Grève

septembre 7, 2010 § 3 Commentaires

Aujourd’hui, Cousu Main est en grève.

Publicités

Sur un mur (suite) et sur d’autres murs aussi.

juillet 20, 2010 § 1 commentaire

Je l‘avais promis et j’ai tenu ma promesse voici donc la photo du buste de Josè Martì. Je n’irai pas à Cuba, pas du moins dans les années qui viennent, donc j’ai fait le maximum en allant à Montpellier pour faire la photo du buste de Josè Martì. Héros National de Cuba et, ajouterais-je, mort en héros aussi. On n’a pas l’équivalent même si Courbet fut emprisonné, si Hugo fut exilé…

À part ça, que se passait-il à Montpellier ? Il paraît que, comme à Avignon, il y a un festival mais les rues sont désertes et quand j’ai voulu aller écouter l’émission d’Arnaud Laporte, et j’ai reculé devant le lieu, peu hospitalier et proche du four. Surtout pour une demi-heure d’émission, ça ne valait pas le coup. La semaine dernière à Avignon, c’était autre chose…

Il faut dire que tout ça se passait au musée Fabre qui avait eu la bonne idée d’organiser une exposition pour rendre hommage à l’artiste local,  j’ai nommé Alexandre Cabanel dont j’avais eu l’occasion de dire le plus grand mal sans pour autant l’enfoncer ici. Cette fois-ci,  la temporaire, après Soulage, Courbet etc… lui est consacrée tout l’été (je peux vous l’assurer, il n’y a pas la queue à l’entrée, et la plupart des visiteurs ne demandent qu’un billet pour l’expo permanente, évitant, sagement la temporaire). Comme je suis du genre Calice jusqu’à la lie, je vais au bout de ma détestation, je m’étais dit que je pourrais aussi faire ça à Montpellier en plus de Josè Martì. Mais, les communicants ont eu raison de ma volonté.

En m’approchant de l’affiche, voici ce que j’ai lu :
Et oui, Alexandre Cabanel, La tradition du beau ! Ça ne vous rappelle pas une publicité ancienne à la TV où une vache se contorsionnait en chantant Charente-Poitou Tradition du goût ? On nous vend n’importe quoi. Je me suis dit que Calice jusqu’à la lie, il y avait des jours où ça suffisait. En sortant du musée, en n’ayant pas pris de billet (la permanente vaut toujours le coup mais pas pour moi aujourd’hui…), j’ai vu la superbe affiche de la librairie du musée, librairie Sauramps of course et je me suis dit qu’il était temps que je m’esquive.
Traduction : la haute teneur culturelle, ce sont des objets dérivés (cartes postales, gommes, crayons, affiches et quelques livres dont certains de coloriages pour des enfants qu’on voudrait voir devenir des artistes richissimes s’ils ne réussissent pas l’ENA…)

Ce que l’on peut dire comme c…

avril 16, 2010 § 6 Commentaires

Hier, dans le Figaro, on nous racontait la merveilleuse aventure de deux libraires, Alban Caussé et Jacques Desse, qui avaient retrouvé dans un lot de photos anciennes, une photographie prise sur le perron d’un hôtel à Aden. Nos deux compagnons scrutent, détaillent les personnages et pensent que le mec qui est assis sur la droite pourrait être Rimbaud. Ils agrandissent le portrait et font appel à un expert, Jean-Jacques Lefrère qui après maints recoupements conclut qu’il s’agit d’une photo du poète adulte. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais pas de quoi rêver quand on a dans la tête celle du poète adolescent. La moustache, les cheveux coupés court, le regard toujours aussi glauque, et le visage légèrement empâté ne corresponde pas à l’image de l’auteur des Illuminations. Mais n’oublions pas qu’à cette époque, le monsieur n’est plus poète mais marchand d’armes. Pour une reconversion, c’est une reconversion ! Alors, en lisant l’article qui accompagne cette découverte, je n’ai pu que m’esclaffer en lisant autant d’âneries, l’expert se croyant obligé de dire quelque chose pour justifier le regard glauque du poète :

Tout son être paraît protester contre son intégration à ce rituel bourgeois de la séance du portrait de groupe, auquel, pourtant, il n’échappe pas. Il ne considère que le spectateur, comme en une muette interpellation, qui n’attend pas de réponse. Il nous regarde, il n’a rien à nous dire.

