Quelques infos…

février 13, 2011 § Poster un commentaire

Je vous invite à suivre le blog l’anagnoste et celui-ci plus particulièrement cette semaine car il y sera question d’Éric Pessan.
D’autre part, je voudrais revenir rapidement sur La Petite Librairie des Champs qui inaugurait dimanche dernier, le 6 février, l’année du Mexique avec Karlatone Olvera auteure, traductrice mexicaine dont on peut suivre le blog ici. Sur cette vidéo de Joëlle Molina on peut revivre la lecture à deux voix qui a eu lieu entre elle et Sylvie Durbec ce jour-là, de primera volcadura. Le texte de ce poème primera volcadura est ici.

À ceux qui ne sont pas allés à la Petite Librairie.

octobre 3, 2010 § 4 Commentaires

Le week-end dernier, la Petite Librairie des Champs fêtait ses deux ans d’existence. En fait, je ne pourrais ici résumer les deux jours extraordinaires où éditeurs, poètes, amis se sont retrouvés. Une des découvertes, en ce qui me concerne, fut la rencontre avec Aurélia Lassaque et sa poésie.
Je ne suis pas très branchée régionalisme, mais j’aime entendre l’Occitan. J’aime l’entendre ailleurs que dans les cercles intellectuels, autant dire que je préfère l’entendre dans les rues ou les bistros, en Aubrac par exemple. J’en comprends un mot sur deux, assez pour suivre une conversation. Sans détours, je préfère la sincérité du bar au militantisme branché des parents qui décident de scolariser leurs enfants dans les calendretas. La fréquentation de ces écoles se fait parfois sans qu’il n’y ait de racines occitanes dans la famille, mais juste parce que ça rappelle le bon temps où l’ont plantait la tente sur le Larzac. J’en ai connus !
Et bien, malgré tout ce qui précède, c’est donc d’une jeune poète Aurélia Lassaque qui écrit en Occitan dont que je voudrais parler, un peu.
C’est beau quand elle lit sa poésie. C’est une musique, un peu comme un ruisseau qui court sur des galets. Et puis, c’est comme au bistro, je ne comprends qu’un mot sur deux, mais ça suffit pour enchanter. Ensuite, elle lit la traduction française, les images esquissées précédemment se précisent.
Voici un extrait d’Ombras de Luna paru aux éditons de la Margeride

La negressa somiava
D’iranges roges e redondes,
Miralh vegetal
De sas popas regolejantas de lach nòu ;
Li nasquèt un dròlle
Del pel rosset e dels uèlhs verds
Que servava en secret
Dins una banasta de fruchas falsas.

La négresse rêvait
D’oranges rouges et rondes,
Miroir végétal
De sa poitrine ruisselante de lait nouveau ;
Il lui naquit un enfant
A la chevelure rousse et aux yeux verts
Qu’elle gardait en secret
Dans une corbeille de faux fruits.

C’était juste pour revenir sur ce week-end magnifique comme en offre la Petite Librairie. Merci à tous ( poètes, éditeurs, Sylvie et François, les hôtes de La Petite Libraire), pour ces moments hors de la banalité sordide et désespérée du quotidien d’un citoyen français en 2010.

Sur un mur…

juillet 8, 2010 § 6 Commentaires

Les murs parlent.
J’avais essayé de retranscrire le plus fidèlement possible dans un carnet ces mots trouvés sur un mur, les avais, tant bien que mal, photographiés, aussi. Grâce à Google, j’ai facilement trouvé que ce sont des extraits d’un poème d’un certain Josè Martì dont on trouve l’intégralité se trouve ici

Para Aragón, en España
Tengo yo en mi corazón
Un lugar todo Aragón,
Franco, fiero, fiel, sin saña.

Puis on a sauté un passage et on continue ainsi :

Allá, en la vega florida,
La de la heroica defensa,
Por mantener lo que piensa
Juega la gente la vida.

à nouveau un petit saut dans le poème et :

Quiero a la tierra amarilla
Que baña el Ebro lodoso:
Quiero el Pilar azuloso
De Lanuza y de Padilla.

Estimo a quien de un revés
Echa por tierra a un tirano:
Lo estimo, si es un cubano;
Lo estimo, si aragonés.

Mais voilà la suite, n’est pas celle du poème précédent :

No me pongan en lo oscuro
a morir como un traidor
yo soy bueno, y como bueno
moriré de cara al sol.”

traduction : Ne me placez pas dans le noir à mourir comme un traître
Je suis bon et comme les bons, je mourrai face au soleil

C’est un extrait du poème 23 des Versos Sencillos toujours du même José Martí.

Sur un mur, la poésie de José Martí a été écrite au feutre, par une certaine Pilar (elle a signé et daté cette inscription). Elle a d’ailleurs  écrit le mot pilar (pilier) en gros caractères, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus.

