Goethe, Facebook et Bolaño

juin 29, 2010 § 2 Commentaires

J’aurais pu appeler cet article, « de coïncidences en coïncidences » aussi. Mais, je ne vais pas revenir sur ce débat sur le hasard (objectif ou pas) qui m’a occupée, parfois me tarabuste encore mais qui, par bonheur, m’entraîne vers des questionnements qui eux-mêmes se limitent au jeu, rien de plus.

Ce soir, je faisais un cours sur le suicide (et oui, c’est au programme !). Outre que j’ai l’habitude de parler surtout du suicide du sujet âgé  masculin de plus de 85 ans , du suicide au travail (France Télécom, La Poste et Foxconn…), du suicide en prison (La France la première dans l’Europe des 15, triste record…) j’ai parlé bien sûr du suicide chez les adolescents, rebondissant, avant que ce soient les étudiants qui m’en parlent, sur l’affaire de Coursan.  Je m’attendais à la rélefexion : C’est la faute à Facebook. Et ça n’a pas loupé !

Ces jeunes ont communiqué entre eux sur FB et c’est comme ça qu’ils se sont mutuellement entraînés.

Alors, je leur ai parlé de Goethe, Werther, et de l’épidémie de suicides que ce roman avait suscité à travers l’Europe. Ce fut plus lent, le temps que les traductions contaminent toutes les âmes fragiles et romantiques à travers l’Europe. Comme disait Mme de Staël : « Werther a causé plus de suicides que la plus belle femme du monde.. » Pauvre garçon qui souffrit tant pour Lotte La question qu’on peut se poser, c’est si Goethe avait eu accès à Facebook, les ravages qu’il aurait faits ! Imaginons, la gueule qu’aurait eu le Sturm und drang sur Facebook, il y aurait eu sûrement un groupe créé et on aurait dit si on aimait ou pas avec le logo du petit pouce levé.
Donc, après mon petit coup de gueule amical et bienveillant vis à vis de l’étudiante qui a sorti ça (des ministres disent la même chose…), après le cours, j’ai poursuivi la lecture (qui doit être lente pour en garder tout le plaisir) des Détectives Sauvages de Roberto Bolaño.

Voici donc ce que j’y ai trouvé par hasard au milieu des 930 pages, pile poil ce soir :

Il y a une littérature pour les moments où on s’ennuie. Elle est abondante. Il y a une littérature pour les moments où on est calme. c’est la meilleur littérature, je crois. Il y a aussi une littérature pour les moments où on est triste. Il y a une littérature pour les moments où on est joyeux. Il y a une littérature pour les moments où on est désespéré. C’est celle-ci qu’Ulises Lima et Belano ont voulu faire. Grave erreur, comme on va voir dans ce qui suit. Prenons par exemple, un lecteur moyen, un type tranquille, cultivé, mûr, menant une vie plus ou moins saine. Un homme qui achète des livres et des revues de littérature. Bon, voilà. Cet homme peut lire ce qui est écrit pour les moments où on est serein, les moments où on est apaisé, mais il peut lire n’importe quel genre de littérature, d’un oeil critique, sans complicités absurdes ou lamentables, avec détachement. Voilà ce que je crois. Je ne veux vexer personne. Maintenant prenons le lecteur désespéré, celui à qui est supposée s’adresser la littérature des désespérés. Qu’est-ce que vous voyez d’abord ? D’abord : il s’agit d’un lecteur adolescent ou d’un adulte immature troublé qui a des nerfs à fleur de peau. C’est le crétin typique (vous me passerez l’expression) qui se suicidait après avoir lu Werther.

Donc peut-on conclure que les pages de Die Leiden des jungen Werther sont aussi toxiques que Facebook ?
Bolaño venait de me donner raison, du moins appuyer mes arguments. D’ailleurs, il n’y pas que dans ma salle de classe que de tels raccourcis sont prononcés : ça l’est aussi par quelques journalistes qui se délectent de faire de FB la mère de tous les maux d’une société.

PS : Ça n’a rien à voir, mais alors absolument rien à voir, mais comme l’an dernier j’ai couru la course de la traversée des Dentelles à Gigondas en 2h16. Je sais que certains voulaient avoir des nouvelles.

Dans les pas de Varda (2- Le lion Volatil)

juin 21, 2010 § 2 Commentaires

Donc la balade entreprise du côté de chez Varda s’est poursuivie sur la place  Denfert-Rochereau.Et ce lieu nous amène au film (court métrage) qu’elle a tourné autour de cette place, Le Lion Volatil (2003) avec Julie Depardieu.

Ce qui est amusant dans cette exploration c’est la présence de la caravane de la voyante.Hélas, l’officine était fermée.

C’est en rêvant qu’on se prépare à la voyance

dit Madame Clara à son apprentie Clarice. Je n’ai pas osé prendre un rendez-vous comme il l’était conseillé sur la caravane. Alors, je me contente de dormir et d’essayer de rêver.

Vous avez remarqué comme on retrouve la cartomancie chez Agnès Varda ?

à suivre peut-être…

Souvenez-vous du début de Cléo de 5 à 7, début en couleur pour un film en noir et blanc. On lui tire les tarots.
Agnès Varda dit à propos des premières images de ce film :

Les tarots, c’est une fiction en couleur. On passe au noir et blanc, la réalité des 90 minutes qui suivent.

Les rêves en couleur, la fiction en couleur, la réalité en noir et blanc ? C’est
à méditer.

Dans les pas de Varda (1- Daguerréotypes)

juin 20, 2010 § 4 Commentaires

Quand on aime Varda, on met ses pas dans les siens. Je le fais dès que j’en ai l’occasion. D’ailleurs ce blog est sous son regard puisque le bandeau en haut de page est une photo que j’avais faite lors de l’exposition Les justes à Avignon en 2007.

J’étais à Paris, il y a quelques jours et me suis dit, que dans le genre « but de balade » (le temps incitait à se balader), Varda en était un qui m’allait parfaitement. Il faut dire que je venais de revoir « Les Plages d’Agnès  » pour la 3ème fois car j’avais eu à présenter le film dans le cadre d’un ciné-club.
Alors, d’abord, je suis allée rue Daguerre. Sa jolie maison de toutes le couleurs. Et la boîte aux lettres par l’ouverture de laquelle Agnès Varda fit passer le câble qui lui servit au tournage de Daguerréotypes. Elle dit dans ce documentaire, quand elle parle des commerçants qu’elle a filmés :

« je m’en suis tenue à ceux qui sont à moins de cinquante mètres de ma porte »

Ce parti pris était lié au fait qu’elle venait d’avoir son fils Mathieu et que, pour ne pas trop s’éloigner de lui, elle branchait le câble chez elle, le faisait passer par la boîte aux lettres. Elle dit dans Les plages d’Agnès que c’était au font le cordon ombilical qu’elle ne voulait pas couper. Belle image.

Donc, elle part filmer les commerçants du quartier.
Il y a les boulangers : J’ai retrouvé leur boulangerie ; elle a bien changé et ressemble à tant d’autres.

Je n’y suis pas entrée, mais je suppose que les boulangers doivent être des plus banals, et le pain qui y est fabriqué ressembler à celui que l’on trouve partout. Dans Daguerréotypes,  la baguette que la boulangère choisit pour chaque client en la palpant a l’air d’avoir une croûte épaisse et croustillante comme on n’en fait plus (sauf à ma connaissance à Nasbinals (48), publicité méritée pour la boulangerie du village).

à suivre…

Suite de la balade : Le Lion Volatile.

Où suis-je ?

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