Heureusement qu’il n’a rien à nous dire, car ça serait du genre :

Le cour de la Kalachnikov a chuté ces derniers jours ou les mines anti-personnels se vendent bien ces temps-ci.

Alors, des interprétations vaseuses autour d’un portrait arraché à une photographie de groupe, fut-ce-il celui de Rimbaud, ont le don de m’agacer. Regardez des photos de vous, en groupe ou pas. Votre regard, il dit quoi ? À la fin du repas de communion bien arrosé, est-ce qu’on peut y lire la protestation à ce rituel bourgeois ?
Alors moi aussi je vais vous proposer une photographie inédite.Marcel Proust, en famille

Même âgé et malgré la désapprobation du père et du frère, Marcel Proust est resté, pour sa maman, son « petit loup ».

Il s’agit d’un montage fait par Gérard Bertrand et son interprétation vaut largement celle de l’Expert Jean-Jacques Lefrère à propos de Rimbaud, vous ne trouvez pas ?

Chronique d’une fin d’été annoncée (3)

septembre 22, 2009 § 7 Commentaires

La fin de l’été n’en finit pas de s’étirer au Pays Doré, même si aujourd’hui, l’automne est officiellement annoncé. CIMG1899 Entre temps, il a un peu plu et quand je chantais « Petit champignon deviendra grand pourvu qu’un petit peu d’eau lui prête vie » j’avais raison car Mister Climat a exhaussé mon souhait. Hier, juste à titre de repérage, je suis allée faire un tour dans la forêt, et en moins d’une demi-heure et aux alentours de la voiture, c’est à dire sans me fatiguer voici ce que j’ai trouvé CIMG1902CIMG1903(. Pas très sportif tout ça, mais délicieux quand même !

La chasse aux champignons n’occupant qu’une infime partie de mon temps, j’ai emporté quelques livres avec moi et notamment, un des plus cités dans ce qu’il est commun d’appeler la rentrée littéraire : Jan Karski de Yannick Haenel318DwFP1OXL._SS500_. À mi-chemin entre l’essai et le roman (il est d’ailleurs sélectionnés pour divers prix dans les deux catégories), ce livre est particulièrement bouleversant. En résumé des résumés, Jan Karski, le héros de ce livre, a réellement existé, et eut la mission en tant que résistant polonais d’alerter les Alliés sur ce qui était en train de se produire en Europe, comment les Juifs étaient en train d’être exterminés. On le sait, son témoignage, dans les plus hautes sphères des gouvernements Britanniques et Américains resta lettre morte. Il parle ainsi de sa rencontre avec Roosevelt :

Il y avait beaucoup de gens qui assistaient à la scène, des militaires assis dans les canapés autour d’une table basse ornée d’une soupière blanche…

Au fond, Franklin Delano Roosevelt s’exprimait en bâillant. Je l’entends encore me dire la bouche de travers : « Je comprends. » Ce qu’il réprimait en parlant, ce n’était peut-être pas un bâillement, mais la parole elle-même. Car précisément, il ne voulait pas comprendre. Plus il disait « Je comprends », plus il exprimait la parole inverse.

J’ignorais à l’époque que le meilleur moyen de faire taire quelqu’un consiste à le laisser parler.

J’avais affronté la violence nazie, j’avais subi la violence des Soviétiques, et voici que de manière inattendue, je faisais connaissance avec l’insidieuse violence américaine. Une violence moelleuse, faite de canapés, de soupières de bâillements.

En sortant, ce soir-là de la Maison-Blanche, j’ai pensé qu’à partir de maintenant c’était ce canapé qui allait régner sur ce monde, et qu’à la violence du totalitarisme allait se substituer cette violence-là, une violence diffuse, civilisée, une violence si propre qu’en toutes circonstances le beau nom de démocratie saurait la maquiller.

