Ce que l’on peut dire comme c…

avril 16, 2010 § 6 Commentaires

Hier, dans le Figaro, on nous racontait la merveilleuse aventure de deux libraires, Alban Caussé et Jacques Desse, qui avaient retrouvé dans un lot de photos anciennes, une photographie prise sur le perron d’un hôtel à Aden. Nos deux compagnons scrutent, détaillent les personnages et pensent que le mec qui est assis sur la droite pourrait être Rimbaud. Ils agrandissent le portrait et font appel à un expert, Jean-Jacques Lefrère qui après maints recoupements conclut qu’il s’agit d’une photo du poète adulte. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais pas de quoi rêver quand on a dans la tête celle du poète adolescent. La moustache, les cheveux coupés court, le regard toujours aussi glauque, et le visage légèrement empâté ne corresponde pas à l’image de l’auteur des Illuminations. Mais n’oublions pas qu’à cette époque, le monsieur n’est plus poète mais marchand d’armes. Pour une reconversion, c’est une reconversion ! Alors, en lisant l’article qui accompagne cette découverte, je n’ai pu que m’esclaffer en lisant autant d’âneries, l’expert se croyant obligé de dire quelque chose pour justifier le regard glauque du poète :

Tout son être paraît protester contre son intégration à ce rituel bourgeois de la séance du portrait de groupe, auquel, pourtant, il n’échappe pas. Il ne considère que le spectateur, comme en une muette interpellation, qui n’attend pas de réponse. Il nous regarde, il n’a rien à nous dire.

Heureusement qu’il n’a rien à nous dire, car ça serait du genre :

Le cour de la Kalachnikov a chuté ces derniers jours ou les mines anti-personnels se vendent bien ces temps-ci.

Alors, des interprétations vaseuses autour d’un portrait arraché à une photographie de groupe, fut-ce-il celui de Rimbaud, ont le don de m’agacer. Regardez des photos de vous, en groupe ou pas. Votre regard, il dit quoi ? À la fin du repas de communion bien arrosé, est-ce qu’on peut y lire la protestation à ce rituel bourgeois ?
Alors moi aussi je vais vous proposer une photographie inédite.Marcel Proust, en famille

Même âgé et malgré la désapprobation du père et du frère, Marcel Proust est resté, pour sa maman, son « petit loup ».

Il s’agit d’un montage fait par Gérard Bertrand et son interprétation vaut largement celle de l’Expert Jean-Jacques Lefrère à propos de Rimbaud, vous ne trouvez pas ?

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§ 6 réponses à Ce que l’on peut dire comme c…

  • jubilatoire – mais les textes provoqués par cette photo et la recherche du Rimbaud qu’aiment ses lecteurs sont souvent bien beaux – oubliant que les airs de poètes inspirés ne sont (sauf dans le cas de Rimbaud jeune, ou les admirables photos de Kafka) signe de rien, ce que prouve avec constance Villepin, et que la lourdeur d’un Cendrars, par exemple, peut cacher sensibilité grande

  • PhA dit :

    Il attend qu’on prenne la photo, quoi.
    Le commentateur aurait pu en profiter pour nous rappeler combien sont simplistes nos regards univoques sur la personne – et citer Proust, en effet, qui nous le rappelle sans cesse.

  • Don Jerry Can dit :

    Deux libraires ont retrouvé une photo de Rimbaud adulte, hôtel de l’Univers, à Aden. Bravo. Moi-même, j’ai déniché l’an dernier chez un antiquaire un crâne de Verlaine enfant. (Hervé le Tellier in « Le Monde »)

  • MrKapln dit :

    Je ne comprends pas : pourquoi voulez-vous rêver ? Que reprochez-vous à son visage ? Il n’est pas du tout empâté, et le serait-il que cela ne changerait rien à la personnalité de Rimbaud. Je vous trouve bien agressif avec lui.

  • cousumain dit :

    Ce n’est pas avec Rimbaud que je suis agressive mais avec les interprétations approximatives et douteuses de des experts sur un regard saisi par la photo, lui faisant dire n’importe quoi, tout ça pour se rendre intéressants.

  • nauher dit :

    Faut-il que nous ayons dans la tête le visage magnifique de Rimbaud ? Il est beau, très beau, certes…. C’est sans doute une des raisons du fantasme entretenu autour de sa personne. Voyez-vous, ce n’est pas seulement les interprétations douteuses sur un cliché qui m’agace comme vous. C’est la volonté de faire à l’endroit de ce poète une hagiographie dérisoire où le physique de l’homme serait en adéquation avec la beauté de l’œuvre poétique (et ce faisant du poète, incarné (comme un saint presque) de sa dimension poétique). L’idéalisme à ce point laisse songeur…

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