Quelques photos en vrac de la Biennale de Lyon…

novembre 30, 2009 § 1 commentaire

Flemme d’écrire et pas vraiment le temps. Je le dis avec les images :

Pour ceux qui ne l’ont pas si lumineux… Le mur d’une cabane d’Agnès Varda… Vivre dans des murs de films, quel doux rêve qui plus est, si sur la pellicule on retrouve Piccoli…

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Ophélie Jaësan sur France Culture

novembre 26, 2009 § 4 Commentaires

Nous sommes très fiers des auteurs « maison » et les suivons dans leur vie littéraire avec enthousiasme. Ophélie Jaësan dont nous avions édité de la poésie (VERTÉBRALES) vient de sortir un roman chez Actes Sud (le second), Iceberg Memories..
Elle participera, le jeudi 3 décembre à l’émission sur France-Culture : A plus d’un titre, avec Tewfik Hakem.

De fil en aiguille ou de coïncidence en coïncidence (3)

novembre 24, 2009 § 1 commentaire

Jacques Rozier tourne Adieu Philippine, l’été 1960. Michel reçoit sa feuille de route. C’est en Algérie qu’il doit partir. Le mot n’est pas prononcé. Un personnage, qui fait une courte apparition au début du film, semble en revenir mais dit qu’il préfère ne pas en parler. Une allusion à la censure ? À l’occasion de la reprise du film, à la fin des années 70, Jacques Rozier décide d’ajouter, avant le générique, un carton sur lequel est indiqué « 1960, sixième année de la guerre d’Algérie ». Un autre film, Les parapluies de Cherbourg, reprend le même thème :

« Ce matin, j’ai reçu cette feuille de route et je dois partir pour deux ans. »

Guy annonce la nouvelle à Geneviève et cela donne l’une des plus belles scènes du cinéma (vous l’avez compris, j’adore.) dont la mélodie magnifique de Michel Legrand est ce que l’on pourrait appeler un « classique » du genre. La Nouvelle Vague (les deux Jacques : Demy et Rozier) parlait de la guerre d’Algérie, comme elle le pouvait.
Donc, dans Adieu Philippine, Michel reçoit sa feuille de route et doit se rendre à la caserne Charras à Courbevoie. Moi, à cet endroit, de caserne je n’en ai point trouvée. Serait-ce une invention de Jacques Rozier ? Mais, ces choses-là ça ne s’inventent pas. Alors j’ai cherché et j’ai trouvé que la caserne Charras avait bien existé, qu’elle était

destinée à abriter les gardes suisses construite en 1756 par l’ architecte suédois Charles Axel Guillaumot en application d’ un décret royal de 1754 ; elle est construite en même temps et sur le même modèle que celles de Rueil-Malmaison et de Saint-Denis ; inscrite à l’ inventaire supplémentaire des monuments historiques le 22 mars 1929 ; détruite en 1962 ; seule la façade de l’ avant-corps central a été conservée et remontée dans le parc du château de Bécon.


Donc, nous y voilà, une caserne disparaît en 1962 et elle réapparait où?
Dans un endroit qui n’existe pas : Bécon-les-Bruyères.
Dois-je ajouter que, alors que je venais à peine de faire cette découverte, le téléphone se mit à sonner ? Une certaine Madame Charras m’appelait. C’était la première fois que je l’avais au bout du fil. Elle me proposait du boulot…

De fil en aiguille ou de coïncidence en coïncidence (2)

novembre 22, 2009 § 4 Commentaires

Les souvenirs vous habitent longtemps après les avoir remués.
Près de la gare d’Asnières, j’ai revu la rue Saint-Saëns, celle qu’habitait ma tante, celle où je passais mes vacances. On m’avait dit que la rue s’appelait ainsi car le musicien l’aurait habitée. Je n’en trouve nulle trace aujourd’hui. Pourtant je l’ai cru. La rue existe même si…
L’immeuble où habitait la tante qui m’accueillait n’a pas pris une ride (il les avait déjà prises quand j’étais enfant). À proximité, du côté de la gare d’Asnières, les bistros sont toujours là, la boulangerie la même (le pain y est-il meilleur ?). Dans sa rue, rien n’a changé ; le calme absolu, total, angoissant est toujours le même.
Je vis tout cela, et repartie chargée et cependant légère, d’avoir renoué, l’espace d’un instant avec un pan important de mon enfance.
Mes souvenirs ont continué de cheminer.
Dans les jours qui suivirent, je me souvins avoir joué à Philippine, avec ma tante de Courbevoie et n’avoir joué à ce jeu qu’avec elle.
Sur le blog de Laure Limongi, Gérard Genette définit ainsi ce jeu :

