Dans les pas de Varda (2- Le lion Volatil)

juin 21, 2010 § 2 Commentaires

Donc la balade entreprise du côté de chez Varda s’est poursuivie sur la place  Denfert-Rochereau.Et ce lieu nous amène au film (court métrage) qu’elle a tourné autour de cette place, Le Lion Volatil (2003) avec Julie Depardieu.

Ce qui est amusant dans cette exploration c’est la présence de la caravane de la voyante.Hélas, l’officine était fermée.

C’est en rêvant qu’on se prépare à la voyance

dit Madame Clara à son apprentie Clarice. Je n’ai pas osé prendre un rendez-vous comme il l’était conseillé sur la caravane. Alors, je me contente de dormir et d’essayer de rêver.

Vous avez remarqué comme on retrouve la cartomancie chez Agnès Varda ?

à suivre peut-être…

Souvenez-vous du début de Cléo de 5 à 7, début en couleur pour un film en noir et blanc. On lui tire les tarots.
Agnès Varda dit à propos des premières images de ce film :

Les tarots, c’est une fiction en couleur. On passe au noir et blanc, la réalité des 90 minutes qui suivent.

Les rêves en couleur, la fiction en couleur, la réalité en noir et blanc ? C’est
à méditer.

Dans les pas de Varda (1- Daguerréotypes)

juin 20, 2010 § 4 Commentaires

Quand on aime Varda, on met ses pas dans les siens. Je le fais dès que j’en ai l’occasion. D’ailleurs ce blog est sous son regard puisque le bandeau en haut de page est une photo que j’avais faite lors de l’exposition Les justes à Avignon en 2007.

J’étais à Paris, il y a quelques jours et me suis dit, que dans le genre « but de balade » (le temps incitait à se balader), Varda en était un qui m’allait parfaitement. Il faut dire que je venais de revoir « Les Plages d’Agnès  » pour la 3ème fois car j’avais eu à présenter le film dans le cadre d’un ciné-club.
Alors, d’abord, je suis allée rue Daguerre. Sa jolie maison de toutes le couleurs. Et la boîte aux lettres par l’ouverture de laquelle Agnès Varda fit passer le câble qui lui servit au tournage de Daguerréotypes. Elle dit dans ce documentaire, quand elle parle des commerçants qu’elle a filmés :

« je m’en suis tenue à ceux qui sont à moins de cinquante mètres de ma porte »

Ce parti pris était lié au fait qu’elle venait d’avoir son fils Mathieu et que, pour ne pas trop s’éloigner de lui, elle branchait le câble chez elle, le faisait passer par la boîte aux lettres. Elle dit dans Les plages d’Agnès que c’était au font le cordon ombilical qu’elle ne voulait pas couper. Belle image.

Donc, elle part filmer les commerçants du quartier.
Il y a les boulangers : J’ai retrouvé leur boulangerie ; elle a bien changé et ressemble à tant d’autres.

Je n’y suis pas entrée, mais je suppose que les boulangers doivent être des plus banals, et le pain qui y est fabriqué ressembler à celui que l’on trouve partout. Dans Daguerréotypes,  la baguette que la boulangère choisit pour chaque client en la palpant a l’air d’avoir une croûte épaisse et croustillante comme on n’en fait plus (sauf à ma connaissance à Nasbinals (48), publicité méritée pour la boulangerie du village).

à suivre…

Suite de la balade : Le Lion Volatile.

L’Inconnue de la Seine (3)

mars 28, 2010 § 5 Commentaires

En 1933, Louis-Ferdinand Céline publie sa pièce, L’Église, dans une collection dont la caractéristique consistait à reproduire en frontispice le portrait de l’auteur. Céline, qui affirmait : « Je suis contre l’iconographie. Je suis mahométan. Pas de photo de moi… Je n’aime pas ça« , refuse de se prêter à cette obligation et apporte à son éditeur une photographie de Amsler et Ruthardt, Le Masque de l’Inconnue de la Seine. (Tiens, s’il avait été sur Facebook, il aurait fait comme moi, il aurait utilisé ce portrait comme avatar) Pourquoi ce masque et pourquoi cette photographie ? Nul ne sait. La date mentionnée sous la photographie, 1930, indiquait sans doute l’année du cliché mais certains l’ont lue comme la date de fabrication du masque et ont corrigé l’information par voie de presse en précisant que le masque était déjà vendu en 1900. Interrogé sur le sujet, Céline répondit que, sans cette soudaine polémique, il aurait oublié qu’il avait vu le masque dans sa petite enfance : « A ce propos, il faut ce genre d’occasion pour percevoir cette silencieuse persistance poétique chez les anonymes, qui disparaît dans le silence aussi sans laisser de traces jamais. » Et l’aventure littéraire de l’Inconnue de la Seine continue …