Ici, on fait du « chiffre » avec les expulsions des sans-papiers, on « nettoie » la Jungle près de Calais… Serait-ce ça la « violence du canapé » ?
On ferme des usines, on met au chômage des milliers de personnes et la bourse se refait une santé… Serait-ce ça la « violence du canapé » ?
On va célébrer la chute du mur de Berlin dans un peu plus d’un mois. Qui osera dire que la brèche qui s’est ouverte n’a servi qu’à laisser la place à la « violence du canapé » si bien décrite dans le livre de Yannick Haenel ? Une violence pour une autre, est-ce ainsi que le monde doit exister ?
CIMG1901

Juste pour donner signe de vie

septembre 3, 2009 § 4 Commentaires

J’écris ce soir, juste pour donner signe de vie, les idées étant rares en ce moment entièrement absorbée, noyée, embourbée avec une histoire qui m’oppose à un agent immobilier, une histoire que je ne détaillerai pas ici. Aucun intérêt de montrer sur ce blog, la mauvaise foi, la malhonnêteté, la bêtise abyssale dont les gens de la profession font preuve. Chacun a une anecdote à raconter sur ce sujet, tellement c’est la règle.

Cette histoire m’a donné la rage…

Ce matin, en allant sur le blog d’Éric Chevillard, L’autofictif, je suis tombée sur une phrase que j’ai reprise à mon compte en la modifiant à peine :

Le vaccin contre la rage, efficace lorsque l’on est mordu par un renard, se révèle totalement inopérant lorsque l’on est mordu par un agent immobilier.

Il suffit parfois de pas grand chose pour retrouver l’envie de se battre, il suffit d’un peu de littérature, d’une phrase… Mais ça, les agents immobiliers ne peuvent pas comprendre.

Pierre Autin-Grenier dans Friterie-Bar Brunetti parle des charognards de l’immobilier. J’y pense souvent quand je me trouve face à eux. charognards Je vois leur bec crochu, leurs yeux torves, leur toute petite boîte crânienne et leurs ailes noirâtres qu’ils essaient de dissimuler sous un costard de marque. En vain.

PS : La réponse au jeu « Longtemps je me suis couché de bonne heure » était La Littérature à l’estomac de Julien Gracq. Personne n’a trouvé.

Des nouvelles d’Antonio Tabucchi

juin 9, 2009 § 1 commentaire

1- D’abord donner des nouvelles d’Antonio Tabucchi :
C’est pas cool ce qu’il lui arrive. Le 7 mai dernier, il a été convoqué à une audience en justice par un proche de Berlusconi, l’ex-homme d’affaires Renato Schifani, président du Sénat Italien. Ce qu’on lui reprochait ? D’avoir soutenu un journaliste de l’Unità, Marco Travaglio, auteur d’une enquête sur Schifani (qui, évidemment, ne révélait pas que des choses jolies-jolies.). Cet « honorable » Monsieur réclame 1,3 millions d’euros de dommages et intérêts à l’écrivain (une paille!). L’homme politique n’a pas attaqué le journal qui avait publié l’enquête, et ce même journal, d’ailleurs, reste silencieux sur cette affaire. Le reste de la presse est tout aussi muette. Que dire de la presse française qui se tait aussi sur cette affaire (à part Médiapart et les Inrocks à ma connaissance) alors qu’il s’agit peut-être du plus « français » des auteurs italiens contemporains ?
Voici ce qu’en dit Nelly Kapriélian dans son édito des Inrocks de cette semaine :

Depuis que Nicolas Sarkozy est au pouvoir, l’Italie a de plus en plus l’air d’être le prototype de ce qui attend la France. Les moyens que prend Sarkozy sont tout simplement insidieux, mais qui sait si on n’en arrivera pas au même point très vite ? En souhaitant déjà affaiblir les universités, ce sont les universitaires que Sarkozy fragilise et intimide, soit le pouvoir intellectuel français. Et au fond, le scandale de l’incarcération de Julien Coupat n’a pour seule finalité que de montrer aux contestataires ce qui leur pend au nez : arrestations et incarcérations arbitraires. Ou de l’art de censurer à l’avance.

J’ajouterais aux propos de Nelly Kapriélian que la presse en France, aussi, est intimidée par la justice. C’est le cas de Médiapart pour l’affaire Pérol/ Caisses d’Épargne et pour Rue 89 pour la diffusion d’une vidéo de Sarkozy. De telles intimidations peuvent hypothéquer sérieusement leur avenir.

