sainte Thècle : l’enquête (3)

octobre 30, 2009 § 2 Commentaires

Le discours tenu par ceux qui veulent nous vendre leurs religions ne seraient que des balivernes ?
Du moins, en lisant Un homme de Philip Roth, c’est ce qu’on peut être tenté de croire :

La religion était une imposture qu’il avait démasquée très tôt dans sa vie : elles lui déplaisaient toutes; il jugeait leur folklore superstitieux, absurde, infantile ; il avait horreur de l’immaturité crasse qui les caractérisait, avec leur vocabulaire infantilisant, leur suffisance morale, et leurs ouailles, ces croyants avides. Ce n’est pas lui qui serait dupes des balivernes sur la mort et sur Dieu, ou de ces fantasmes de paradis d’un autre âge. Il n’y avait que le corps, né pour vivre et mourir selon les termes décidés par les corps nés et morts avant nous. Philip Roth (Un homme)

J’ai donc mené mon enquête, comme j’ai eu l’occasion de le prouver dans les deux articles précédents.12752_1191915072156_1056755400_30550958_4858412_n Nos saints du calendrier ne seraient pas plus réels que Blanche-Neige ou Spider-man ? Et l’histoire de sainte Thècle ne serait pas tout à fait celle qu’on veut bien nous raconter ? N’écoutant que mon courage et mon envie de dénoncer les mensonges, je suis allée sur les traces de sainte Thècle, enfin de Thècle pour parler plus simplement.
Pour commencer, c’est Wikipédia qui m’a mise sur la piste, ou plutôt sur la route.CIMG1941 copy Pas folle la guêpe ou plutôt la sainte. Même si elle fut totalement amoureuse de son Paul, une fois celui-ci mort, elle préféra fuir Rome et les persécutions pour se retirer, tranquille, peinarde, dans les Cévennes et mourir à Saint Bonnet de Chirac. Elle aurait donc emprunté la route du Gévaudan. Grosso modo, en partant de Rome, comme il est dit officiellement, et à mon avis, elle aurait pris la voie Appia, puis la voie Aurélia, la voie Domitia, et puis aurait tourné à droite en prenant peut-être le voie Agippa ou une autre route (peut-être celle utilisée par César pour rejoindre Gergovie ? Parle-t-il de la route empruntée dans la Guerre des Gaules? Je ne m’en souviens plus, c’est trop lointain.)
D’ailleurs, de nos jours, la route pour rejoindre Saint Bonnet de Chirac n’est pas si simple que ça. En effet, j’ai interrogé plusieurs personnes à moins de cinq kilomètres du lieu, leur demandant de m’indiquer la direction, mais personne n’a pu me répondre. C’est au bar de Chirac, qu’enfin on m’a montré un chemin qui y mène directement. « La vérité est dans les bars. » voudrais-je ajouter, mais ce serait hors de propos.
Ceci dit, cette fameuse Thècle se retrouve en Gévaudan. En lisant Wikipédia, on apprend qu’elle serait morte à Saint Bonnet de Chirac (1er Président français) mais, aussi qu’elle est vénérée à Chamalières (2ème président français… vous me suivez ?) où ses reliques furent conduites au VIIe siècle ( Pas de trace de Thècle à Neuilly ou à la Défense mais on ne s’en plaindra pas). Donc je n’écoutant que ma curiosité, je me suis rendue à Saint-Bonnet de Chirac.CIMG1929

à suivre…

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sainte Thècle : l’enquête (2)

octobre 27, 2009 § 2 Commentaires

Alors, cette brave fille, puisque, je le rappelle, c’est une sainte et non un saint comme il est écrit sur le calendrier de la Poste, qu’a-t-elle fait pour mériter l’auréole ?