En lisant Les détectives sauvages où de nombreux poètes sud américains sont cités, pour l’instant je n’ai pas trouvé trace de José Martí. Donc, classiquement je suis allée voir du côté de Wikipédia. Je ne vais pas raconter sa vie ici. Mais quand même, elle n’est pas banale. Je peux résumer ainsi : c’était un poète et un héros cubain. Un héros, un vrai, celui qui meurt pour la cause qu’il défend. En effet, il est tué à la bataille de Dos Rios, bataille de la guerre d’indépendance de Cuba, contre le colonisateur espagnol, à l’âge de 42 ans.
Déporté dès l’âge de 16 ans en Espagne, suite aux évènements de 1868 dit « sédition de Céspedes »,, toute sa vie il va conjuguer une activité littéraire et une activité révolutionnaire.
Il est peu connu en Europe. Pourtant il est une chanson que l’on connaît tous c’est Guantanamera (ce qui signifie fille de Guantanamo) dont les paroles sont d’un certain José Fernández Díaz. En fait, les paroles ressemblent étrangement à un poème de Josè Martì extrait du recueil Versos sencillos. Il s’est fait plagier.

Et Josè Martì en France ? Une place dans le 16ème arrondissement porte son nom. Mais c’est Montpellier qui se distingue :

Le 28 janvier 2009, à l’occasion du 156e anniversaire de sa naissance, un buste de José Marti a été inauguré, boulevard Louis Blanc à Montpellier, première ville en France à posséder l’effigie du poète et homme politique cubain. Ce buste, œuvre du sculpteur cubain Alberto Lescay Merencio, est un don de l’ambassade de Cuba à la ville de Montpellier.

Pour la photo dudit buste, j’irai la chercher moi-même lors d’un prochain passage à Montpellier. De là à aller à Cuba, atterrir à l’aéroport José Marti, y visiter sa maison natale, je ne suis pas encore prête à le faire connaissant mon goût peu prononcé pour les voyages. Mais bon, on se contentera de Montpellier et c’est déjà pas si mal, en étant partie simplement d’une inscription trouvée sur un mur.

L’Inconnue de la Seine (3)

mars 28, 2010 § 5 Commentaires

En 1933, Louis-Ferdinand Céline publie sa pièce, L’Église, dans une collection dont la caractéristique consistait à reproduire en frontispice le portrait de l’auteur. Céline, qui affirmait : « Je suis contre l’iconographie. Je suis mahométan. Pas de photo de moi… Je n’aime pas ça« , refuse de se prêter à cette obligation et apporte à son éditeur une photographie de Amsler et Ruthardt, Le Masque de l’Inconnue de la Seine. (Tiens, s’il avait été sur Facebook, il aurait fait comme moi, il aurait utilisé ce portrait comme avatar) Pourquoi ce masque et pourquoi cette photographie ? Nul ne sait. La date mentionnée sous la photographie, 1930, indiquait sans doute l’année du cliché mais certains l’ont lue comme la date de fabrication du masque et ont corrigé l’information par voie de presse en précisant que le masque était déjà vendu en 1900. Interrogé sur le sujet, Céline répondit que, sans cette soudaine polémique, il aurait oublié qu’il avait vu le masque dans sa petite enfance : « A ce propos, il faut ce genre d’occasion pour percevoir cette silencieuse persistance poétique chez les anonymes, qui disparaît dans le silence aussi sans laisser de traces jamais. » Et l’aventure littéraire de l’Inconnue de la Seine continue …

En 1944, Aragon publie Aurélien : Aurélien possède chez lui le masque de l’inconnue, qu’il confondra avec le visage de Bérénice, la femme dont il tombe amoureux; femme qui plus tard lui fera cadeau d’un autre masque, réalisé à partir de son propre visage… L’inconnue, même sous forme de masque prend une certaine forme de réalité dans ce couple, devient un personnage intégral de l’histoire. Aragon associe Man Ray à son projet de roman :

j’ai demandé à Man Ray, qui n’est pas qu’un photographe, de faire servir la photographie à des compositions qui toutes jouent du visage supposé de la femme qu’Aurélien aime, Bérénice… Man Ray a donné quinze interprétations de cette femme de plâtre, allant jusqu’à lui ouvrir les yeux, et pire, et mieux à la faire vieillir de 20 ans

En effet, voici que l’inconnue a les yeux ouverts :

En 1960, pour la revue Chercheurs et Curieux Pierre Lièvre avait interrogé l’arrière-grand-père de l’actuel mouleur, qui faisait remonter l’histoire à son propre grand-père lequel aurait lui-même moulé l’Inconnue à la demande d’un médecin légiste. Jean Ducourneau, pour rédiger sa note sur L’Église de Céline va à son tour rue Racine où le petit-fils rectifie les propos du grand-père. Son père lui avait toujours dit que le masque « avait été levé sur le visage d’un très joli modèle d’atelier, rappelant qu’il est techniquement impossible que ce masque ait été levé sur un cadavre.
Et voici qu’on essaie de détruire un mythe, avec des théories techniques et scientifiques. Qu’à cela ne tienne, l’Inconnue de la Seine a survécu, si je puis dire à tous ces iconoclastes.