Philippine. Autant que je m’en souvienne, on appelait “ faire philippine ” le fait de trouver, imbriquées comme des fœtus jumeaux dans leur nid commun, deux amandes, dites alors “ amandes philippines ”, dans la même coque ; ou plutôt, le rite à deux qui s’ensuivait, et qui consistait à dire “ Bonjour Philippine ! ” sous je ne sais plus quelle condition, pour gagner je ne sais quoi – un baiser, peut-être. Le plus mystérieux était évidemment la relation entre la chose et le mot, dont j’ai su bien plus tard qu’il procédait simplement, par fausse étymologie, de l’allemand Vielliebchen (bien aimé). Ce qui d’ailleurs n’explique rien.

Je ne parlais pas allemand à l’époque, et il n’était pas question de baisers, juste de souhaits qui seraient exaucés pour la première qui dirait : « Philippine » le lendemain du jour où on avait trouvé des amandes jumelles. J’y croyais.

À mon retour, je décidai donc de visionner un film de Jacques Rozier, par association d’idées, Adieu Philippine. J’avais la chance d’avoir le coffret de l’intégrale de ses films, chez moi.
Bien sûr, il y a deux filles autour du même mec, les amandes jumelles en quelque sorte. Une sorte de Deux Anglaises et le Continent. À un moment dans le film, il est fait allusion à ce jeu.
Dois-je rappeler qu’il date de 1960 et qu’il est infiniment « nouvelle vague » et aussi très politique ?

La guerre d’Algérie est derrière la légèreté apparente des trois personnages. Une façon de contourner la censure de l’époque.

Alors que les trois jeunes gens sont en Corse en vacances, Michel reçoit sa feuille de route pour partir en Algérie. Pour cela, il doit se rendre à la caserne Charras, à Courbevoie. Nous y voilà…
à suivre…

De fil en aiguille ou de coïncidence en coïncidence (1)

novembre 22, 2009 § 6 Commentaires

Si l’on veut faire référence à Breton, on parlerait de hasard objectif, d’autres parleraient plus simplement de coïncidences, quand, à partir d’un lieu, les signes s’enchaînent pour vous y ramener inexorablement par la pensée. C’est ce que j’ai pu observer avec un certain plaisir mêlé d’étonnement ces derniers jours.

Le lieu en question n’a rien d’exotique, de mythique ou de mystique. Il relèverait plutôt du banal si des signes, des enchaînements de hasards, de coïncidences, ne le faisaient pas sortir de l’ordinaire – en ce qui me concerne, s’entend.

Le week-end dernier, je suis allée chez mon fils qui vit à Courbevoie (92). Le hasard du boulot (1er hasard) l’a fait s’installer dans cette commune de la banlieue ouest de Paris. Il l’a fait sans vraiment savoir que moi, sa mère, j’avais passé pendant des années, des vacances, précisément à Courbevoie, chez une tante, lorsque j’étais enfant.

Le Courbevoie de mon enfance n’est pas dans le même quartier que le Courbevoie qu’il habite.
Le sien, il est plutôt du côté de la place Charras, proche de la gare de Courbevoie.Le mien était limitrophe avec Asnières, à deux pas de la gare, de ladite commune.La proximité de l’endroit m’a incitée à aller sur les lieux à la fois familiers et pourtant devenus lointains dans mes souvenirs; je n’y étais pas retournée depuis plusieurs dizaines d’années.
L’opportunité se présentait. J’avais envie de la saisir.

Je décide donc de me rendre à Asnières, enfin à Courbevoie près de la gare d’Asnières …
Malgré le fait que les deux communes soient voisines, il est nécessaire de faire un changement (je préfère dire une escale) à la gare de Bécon-les -Bruyères. Ce nom de Bécon-les-Bruyères qu’enfant je transformais en Bécon-les-Gruyères (pas très subtil, je l’avoue), n’était qu’un nom étrange et mémorable, et n’existait pour moi qu’ainsi. En effet, sur la ligne Saint-Lazare/Versailles-rive-droite je n’étais jamais allée en aval d’Asnières.
Donc, ce jour-là, je découvrais que Bécon-les-Bruyères était un lieu qui existait bien. Quoique…
C’est une gare, certes, mais en fait, ce n’est pas une commune. Il s’agit d’un regroupement de quartiers de trois communes différentes : Courbevoie, Asnières, Bois-Colombe.
Bécon-les-Bruyères est un nom, qu’un nom et pas plus.
à suivre...