2-puis parler des nouvelles d’Antonio Tabucchi :
de celles réunies dans une livre intitulé « Petites équivoques sans importance »01058680031. Il en est une » Any where out of the world » qui commence ainsi :

Comment les choses se passent. Et ce qui les guide. Un rien. Parfois ça peut commencer par un rien, une phrase perdue dans ce vaste monde plein de phrases et d’objets et de visages…

La phrase en question est celle qui donne le titre à la nouvelle, celle d’un poème du Spleen de Paris de Baudelaire. Tabucchi, à sa façon, joue à Longtemps je me suis couché de bonne heure. Sauf que la phrase en question est le sujet de la nouvelle : « Any where out of the world ». Mais, lui même le dit, parfois ça peut commencer par un rien.
Mais si on se limite uniquemant à la structure du récit, une phrase, ce n’est pas rien. C’est peu et c’est beaucoup de choses et c’est comme ça qu’on se retrouve Any where out of the world
Dans cette nouvelle, la phrase n’est plus objet, mais devient sujet. Elle n’est pas au début du récit, mais c’est lui qui s’articule autour d’elle.
J’ai l’habitude de faire des emprunts dans les livres que je suis en train de lire pour commencer un récit (Des écrivains et non des moindres – je ne citerai pas de noms- m’ont avoué aussi pratiquer l’art de l’ « emprunt »). Quand on écrit c’est souvent ce « starter » qui manque pour amorcer le moteur. Alors, on le puise où l’on peut.
Que ce soit un roman, une oeuvre titanesque (À la recherche du temps perdu) ou une simple nouvelle, le début permet au lecteur d’y mettre brutalement les deux pieds, et a permis auparavant à l’auteur de se lancer aussi. Dans ce recueil de nouvelles, Antonio Tabucchi excelle dans l’art du commencement. Je vais citer quelques unes des premières phrases des nouvelles rassemblées sous le titre : Petites équivoques sans importances :

Les autres te font du bien et tu les remercies par de la rancoeur, pourquoi ?

Et puis l’odeur de toutes ces fleurs : nauséabonde.

Cette nuit, j’ai rêvé de Myriam.

Les trains qui vont de Bombay à Madras partent de Victoria Station.

Parce qu’au fond l’habitude est un rite, on croit faire quelque chose par plaisir et en réalité on ne fait qu’obéir à un devoir qu’on s’est imposé.

Ces phrases sont celles de tous les possibles. Les autres, celles qui suivent, s’articulent en un récit, une nouvelle où le monde est incertain, fait de hasards, de choix parfois, où des destins naviguent dans l’équivoque.

NE VISITEZ PAS L’EXPOSITION COLONIALE

juin 7, 2009 § Poster un commentaire

« A la veille du 1er mai 1931 et à l’avant veille de l’inauguration de l’Exposition coloniale, l’étudiant indo-chinois Tao est enlevé par la police française. Chiappe, pour l’atteindre, utilise le faux et la lettre anonyme. On apprend, au bout du temps nécessaire à parer à toute agitation, que cette arrestation, donnée pour préventive, n’est que le prélude d’un refoulement sur l’Indo-Chine [1]. Le crime de Tao ? Etre membre du parti communiste, lequel n’est aucunement un parti illégal en France, et s’être permis jadis de manifester devant l’Elysée contre l’exécution de quarante Annamites. L’opinion mondiale s’est ému en vain du sort des deux condamnés à mort Sacco et Vanzetti. Tao, livré à l’arbitraire de la justice militaire et de la justice des mandarins, nous n’avons plus aucune garantie pour sa vie. Ce joli lever de rideau était bien celui qu’il fallait en 1931, à l’exposition de Vincennes.

