L’inconnue de la Seine refait surface.

octobre 28, 2010 § 7 Commentaires

Imaginons l’inconnue de la Seine, voguant au fil de l’eau et son aimé/amoureux courant sur la rive…

Tu t’en vas à la dérive

Sur la rivière du souvenir

Et moi, courant sur la rive,

Je te crie de revenir

Mais, lentement, tu t’éloignes

Et dans ma course éperdue,

Peu à peu, je te regagne

Un peu de terrain perdu.

De temps en temps, tu t’enfonces

Dans le liquide mouvant

Ou bien, frôlant quelques ronces,

Tu hésites et tu m’attends

En te cachant la figure

Dans ta robe retroussée,

De peur que ne te défigurent

Et la honte et les regrets.

Tu n’es plus qu’une pauvre épave,

Chienne crevée au fil de l’eau

Mais je reste ton esclave

Et plonge dans le ruisseau

Quand le souvenir s’arrête

Et l’océan de l’oubli,

Brisant nos cœurs et nos têtes,

A jamais, nous réunit.

Lui, on ne l’a jamais retrouvé.

À ceux qui ne sont pas allés à la Petite Librairie.

octobre 3, 2010 § 4 Commentaires

Le week-end dernier, la Petite Librairie des Champs fêtait ses deux ans d’existence. En fait, je ne pourrais ici résumer les deux jours extraordinaires où éditeurs, poètes, amis se sont retrouvés. Une des découvertes, en ce qui me concerne, fut la rencontre avec Aurélia Lassaque et sa poésie.
Je ne suis pas très branchée régionalisme, mais j’aime entendre l’Occitan. J’aime l’entendre ailleurs que dans les cercles intellectuels, autant dire que je préfère l’entendre dans les rues ou les bistros, en Aubrac par exemple. J’en comprends un mot sur deux, assez pour suivre une conversation. Sans détours, je préfère la sincérité du bar au militantisme branché des parents qui décident de scolariser leurs enfants dans les calendretas. La fréquentation de ces écoles se fait parfois sans qu’il n’y ait de racines occitanes dans la famille, mais juste parce que ça rappelle le bon temps où l’ont plantait la tente sur le Larzac. J’en ai connus !
Et bien, malgré tout ce qui précède, c’est donc d’une jeune poète Aurélia Lassaque qui écrit en Occitan dont que je voudrais parler, un peu.
C’est beau quand elle lit sa poésie. C’est une musique, un peu comme un ruisseau qui court sur des galets. Et puis, c’est comme au bistro, je ne comprends qu’un mot sur deux, mais ça suffit pour enchanter. Ensuite, elle lit la traduction française, les images esquissées précédemment se précisent.
Voici un extrait d’Ombras de Luna paru aux éditons de la Margeride

La negressa somiava
D’iranges roges e redondes,
Miralh vegetal
De sas popas regolejantas de lach nòu ;
Li nasquèt un dròlle
Del pel rosset e dels uèlhs verds
Que servava en secret
Dins una banasta de fruchas falsas.

La négresse rêvait
D’oranges rouges et rondes,
Miroir végétal
De sa poitrine ruisselante de lait nouveau ;
Il lui naquit un enfant
A la chevelure rousse et aux yeux verts
Qu’elle gardait en secret
Dans une corbeille de faux fruits.

C’était juste pour revenir sur ce week-end magnifique comme en offre la Petite Librairie. Merci à tous ( poètes, éditeurs, Sylvie et François, les hôtes de La Petite Libraire), pour ces moments hors de la banalité sordide et désespérée du quotidien d’un citoyen français en 2010.

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