D’abord, il y eut Rescue Annie, ce mannequin créé dans les années 60 pour les exercices de sauvetages de noyés qui ressemble étrangement à notre inconnue.
Je pense aussi au film d’Agnès Varda intitulé Le Bonheur, où une jeune femme se noie. Accident ou suicide ?

Je n’ai pu trouver que cette photo d’elle quelques instant avant le décès. Sa coiffure est identique. Certains trouveront que je vais trouver des ressemblances où il n’y en a pas mais comme ils savent que je suis inconditionnelle d’Agnès Varda, ils me pardonneront.
Enfin, parmi les noyées célèbres, il y a Laura Palmer, bien sûr du Twin Peaks de David Lynch. Connaît-il l’Inconnue de la Seine ? C’est fort possible comme il doit connaître ce tableau de Claude Monet, Camille sur son lit de mort.

Voici donc une promenade à travers les morts, les noyées qui,partie d’un simple tampon du Tampographe Sardon, nous a menés loin, du côté de Twin Peaks.
Je voudrais terminer par une phrase d’Éric Pessan:

… se souvient des marins qui préféraient ne pas savoir nager pour souffrir moins longtemps en cas de naufrage.

L’Inconnue de la Seine (2)

mars 28, 2010 § 2 Commentaires

C’est un jour Reiner Maria Rilke qui le découvrit en 1902 accroché dans la boutique que tenait le mouleur du visage de la noyée, au milieu d’autre masques celui de l’Inconnue de la Seine. Elle apparaît pour la première fois dans la littérature sous sa plume :

« le mouleur que je visite chaque jour a deux masques accrochés près de sa porte. Le visage de la jeune qui s’est noyée, que quelqu’un a copié à la morgue parce qu’il était beau, parce qu’il souriait toujours, parce que son sourire était si trompeur ; comme s’il savait. » Les cahiers de Malte Laurids Brigge (1910),

L’aspect irrationnel et mystérieux du masque a assuré son succès commercial. Il ornait, paraît-il, un grand nombre d’intérieurs bourgeois du début du siècle. Même si certains on tenté de briser la légende : Si l’on se fie uniquement à sa coiffure en bandeaux à la mode sous le Second Empire, on pourrait le dater des années 1860 ; Selon l’affichiste George Villa qui tenait cette information de son maître Jules Lefebvre, l’empreinte fut prise sur le visage d’une jeune modèle qui mourut de tuberculose vers 1875. Ne cherchons pas à briser le mythe, l’identification de l’Inconnue à Ondine ou Ophélie, en fit le succès.
La preuve ? : il continua à inspirer les poètes et écrivains pendant des années.

Jules Supervielle écrivit un conte inspiré par ce masque : L’inconnue de la Seine repris en 1931 dans L’enfant de la haute mer. :

“Je croyais qu’on restait au fond du fleuve, mais voilà que je remonte”, pensait confusément cette noyée de dix-neuf ans qui avançait entre deux eaux. […] Enfin elle avait dépassé Paris et filait maintenant entre des rives ornées d’arbres et de pâturages, tâchant de s’immobiliser, le jour, dans quelque repli du fleuve, pour ne voyager que la nuit, quand la lune et les étoiles viennent seules se frotter aux écailles des poissons. “Si je pouvais atteindre la mer, moi qui ne crains pas maintenant la vague la plus haute.” Elle allait sans savoir que sur son visage brillait un sourire tremblant mais plus résistant qu’un sourire de vivante, toujours à la merci de n’importe quoi. Atteindre la mer, ces trois mots lui tenaient maintenant compagnie dans le fleuve. »

L’inconnue de la Seine inspira aussi Nabokov qui écrivit ce poème en 1934 :

Hâtant de cette vie le dénouement,
N’aimant rien sur terre,
Toujours je regarde le masque blanc
De ton visage sans vie.

Dans les cordes se mourant à l’infini
J’entends la voix de ta beauté.
Dans les foules blêmes des jeunes noyées
Tu es plus blême et ensorcelante que toutes.

Au moins dans les sons reste avec moi!
Ton sort fut avare en bonheur,
Alors réponds d’un posthume sourire moqueur
De tes lèvres de gypse enchantées.