En 1944, Aragon publie Aurélien : Aurélien possède chez lui le masque de l’inconnue, qu’il confondra avec le visage de Bérénice, la femme dont il tombe amoureux; femme qui plus tard lui fera cadeau d’un autre masque, réalisé à partir de son propre visage… L’inconnue, même sous forme de masque prend une certaine forme de réalité dans ce couple, devient un personnage intégral de l’histoire. Aragon associe Man Ray à son projet de roman :

j’ai demandé à Man Ray, qui n’est pas qu’un photographe, de faire servir la photographie à des compositions qui toutes jouent du visage supposé de la femme qu’Aurélien aime, Bérénice… Man Ray a donné quinze interprétations de cette femme de plâtre, allant jusqu’à lui ouvrir les yeux, et pire, et mieux à la faire vieillir de 20 ans

En effet, voici que l’inconnue a les yeux ouverts :

En 1960, pour la revue Chercheurs et Curieux Pierre Lièvre avait interrogé l’arrière-grand-père de l’actuel mouleur, qui faisait remonter l’histoire à son propre grand-père lequel aurait lui-même moulé l’Inconnue à la demande d’un médecin légiste. Jean Ducourneau, pour rédiger sa note sur L’Église de Céline va à son tour rue Racine où le petit-fils rectifie les propos du grand-père. Son père lui avait toujours dit que le masque « avait été levé sur le visage d’un très joli modèle d’atelier, rappelant qu’il est techniquement impossible que ce masque ait été levé sur un cadavre.
Et voici qu’on essaie de détruire un mythe, avec des théories techniques et scientifiques. Qu’à cela ne tienne, l’Inconnue de la Seine a survécu, si je puis dire à tous ces iconoclastes.

D’abord, il y eut Rescue Annie, ce mannequin créé dans les années 60 pour les exercices de sauvetages de noyés qui ressemble étrangement à notre inconnue.
Je pense aussi au film d’Agnès Varda intitulé Le Bonheur, où une jeune femme se noie. Accident ou suicide ?

Je n’ai pu trouver que cette photo d’elle quelques instant avant le décès. Sa coiffure est identique. Certains trouveront que je vais trouver des ressemblances où il n’y en a pas mais comme ils savent que je suis inconditionnelle d’Agnès Varda, ils me pardonneront.
Enfin, parmi les noyées célèbres, il y a Laura Palmer, bien sûr du Twin Peaks de David Lynch. Connaît-il l’Inconnue de la Seine ? C’est fort possible comme il doit connaître ce tableau de Claude Monet, Camille sur son lit de mort.

Voici donc une promenade à travers les morts, les noyées qui,partie d’un simple tampon du Tampographe Sardon, nous a menés loin, du côté de Twin Peaks.
Je voudrais terminer par une phrase d’Éric Pessan:

… se souvient des marins qui préféraient ne pas savoir nager pour souffrir moins longtemps en cas de naufrage.

un clin d’oeil à Agnès Varda

janvier 17, 2010 § 5 Commentaires


Une après-midi grise à écouter tous les requiems de ma collection, j’ai eu envie d’un peu de légèreté. En rangeant ma cuisine, j’ai rencontré cette patate et j’ai immédiatement pensé à Agnès Varda.

C’est tout simple.

Quelques photos en vrac de la Biennale de Lyon…

novembre 30, 2009 § 1 commentaire

Flemme d’écrire et pas vraiment le temps. Je le dis avec les images :

Pour ceux qui ne l’ont pas si lumineux… Le mur d’une cabane d’Agnès Varda… Vivre dans des murs de films, quel doux rêve qui plus est, si sur la pellicule on retrouve Piccoli…

Sète, Agnès Varda et moi

avril 24, 2009 § 5 Commentaires

J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de parler dans ce blog de mon admiration pour Agnès Varda. D’ailleurs, le bandeau en haut de page, est extrait d’une photo que j’avais faite lors d’une exposition sur les Justes de France qu’elle avait faite pour le Panthéon et transférée ensuite à Avignon, il y a deux ans. cimg15941

Je ne voulais pas rater l’exposition qu’elle a réalisée à Sète au CRAC qui s’appelle
LA MER… ETSETERA

Donc, j’y suis allée.

Sète est toujours un enchantement. 

 

 

Sans vouloir m’approprier les paroles de Varda, mais quand même, je dirais, si elle ne l’avait pas déjà dit …

Venir à Sète, c’est toujours un retour. Récemment c’était pour filmer une de « mes » plages.

(…) J’ai pris plaisir à mettre en image et en installations ce que les bords de mer sereins m’évoquent. (…) Je montre le mer, à Sète ou ailleurs, les brillances et les miroirs de la mer, les brise-lames et la plage. En bref, LA MER… ETSETERA

Alors, moi, j’ai fait pareil… Du moins, je me suis amusée à faire du Varda.
cimg1597 Dans la première salle dont le thème est : La mer dans ses reflets et diffractions des miroir, des projections d’images au bord de la mer, se réfléchissent, rebondissent.