Sainte Thècle était originaire de la ville d’Iconium (Asie-Mineure). Elle était la fille d’une riche païenne nommée Théoclie. Agée de dix-huit ans, elle était fiancée à un jeune homme nommé Thamyris, qui l’aimait d’un amour ardent. C’est à cette époque que, descendant d’Antioche, Saint Paul fut accueilli à Iconium dans la maison d’Onésiphore, un voisin de Thècle, et y enseignait nuit et jour la parole de Dieu.
A tous ceux qui l’écoutaient dans une grande joie, il disait: «Heureux ceux dont le coeur est pur, parce qu’ils verront Dieu. Heureux ceux qui gardent la chasteté de leur chair, parce qu’ils seront le temple de Dieu. Heureux ceux qui ont renoncé à ce monde, car ils seront agréables à Dieu. Heureux ceux qui craignent les paroles de Dieu, parce qu’ils seront consolés. Heureux ceux qui embrassent la sagesse de Jésus-Christ, etc, etc.».

Ce pauvre garçon était tombé sur la tête, avait le verbe facile et racontait n’importe quoi.

Au comble de la joie et comme fascinée par ces paroles célestes, Thècle fut amenée à la foi en écoutant Paul cachée derrière une fenêtre qu’elle ne quitta pas pendant trois jours.

Elle s’est laissée bluffer par le bonimenteur, la naïve !

Or Théoclie et Thamyris étaient dans une grande émotion en voyant ainsi Thècle oublier ce qui est terrestre pour s’attacher aux paroles de cet étranger qui enseignait à se détourner du mariage. Toute la ville était également en émoi, c’est pourquoi on se saisit de Paul et on l’amena devant le gouverneur. Celui-ci ordonna de l’enchaîner et de le conduire en prison. Après avoir donné ses bracelets au gardien, Thècle vint de nuit retrouver Paul dans sa prison, afin d’apprendre les grandeurs de Dieu, assise à ses pieds et baisant ses chaînes.

Je ne ferai pas de commentaire, vous saurez lire de vous même entre les lignes puisque le récit de cette passion débordante autant que sulfureuse est à peine crypté.

Lorsqu’on découvrit Thècle ainsi enchaînée par l’amour divin auprès de Paul, on les fit comparaître tous deux devant le gouverneur. Comme elle ne répondait pas aux questions du gouverneur, sa mère elle-même s’écria: «Brûle cette ennemie du mariage au milieu de l’amphithéâtre, afin que toutes les femmes instruites par cet exemple soient épouvantées!» Le gouverneur, contre son gré et sous la pression de la foule, fit flageller Paul,
le chassa hors de la ville, et condamna Thècle à être brûlée vive. Alors qu’on l’emmenait nue au lieu du supplice et que dans une grande fébrilité les jeunes gens et jeunes filles rassemblaient les bois pour le bûcher, Thècle vit le Seigneur sous les traits de Paul, qui l’emplit d’une force divine en la regardant. S’armant du signe de la Croix, elle monta. sur le bûcher. Mais, bien que la flamme brillât haute, le feu ne la toucha pas et, ému par son amour, Dieu envoya une forte pluie qui éteignit le feu et inonda l’amphithéâtre.

Tintin : Le temple du Soleil herge71!

Conduite par Dieu, Thècle retrouva Paul, qui se cachait dans un tombeau à proximité de la ville avec Onésiphore et les siens. Ils partirent ensemble pour Antioche. A peine étaient-ils entrés dans la ville qu’un notable nommé Alexandre, frappé par la beauté de Thècle s’éprit furieusement de la jeune fille et se précipita pour l’étreindre en pleine place publique. Elle se défendit, déchira sa chlamyde, arracha la couronne de sa tête et le rendit ridicule. Pour se venger, celui-ci la livra au gouverneur qui la condamna aux bêtes. On l’attacha à une lionne farouche, mais celle-ci lécha les pieds de Thècle, comme pour rendre hommage à sa virginité. Le lendemain, on lâcha contre elle de nombreuses bêtes fauves, mais elles ne purent la toucher, car la jeune fille était protégée par une lionne. Voyant une grande fosse pleine d’eau, préparée pour un nouveau supplice, Thècle s’écria: «C’est maintenant le moment de recevoir le bain de la régénération!» Elle s’y jeta en disant: «Au nom de Jésus-Christ, je me baptise à mon dernier jour». Toute la foule sursauta d’émotion, pensant que les phoques allaient dévorer tant de beauté.

