séparait. 

Superbe écriture où l’auteur nous emmène dans ce village où plane l’ombre de Dalì, 

Et Marcel Duchamp. Je crains, chaque fois que je prononce son nom de perdre Léa tellement, il la fascine… Léa le le tient pour le plus grand artiste du siècle. Vous lui demanderez pourquoi…

 

Je suis d’accord avec Léa…

Un jour un Indien, péruvien nous dit-il, son profil d’amulette inca perdu dans la ligne de fuite où disparaissent les cargos, dessine aux crayons de couleur sur un carton de boîte à gâteaux les choses qu’il voit sous la mer. et c’est triste comme l’exil, ce monde sans lumière où est abandonné le surplus de nos vies.

Il a étudié aux beaux-arts de Lima et comme tant d’autres il a fui l’Eldorado pour trouver quelque argent sur le Vieux Continent.

« Le rêve à l’envers, dit Léa.

– Ça n’a jamais été un rêve pour les Indiens, tu sais, ni dans un sens, ni dans l’autre. »

… Puis, il sont parlé peinture, de ce que l’on remonte de l’eau, lorsque l’on crée, et de la difficulté de remailler ses files quand un monstre déraisonnable les a déchirés…

Nous l’avons revu le soir, au restaurant où il faisait le service, et plus jamais depuis.

Léa rêve qu’elle reconnaîtra un jour une de ses toiles dans une galerie. Elle lui souhaite cette revanche.

Philippe-Marie Bernadou évoque ces Indiens qui vivent et surtout travaillent à Cadaquès, vision qu’à une autre époque on aurait qualifiée de surréaliste (puisque le lieu en a l’empreinte) mais qui aujourd’hui correspond à une réalité économique et mondialiste. Ils sont nombreux ces exilés à occuper un emploi. J’ai entendu dire qu’ils seraient payés 4€ de l’heure pour certains. L’Espagne a oublié qu’à une autre époque, c’étaient ses enfants qui émigraient, qui étaient exploités (ici chez nous en France, notamment). La mémoire d’un peuple est soluble dans la cupidité.
De mémoire, d’oubli, c’est de ça dont il est question dans Cadaquès, aller simple. Que laisserons-nous derrière nous ? Les éléments, les rochers du Cap de Creus, les vagues qui s’y fracassent sont là pour replacer l’humain à la dimension temporelle qui est la sienne, minuscule, et donner le vertige face à l’infini, comme on peut l’avoir en haut d’une de ces falaises de pierre noire.

Personne ne se souvient de nous.

Ainsi finit ce récit.

Où suis-je ?

Entrées taguées Cadaquès sur Cousu main.