Qu’est-ce qu’il y a dans la tête d’un anatomiste ? (3)

novembre 12, 2009 § 4 Commentaires

Alors, continuant mes recherches je me suis penchée sur un certain Farabeuf.

Louis Hubert Farabeuf était un chirurgien qui travaillait aussi bien la viande chaude que la viande froide. C’est ainsi qu’il trouva des morceaux humains restés vierges de toute dénomination et, en toute modestie, leur colla son nom :

  • Le tronc veineux de Farabeuf : une des branches de la veine jugulaire interne.
  • Le tronc artériel de Farabeuf : c’est le tronc thyro-cervical (thyro-bicervico-scapulaire – truncus thyro cervicalis), une artère collatérale de l’artère sous-clavière droite
  • Le heurtoir de Farabeuf : c’est une légère excroissance qui se trouve au niveau de face inférieure de la clavicule dans sa partie médial, elle forme le prolongement postérieur de la surface articulaire qui s’articule avec le sternum.
  • Le muscle deltoïde fessier de Farabeuf ;
  • Les lames sacro-recto-génito-pubiennes de Farabeuf : ce sont des formations cellulo-fibreuses sagittales qui divisent le petit bassin en trois régions distinctes,
  • Le canal de Guyon-Farabeuf : il s’agit d’un canal traversé par le nerf ulnaire après son passage dans le canal carpien du poignet de la main. (Tiens, il a partagé le morceau avec un associé.)

Farabeuf_instruments Il inventa des instruments de chirurgie et sur l’acier, il eut le même réflexe que sur la chair humaine, il leur colla son nom.

  • Écarteur de Farabeuf
  • Le davier à double articulation de Farabeuf
  • La rugine droite et la rugine courbe de Farabeuf
  • La rugine-curette trouée de Farabeuf ;
  • Rugine pour côtes d’Alexandre-Farabeuf ;
  • Le bistouri d’amputation sous astragalienne de Farabeuf ;
  • La pince à suture intestinale de Farabeuf ;
  • La sonde cannelée à double courbure de Farabeuf ;
  • La scie d’amputation et de résection de Farabeuf ;
  • La gouttière protectrice pour symphysiéotomie de Farabeuf ;

Quel ego, Monsieur Farabeuf !
En continuant à chercher sur cet obsédé de son patronyme, j’ai trouvé ceci sur un blog :

Mais ce maître de l’anatomie est également brusque, voire emporté, dans ses rapports avec ses étudiants. Deux étudiants ajournés, l’un pour avoir dû lire une lame histologique sans microscope et l’autre après avoir été traité de couillon et d’andouille portent plainte auprès du doyen. La sanction ne se fait pas attendre : Louis Farabeuf est suspendu de ses fonctions en 1902, dans un climat de tensions personnelles avec le ministre, ami intime de son successeur.

Rien n’a changé dans les facultés de médecine. Les professeurs d’anatomie sont toujours aussi atrabilaires, insultent toujours copieusement les étudiants de deuxième année durant les TP autour d’un cadavre.
Qu’il fut cinglé, on s’en doute. Mais ce qui est beaucoup plus intéressant c’est qu’il devint un personnage de roman sous la plume d’un écrivain mexicain, Salvador Elizondo.Salvador Elizondo-RETO

Ses textes vigoureux et ses descriptions des techniques d’amputation ont attiré l’attention de l’écrivain mexicain Salvador Elizondo. Celui-ci est l’auteur d’une biographie romancée de Farabeuf dans laquelle il souligne et exagère les côtés morbides du chirurgien. C’est par ce « Classique des Secrets de l’esthétique du mal » que Farabeuf est surtout connu. Elizondo y présente Farabeuf comme un agent secret en Chine après la Guerre des Boxers, au service des jésuites français dans la mise au point d’un plan pour évangéliser la Chine. Elizondo a entremêlé, dans son livre Farabeuf ou la chronique d’un instant (1965), des évènements empruntés aux vies de Dupuytren, Muybridge, Daguerre et Nadar, parmi d’autres.