Les phoques ?

Au moment où elle plongeait dans l’eau, la flamme d’un éclair frappa les bêtes qui surnagèrent mortes, et un nuage de feu voila la nudité de l’épouse du Christ. On la livra alors à d’autres bêtes plus redoutables, mais les femmes de la ville, scandalisées par l’injustice de la condamnation de leur congénère, poussèrent de grands cris et les unes jetèrent des aromates, d’autres du nard, d’autres de la casse, d’autres de l’amone, en sorte que le théâtre fut rempli de parfums et les animaux, comme accablés de sommeil, ne touchèrent même pas la Sainte. On attacha ensuite Thècle entre les pattes de deux taureaux, auxquels on appliqua des fers brûlants afin de les rendre plus furieux. Ils bondirent, mais la flamme, s’étendant en cercle, brûla les cordes et laissa la Sainte comme si elle n’avait pas été liée. Constatant qu’aucune de leurs machinations ne pouvait quoique ce soit contre la servante de Dieu, le gouverneur et Alexandre lui rendirent la liberté.
stethecle
Après s’être reposée quelques jours chez Triphaine, une riche femme de la ville qui l’avait prise comme fille adoptive dès le début de ses tribulations, Thècle, n’aspirant qu’à retrouver Paul, partit pour Myre. De là, elle retourna avec lui à Iconium Iconiuimpour y proclamer les merveilles de Dieu. Elle y trouva Thamyris mort et sa mère obstinée à rester sourde au message du salut. C’est pourquoi elle partit pour Séleucie, où elle demeura près de soixante-douze ans, à pratiquer l’ascèse dans une grotte située aux environs de la ville, dans la montagne de Calamon. Elle endura de violents combats contre les démons et se fit connaître de tous par les nombreux miracles qu’elle accomplissait. Jaloux de ses succès, les médecins païens de la ville envoyèrent des jeunes gens débauchés pour la perdre. Mais, par la providence de Dieu, elle entra vivante dans le rocher et s’enfonça sous la terre. (On raconte qu’elle serait allée à Rome pour retrouver Paul; mais qu’elle l’aurait trouvé mort. Elle serait restée là quelque temps, et se serait endormie d’un beau sommeil. Elle serait ensevelie à deux ou trois stades environ du tombeau de son maître).

En réalité, ce n’est pas là qu’elle est ensevelie. J’ai mené l’enquête.

à suivre …

sainte Thècle : l’enquête (1)

octobre 26, 2009 § Poster un commentaire

L’histoire de sainte Thècle ? Comment tout cela a commencé ?
Autant le dire tout de suite, c’est un hasard de blog, dirons-nous qui m’a mise sur la piste de sainte Thècle.
Le 25 septembre, comme je le fais presque quotidiennement depuis de nombreuses années (et oui ! et je ne m’en lasse pas.) j’ai lu le blog de JCB. je ne m’en lasse pas.
Donc ce jour-là, je lis, très tôt, le matin-au réveil-, le récit d’une visite dans une maison de retraite que JCB faite avec une tante.
Et je bloque, comme de façon réflexe, en lisant 137-hop4 « Jeudi 24 septembre 2009, Saint-Tèchle ». je m’empresse d’écrire un mail à JCB, pour lui dire que le saint en question est une sainte. Le calendrier de La Poste, vous savez, celui avec les chiens et chats que votre facteur vous apporte tous les ans dès la fin novembre, ne connaît, le 24 novembre que saint Thècle. Dire que certains se fient aux prévisions météorologiques qui y sont insérées ! Confondre une sainte et un saint ouvre toutes les possibilités quant aux erreurs dans le reste du calendrier. Un conseil : refusez-le quand votre facteur vous le propose. Contentez-vous de lui donner des étrennes. Vite ! Avant la privatisation.
Bon, revenons à notre sainte. Donc, j’écris un mail, pour dire que le saint est une sainte, que c’est scandaleux de tout mélanger etc. Enfin, un mail comme je peux en écrire le matin au réveil, encore embrumée par mes obsessions. Je l’envoie et reviens sur la suite de l’article que je n’avais pas encore lu, puisque j’avais démarré au quart de tour.
L’auteur du blog en question avait déjà écrit sur sainte Thècle et l’avait oublié… « Il y a quatre ans et demi. » Donc, JCB perdrait la mémoire ?
Mais, pire, c’est que la lectrice qui est tôt sur internet dont il parle, c’est moi ! Oui, il y a quatre ans et demi, j’avais déjà envoyé un mail pour signifier mon indignation quant à l’erreur de sexe à propos de la gentille sainte Thècle.
Moi aussi, j’ai des problèmes avec la mémoire !
Le fait est que, ce jour là, il y a quatre ans et demi, le sujet du jour était plutôt Saint Guénolé que Sainte Thècle.
Pourquoi étais-je si « branchée » sainte Thècle ? Tout simplement parce qu’il m’était arrivée d’aller à Maaloula, en Syrie. Dans ce lieu, on parle l’araméen, la langue que parlait Jésus. Et puis, on nous dit que sainte Thècle est enterrée dans ce village.
Enfin, c’est ce qu’on dit… Car, moi, j’ai mené l’enquête.
à suivre…