Paupières immobiles et bombées,
Cils collés en épaisseur. Réponds!
A jamais, à jamais, vraiment?
Mais comme tu savais regarder!

Juvéniles épaules maigrichonnes,
La croix noire du fichu de laine,
Les réverbères, le vent, les nuages nocturnes,
Le méchant fleuve pommelé d’obscurité.

Qui était-il, je t’en supplie, raconte,
Ton séducteur mystérieux?
Du voisin le neveu frisotté –
A la dent en or, et la cravate bariolée?

Ou l’habitué des cieux étoilés,
Ami de la bouteille, des dés et du billard,
Lui aussi, maudit fêtard,
Et rêveur ruiné comme moi?

Et maintenant, de tout son corps tressaillant,
Il est assis, comme moi, sur son lit,
Dans le monde noir, déserté depuis longtemps,
Et il regarde le masque blanc.

Et ce n’est pas fini…
À suivre…

Avant les monstres.

janvier 24, 2010 § 2 Commentaires

Son roman J’aimerais revoir Callaghan est d’actualité puisqu’il est est sorti en début d’année, lors de l’autre seconde rentrée littéraire comme on dit, mais, même si je suis en train de le lire, comme j’aime nager à contre courant, j’aimerais maintenant parler de la précédente publication de Dominique Fabre, Avant les Monstres, parue chez Cadex. D’abord, je voudrais dire que l’objet-livre est très beau, comme tout les livres édités par Cadex. Les illustrations sont de Leòn Diaz-Ronda, des photos floues comme des rêves, comme des souvenirs. De même, chez Dominique Fabre, que ce soit dans ses romans ou dans ce premier recueil de poésies, on est aussi dans le souvenir d’un temps révolu, plus ou moins flou, passé. Il ne s’agit pas de nostalgie à proprement parler, car avant ce n’était pas mieux que maintenant, mais il écrit comme s’il ne voulait pas abandonner sur le bas côté les souvenirs, pierres pour bâtir l’édifice précaire de son existence. On peut lire les première pages sur le site de l’éditeur.
Extrait :

Si c’était mieux qu’ici

La vie
si c’était mieux qu’ici
on dirait qu’elle avance
en traînant les pieds
ou qu’elle vous tombe dessus
à bras raccourcis la

vie
grise et molle
saturée de silence
pleine de couloirs
sans

enchantements
sans se rompre
toute courbée
toute menue

si c’était mieux qu’ici
on dirait qu’elle balance
par-dessus
et ses yeux tout glacés
et ses paupières lourdes
et ses bras d’amour
tout vides

par ici hop venez
et son corps abîmé
et tous ses souvenirs
et sa fente aux poils gris

si c’était mieux qu’ici
vous n’irez nulle part dans
la vie

une route au bout des yeux
un animal meurt à vos pieds

autre extrait :

De quand je suis né
je me rappelle
le globe de la lampe
au bout de fil
les étincelles de son regard
et le nom tiré d’un chapeau
qu’on m’a donné

Dans la maternité
c’est l coeur qui compte
la sage-femme lui dit de pousser
mais pousser quoi ?
les murs les idées dans sa tête
toujours les mêmes et
difficiles à oublier
jusqu’au premier sanglot juste
un peu
tard

Dans la poésie de Dominique Fabre, derrière la simplicité des âmes qui hantent ses lignes, la simplicité des mots qu’il puise dans le quotidien, il y a quelque quelque chose qui touche à …l’universelle condition humaine… comme l’écrit Martine Laval dans Télérama.

Avant les monstres, Dominique Fabre, illustrations de León Díaz-Ronda, poésie, collection « Marine », 14×21,5 cm, 128 p., 2009, ISBN : 978-2-913388-71-0
15 €

James Sacré à la Petite Librairie des Champs.

décembre 20, 2009 § 1 commentaire

Le week-end dernier, James Sacré était invité à La Petite Librairie des Champs. Une couleur avait été choisie comme « fil rouge » du week-end, le rouge bien sûr. Au cours d’une balade dans Boulbon, nous avons tenté de marquer l’instant, sur une photo, par un dessin, par des mots.

Colère comme de la couleur criée…

Les mots lus par James Sacré ont suscité un besoin d’écrire à certains dont le crayon ne s’arrêtait plus sur les pages de leurs carnets, ils écrivaient…

des poèmes comme des fourmis dans les jambes


Ils écrivaient…

des poèmes qui n’auront fait que rêver à ce qu’on peut mettre dans le mot jardin

un poème avec sa guenille de mots

Le vide ou le rouge des mots ?

J’ai ajouté un peu de bleu…

Où suis-je ?

Catégorie poésie sur Cousu main.