En découvrant l’existence de ce roman, je découvrais donc je n’étais pas la seule à penser que, dans la tête d’un anatomiste, il se passait de drôles de perturbations. Pour Elizondo, Farabeuf était un sadique. Quand on cherche à droite et à gauche ce que l’on peut lire sur ce roman- lui-même introuvable en français-, je suis tombée sur une conférence tenue par une certaine Dorita Nouhaud.
extraits :

C’est à cette littérature que pour répondre au thème qui nous était proposé cette année universitaire 2006-2007 au Séminaire d’Amérique latine, à savoir « Littérature et violence », j’ai emprunté mes exemples: Salvador Elizondo dans Farabeuf, Julio Cortázar dans 62, modelo para armar. Le fil rouge de ma lecture —l’adjectif rouge, rouge sang, il va de soi, convient on ne peut mieux à la teneur de ces ouvrages— est un livre de Georges Bataille, Les larmes d’Eros, qu’en 1961 l’éditeur parisien Jean-Jacques Pauvert donnait au public dans sa collection Bibliothèque Internationale d’Erotologie.

En ce qui concerne Farabeuf, la preuve la plus évidente, la plus délibérément voyante de filiation avec Bataille est une photographie dont le roman de Salvador Elizondo s’engendre et que reproduisent les successives éditions du roman, une des photographies prises à Pékin le 10 avril 1905 et que l’on voit dans Les larmes d’Eros. Supplicie_chinoisElles témoignent du supplice chinois Leng Tch’é, les Cent Morceaux, ainsi appelé parce qu’il consiste à donner une mort lente en détachant articulation par articulation les membres d’une victime attachée débout à un pieu. Ce supplice fut appliqué, par décret impérial publié dans les journaux de Pékin, à Fou-Tchou- Li, meurtrier du prince Ao-Han-Ouan.

C’est là qu’intervient Farabeuf, l’homme « aux prodigieuses dissections », dont la profession avait été de « faire sauter deux ou trois jambes et bras dans l’immense amphithéâtre de l’Ecole de Médecine ». Toute une page est consacrée à l’énumération des instruments de chirurgie inventés ou mis au point par lui, mais en ce jour pluvieux rue de l’Odéon on lui a demandé de venir appliquer une autre de ses inventions, extirper dans le regard de la femme, par un complexe et douloureux dispositif chirurgical, l’image du supplicié tel qu’il 0415567001220427476a été photographié, c’est-à-dire au moment même de la mort, dans l’extase orgasmique de la douleur, et remplacer l’image photographique qui provoque « la petite mort » par l’image même de cette mort. C’est donc pour procéder à un rituel érotico-sadique que Farabeuf se rend au 3 de la rue de l’Odéon où le narrateur l’a convié…

Ce roman est une belle utilisation d’un personnage réel au service de la fiction ; Elizondo a creusé dans l’inconscient du chirurgien-anatomiste et en a extirpé ses rêves les plus inavoués. Que pouvait-il y trouver d’autre ?

Ce livre en français (je ne lis pas l’espagnol) est introuvable. Peut-être traîne-t-il sur l’étagère d’un bouquiniste ? Alors, merci de me le signaler.

Qu’est-ce qu’il y a dans la tête d’un anatomiste ? (2)

novembre 11, 2009 § 5 Commentaires

Dans la série des cinglés anatomistes, je voudrais parler aussi de Jan Evangelista Purkinje.Jan_Evangelista_Purkyne_2 Il a laissé son nom, pourtant pas des plus simples, aux :

Contrairement à son collègue Vicq, il s’intéresse à toutes les parties du corps, il était total nécrophile pourrait-on dire . Des testicules où il met en évidence les tubes séminifères, aux aisselles et autres endroits odorants où il met en évidence les glandes sudoripares, son scalpel circule partout sur le cadavre. En plus, il a eu la bonne idée de découvrir que les empreintes digitales pourraient être utilisées pour identifier les individus. Toutes les polices du monde lui sont reconnaissantes. Il n’y a vraiment pas de quoi être fier !

300px-Henricvs_Avgvstvs_Wrisberg_(1739-1808)Et Heinrich August Wrisberg ? Qu’est-ce qui lui a pris de laisser à la prospérité des morceaux de viande d’aussi bas étage ?

Il faut quand même avoir un grave problème d’ego pour s’acharner à trouver une place vacante dans le corps humain, une parcelle aussi petite soit-elle, et y coller une étiquette avec son nom. Des vies entières vouées à ça ! Il doit bien y avoir quelque chose qui ne tourne pas rond chez les anatomistes.
à suivre…

Où suis-je ?

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