Roussel / Duchamp (2)

octobre 18, 2009 § Poster un commentaire

Donc Duchamp assiste à la représentation des Impressions d’Afrique en 1912. Il dit qu’il fut, alors, peu attentif au texte. Quand il le lut, plus tard, voici ce qu’il en dit : « Roussel se croyait philologue, philosophe et mathématicien. Mais il reste un grand poète » Duchamp ne connaissait pas, au moment de la représentation le procédé de Roussel.

L’obscurité de ces jeux de mots n’avait rien de mallarméen, rien de rimbaldesque. c’est une obscurité d’un autre ordre. C’est cela qui m’intéresse chez Roussel : ce qu’il a d’unique. C’est qu’il ne se rattache à rien d’autre.

confiera-t-il lors d’un entretien avec Alain Jouffroy de nombreuses années plus tard.verte+Duchamp reconnaît Roussel comme fondamentalement responsable de la Mariée mise à nue par ses célibataires, même.

Ce furent ses Impressions d’Afrique qui m’indiquèrent dans les grandes lignes la démarche à adopter. Je vis immédiatement que je pouvais subir l’influence de Roussel. Je pensais qu’en tant que peintre il valait mieux que je sois influencé par un écrivain plutôt que par un autre peintre.

Ce sont donc les Impressions d’Afrique qui confortent Duchamp dans son projet d’abandonner le caractère rétinien de la peinture.

70117_man_ray_duchampMarcel Duchamp, Man Ray

C’est en 1932 que Roussel se met à jouer aux échecs. Au bout de trois mois et demi, (il a) trouvé la méthode concernant le mat si difficile avec Fou et Cavalier., méthode qu’il expose dans Comment j’ai écrit certains de mes livres. C’est précisément en 1932 que Duchamp aperçoit Roussel jouant aux échecs au Café de la Régence, place du Palais Royal. il n’a pas osé se présenter. « roussel2Il avait l’air très « collet monté », faux col haut, habillé de noir, très, très avenue du Bois, quoi ! Sans exagération. Une grande simplicité, pas voyant du tout. À cette époque-là, j’avais eu un contact par la lecture, le théâtre, ça me suffisait pour penser, je n’avais pas besoin d’entrer dans son intimité. » On sait la passion que nourrissait Duchamp pour le jeu d’échecs, passion si intense qu’il abandonna un certain temps l’art pour ne se consacrer qu’à elle.
Lors d’un voyage en Italie en 1963, Marcel Duchamp et Teeny visitent Palermeit-grdhtlpalmes04 et passent une nuit au Grande Albergo delle Palme, l’hôtel mythique où décéda Raymond Roussel le 14 juillet 1933. Une sorte d’hommage/pèlerinage.