Tiens, une visiteuse…

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Là, encore…

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perdue dans ses reflets

répétée à l’infini…

 

image et plus réalité

désincarnée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

disloquée.

 
cimg1601Et puis, il y a la plage, le sable, les vagues qui roulent. Tout cela n’est qu’illusion. 

« La mer, la mer toujours recommencée

O récompense après une pensée,

Qu’un long regard sur le calme des dieux ! »

Paul Valéry

cpvardail y a la salle consacrée à la plage, l’été, avec ses rites : les cartes postale comme celle représentée ci-dessus (dont je ne dévoilerai pas ici les surprises qu’elle recèle), une frise de tongs (et oui !) et une cabane de plage avec des sièges pliants.

 

La troisième salle est consacrée au thème de la brisure. Bien sûr, étant à Sète, A. Varda ne peut éviter de parler du brise-lames.

Elle a même réalisé une sculpture-installation sur ce thème. Très incisive !
Et puis, on revient aux miroirs, comme dans la première salle. Mais, là, il s’agit de portraits brisés.

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La visiteuse est toujours là, à côté d’Agnès Varda, rassemblant les multiples éclats.

Dans le préambule à l’exposition, Agnès Varda écrit :

 » Je voudrais que ces images, fixes ou animées, créent des surprises, éveillent des pensées et suscitent des rêverie. »

Mission accomplie, Madame Varda !

Agnès, Anna et les autres…

décembre 22, 2008 § 2 Commentaires

J’ai hésité à parler du film Les Plages d’Agnès dans ce blog. Il y a tant d’articles, d’interviews partout. Même si l’émotion rend muette – et c’est ce qui m’est arrivé après l’avoir visionné mercredi dernier dans une salle presque vide à Utopia -, j’ai à présent retrouvé ma voix et mes esprits pour un peu en parler ici. 19012293D’ailleurs, c’est parce qu’il m’est arrivé de croiser des personnes que je ne connaissais pas et avec lesquelles j’ai eu une conversation à propos d’Agnès Varda et de son film que je me dis que je pouvais glisser deux ou trois mots de mes impressions, ici.
D’abord, à tous ceux qui disent que ce genre de film est nombriliste, je voudrais leur répondre qu’ils n’ont rien compris, qu’à quatre-vingts « balais » (comme elle dit) se raconter quand on a fait autant avec simplicité, sincérité et talent, il n’y pas de quoi se cacher. Elle parle d’elle, certes, mais tellement des autres comme personne ne pourrait le faire. Elle parle de nous aussi, à travers elle.
De l’émotion, il y en a dans ce film. Il y a bien sûr le moment où elle évoque ses (nos, aussi !) chers disparus. Quand on arrive à 80 ans, on a laissé du monde sur les bas côtés du chemin. Ils font toujours partie d’elle, comme de nous d’ailleurs. Ces absents, lors de l’exposition qui avait eu lieu à Avignon en 2007, elle les évoque dans le film. Mais, l’émotion est ailleurs, parfois impalpable dans son essence. Par exemple, dans la scène du début où elle installe des miroirs sur une plage belge, ce jeu entre la plage, la mer, la lisière, la mise en abîme, tout cela nous fait chavirer dans un vertige où la frontière s’abolit entre le réel et l’imaginaire, vertige à la fois doux et angoissant que nous connaissons tous. Je dis « tous » car lorsque les larmes sont montées à cet instant précis du film, je me suis dite que mon admiration et la la tendresse que j’éprouve pour elle, ne me rendent pas objective. Cependant, en en parlant autour de moi, des fans mais aussi des moins fans ont ressenti le même bouleversement à cet instant. L’Art, c’est ça, non ?
Je retourne voir le film le 26 décembre car Agnès Varda sera là. Oserai-je lui dire enfin combien elle est importante pour moi ?
Hier, à 17h30, a été diffusé ma première fiction mise en onde par France-Cul. Il est possible de l’écouter encore ici. Très angoissée avant la diffusion car je ne l’avais pas entendue, j’ai été vraiment surprise agréablement par la mise en ondes de Myron Meerson. « Agréablement » n’est pas le mot qui convient. La dynamique qu’il insuffle au texte ne peu que me réjouir. les voix, les accents donnent un relief particulier qui va au-delà de ce que j’avais pu imaginer. La chanson de Dutronc au générique de fin est la cerise sur le gâteau. La petite Anna, révoltée devant tant d’injustice, change le cours des choses et la marche du monde. Mais ce n’est qu’une histoire. comme dit Frédérika, Joyeux Léon à tous !

Où suis-je ?

Entrées taguées Agnès Varda sur Cousu main.