L’idée du brigandage colonial (le mot était brillant et à peine assez fort), cette idée, qui date du XIXème siècle, est de celles qui n’ont pas fait leur chemin. On s’est servi de l’argent qu’on avait en trop pour envoyer en Afrique, en Asie, des navires, des pelles, des pioches, grâce auxquels il y a enfin, là-bas, de quoi travailler pour un salaire et, cet argent, on le représente volontiers comme un don fait aux indigènes. Il est donc naturel, prétend-on, que le travail de ces millions de nouveaux esclaves nous ait donné les monceaux d’or qui sont en réserve dans les caves de la Banque de France. Mais que le travail forcé – ou libre – préside à cet échange monstrueux, que des hommes dont les mœurs, ce que nous essayons d’en apprendre à travers des témoignages rarement désintéressés, des hommes qu’il est permis de tenir pour moins pervertis que nous et c’est peu dire, peut-être pour éclairés comme nous ne le sommes plus sur les fins véritables de l’espèce humaine, du savoir, de l’amour et du bonheur humains, que ces hommes dont nous distingue ne serait-ce que notre qualité de Blancs, nous qui disons « hommes de couleurs », nous hommes sans couleur, aient été tenus, par la seule puissance de la métallurgie européenne, en 1914, de se faire crever la peau pour un très bas monument funéraire collectif – c’était d’ailleurs, si nous ne nous trompons pas, une idée française, cela répondait à un calcul français – voilà qui nous permet d’inaugurer, nous aussi, à notre manière, l’Exposition coloniale et de tenir tous les zélateurs de cette entreprise pour des rapaces. Les Lyautey, les Dumesnil, les Doumer, qui tiennent le haut du pavé aujourd’hui dans cette même France du Moulin-Rouge n’en sont plus à un carnaval de squelettes près. On a pu lire il y a quelques jours, dans Paris, une affiche non lacérée dans laquelle Jacques Doriot était présenté comme le responsable des massacres d’ Indo-Chine. Non
lacérée.

Le dogme de l’intégrité du territoire national invoqué pour donner à ces massacres une justification morale, est basé sur un jeu de mots insuffisant pour faire oublier qu’il n’est pas de semaine où l’on ne tue aux colonies. La présence sur l’estrade inaugurale de l’Exposition Coloniale du Président de la République, de l’Empereur d’Annam, du Cardinal Archevêque de Paris et de plusieurs gouverneurs et soudards, en face du pavillon des missionnaires, de ceux de Citroën et Renault, exprime clairement la complicité de la bourgeoisie tout entière dans la naissance du concept nouveau et particulièrement intolérable : la « Grande France ». C’est pour implanter ce concept-escroquerie que l’on a bâti les pavillons de l’Exposition de Vincennes. Il s’agit de donner aux citoyens de la métropole la conscience de propriétaires qu’il leur faudra pour entendre sans broncher l’écho des fusillades lointaines. Il s’agit d’annexer au fin paysage de France, déjà très relevé avant-guerre par une chanson sur la cabane-bambou, une perspective de minarets et de pagodes. A propos, on a pas oublié la belle affiche de recrutement de l’armée coloniale : une vie facile, des négresses à gros nénés, le sous- officier très élégant dans son complet de toile se promène en pousse-pousse, traîné par l’homme du pays – l’aventure, l’avancement.
Rien n’est d’ailleurs épargné pour la publicité : un souverain indigène en personne viendra battre la grosse caisse à la porte de ces palais en carton pâte. La foire est internationale, et voilà comment le fait colonial, fait européen comme disait le discours d’ouverture, devient fait acquis. N’en déplaise au scandaleux Parti Socialiste et à la jésuitique Ligue des Droits de l’Homme, il serait un peu fort que nous distinguions entre la bonne et la mauvaise façon de coloniser. Les pionniers de la défense nationale en régime capitaliste, l’immonde Boncour en tête, peuvent être fiers du Luna-Park de Vincennes. Tous ceux qui se refusent à être jamais les défenseurs des patries bourgeoises sauront opposer à leur goût des fêtes et de l’exploitation l’attitude de Lénine qui, le premier au début de ce siècle, a reconnu dans les peuples coloniaux, les alliés du prolétariat mondial.

Aux discours et aux exécutions capitales, répondez en exigeant l’évacuation immédiate des colonies et la mise en accusation des généraux et fonctionnaires responsables des massacres d’Annam, du Liban, du Maroc et de l’Afrique centrale. »

Signataires :
Breton André, Eluard Paul, Péret Benjamin, Sadoul Georges, Aragon Louis, Char René, Tanguy Yves, Unik Pierre, Thirion André, Crevel René, Alexandre Maxime, Malkine George.

1. Nous avons cru devoir refuser, pour ce manifeste, les signatures
de nos camarades étrangers

Où suis-je ?

Catégorie Énervements sur Cousu main.