Roussel / Duchamp (1)

octobre 17, 2009 § 1 commentaire

Image-5624-38781-headhuntress1C’est en 1912 que Marcel Duchamp rencontre l’oeuvre de Raymond Roussel. En effet, il assiste à la représentation des Impressions d’Afrique qui est donnée au Théâtre Antoine entre le 11 mai et le 10 juin, en compagnie de Picabia et de Gabrielle sur l’initiative d’Apollinaire. La pièce d’après son roman éponyme avait été jouée six mois plus tôt au théâtre Fémina. Au dires de l’auteur, « ce fut plus qu’un insuccès, ce fut un tollé. On me traitait de fou, on « emboîtait » les acteurs, on jetait des sous sur la scène, des lettres de protestation étaient adressées au directeur. » Gabrielle Buffet-Picabia garde de cette soirée le « souvenir d’un fou rire continu, et du ton grave dont il annonça l’avènement d’un nouveau Père Ubu » Duchamp resta marqué par cette représentation : « C’était formidable. Il y avait sur scène un mannequin et un serpent qui bougeait un petit peu, c’était absolument la folie de l’insolite. Je ne me souviens pas beaucoup du texte On n’écoutait pas tellement. »
commencer-lire-raymond-roussel-L-1-175x130Donc il y avait un serpent ! Était-ce un crotale, un boa ou un autre ? C’est le caractère visuel de la pièce qui saisit d’abord Duchamp. Roussel n’avait pas ménagé ses effets, ni sur scène, ni dans les publicités qui annonçaient son spectacle.Une bande dessinée placardée sur les murs de Paris, présentait en effet les scènes principales :

  • Le ver de terre joueur de cithare
  • Le nain Philippo dont la tête anormalement développée égale en hauteur le restant de l’individu
  • L’unijambiste Lelgoualch jouant de la flûte sur son propre tibia
  • Djizmé volontairement électrocuté par la foudre
  • La statue en baleines de corset roulant sur des rails en mou de veau
  • L’orchestre thermomécanique à bexium
  • L’horloge à vent du Pays de Cocagne
  • Les chats qui jouent aux barres
  • Le mur de dominos évocateur de prêtres
  • Le caoutchouc caduc contre lequel repose à plat le cadavre du roi nègre Yaour IX classiquement costumé en marguerite de Faust
  • Les poitrines à échos des frères Alcott
  • Le supplice des épingles

Le bexium ? Vous ne connaissez pas ? Voici la définition donnée par Raymond Roussel :

Suivant un court passage du manuscrit, Roméo attachait au cou de Juliette réveillée de son sommeil léthargique un riche collier de rubis, destiné d’abord, dans la pensée de l’époux, à orner seulement le froid cadavre de la bien-aimée.

Ce détail fournit à Bex l’occasion d’utiliser un baume de sa façon, dont l’emploi lui avait toujours réussi au cours de ses savantes triturations.

Il s’agissait d’un anesthésiant suffisamment puissant pour rendre la peau indifférente aux brûlures ; en appliquant sur ses mains cet enduit protecteur, Bex pouvait manier à n’importe quelle température certain métal inventé par lui et baptisé le bexium. Sans la découverte antérieure du précieux ingrédient, le chimiste n’aurait pu mener à bien celle du bexium, dont la spécialité réclamait justement d’extrêmes variations thermiques.

Pour remplacer le collier de rubis introuvable à Éjur même en imitation, Bex proposait plusieurs charbons ardents attachés à un fil d’amiante qu’il se chargeait de fournir.

Quand Marcel Duchamp dit avoir vu un serpent sur scène avait-il confondu avec le ver de terre joueur de cithare ? L’énigme reste entière.

Encore une histoire de Raymond Roussel ?

octobre 13, 2009 § Poster un commentaire

Je range ma bibliothèque, retrouve des livres oubliés et notamment la revue L’Arc consacrée à Raymond Roussel (1990).834588445_L Dans un article écrit par Harry Mathews et Georges Perec, on apprend que sur cinq feuillets, ces feuillets étant insérés dans un ouvrage intitulé Tragoedia Ducis Partibonis (la Tragédie du Doge Partibonis) d’Andrea Quarli, Roussel avait écrit l’ébauche d’une pièce de théâtre dont voici le résumé :

La scène se passe à Venise à la fin du 19è siècle. Accusé d’avoir violé sa fiancée, un jeune noble est sauvé in extremis par deux enfants, le frère et la soeur de la jeune fille qui jouaient à saute-mouton à l’étage au-dessus. Car leurs sauts provoquèrent des trépidations qui libérèrent les cris que la jeune fille a poussés au moment de l’agression et qui, captés par les canalisations d’eau, se sont emmagasinées sous forme de bulles dans la pomme de la douche.

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Cette « révélation liquide » : « Gob !…Laisse ! » accuse Gobbo, le batelier de la famille, qui avoue. La jeune fille ressuscite et le mariage est rapidement célébré.

Comme pour l’histoire du serpent à sonnette tout ça vous paraît un peu tiré par les cheveux? Mais c’est de la faute au procédé dont j’avais déjà parlé, cette histoire de métagramme.
Pour Fleisch, dans sa thèse sur les dramaturges français, suggère que le développement du thème est engendré par par la transformation de « La vérité sort de la bouche des enfants » en « La vérité sort de la douche des enfants« . La permutation du b en d est fréquente chez Roussel : Le crachat de la bonne à favoris pointus/ le crachat de la donne à favoris pointus, Dardanelles/Barde à Nesle, la place du bandit sur les tours du fort/ La place du dandy sur les tours du fort
Mais Perec et Mathews ont une autre hypothèse quant à l’évolution du récit :

le viol = l’outrage

une révélation (liquide) = est dit

au moyen d ‘une douche = de douche

d’une façon intermittente

ou/et

grâce aux sauts des enfants = par petits bonds

La tragédie du Doge Partibon = L’outrage est dit de douche par petits bondssaute-mouton-copie-1024x768.1224941523

Pas mal, les histoires de Raymond Roussel, n’est-ce pas ?

Raymond Federman

octobre 10, 2009 § 3 Commentaires

moton174J’ai l’extrême tristesse de vous annoncer la mort de Raymond Federman, survenue le 6 octobre. Il nous manque, cruellement.

Laure Limongi nous a annoncé ainsi la triste nouvelle. Elle venait de publier les Carcasses, chez Léo Scheer, le dernier  Federman.

Il lui avait dit : « Tu sais, Laure, je suis un vieux bonhomme maintenant. Un jour, un de ces jours, dans pas longtemps, des extraterrestres vont venir me chercher pour m’emmener dans leur planète. Il va falloir t’habituer… » Les extra-terrestre sont venus.

J’avais eu l’occasion de le rencontrer en 2004 lorsqu’il était au Festival d’Avignon. Louis Castel avait créé une pièce qui s’appelait Federman’s à partir de la vie de Federman  et où à la fin, de simple spectateur il devenait acteur de son propre rôle. Après, dans les jardins de la Chartreuse, il nous avait parlé de son livre, alors en préparation qui s’appelait My Body in nine Parts, qui vient de recevoir un prix en Italie. Gentillesse, humour, que dire de plus de cette rencontre ?

Je voudrais, juste pour donner envie à ceux qui veulent prolonger dans l’éternité de ses livres la rencontre avec cet homme, faire partager  un extrait d’un d’entre eux édité par Cadex qui s’appelle à la queue leu leu ; C’est « un long récit pas très large ».

un

homme

en

deuil

tenant

en

laisse

un

chien

énorme

mais

musclé

et

derrière

lui

une

longue

procession

d’hommes

tous

vêtus

de

noir

l’homme

perplexe

demande

à

l’homme

au

chien

pourquoi

ces

deux

corbillards

et

l’homme

au

chien

lui

répond

oh

le

premier

cercueil

c’est

ma

belle-mère

et

le second

c’est

ma

femme

oh

le

chien

lui

répond

l’autre

en

tirant

sur

la

laisse

de

son

chien

c’est

lui

qui

les

a

tuées

toutes

les

deux

dites-moi

est-ce

que

je

pourrais

vous

emprunter

votre

chien

pour

quelques

heures

Lire aussi : Claro, Ligne de fuite, Bartleby les yeux ouverts

Où suis-je ?

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