Posture ou imposture

juin 11, 2009 § 3 Commentaires

On pourrait appeler cela le hasard tout simplement, je préférerais utiliser le mot de « rhizome » que Christian Garcin avait employé à propos de son dernier livre paru chez Verdier « La piste mongole » dans une interview au Monde quand il voulait donner une image de ce qui reliait chacun de ses romans entre eux. Ce mot, je voudrais l’utiliser pour exprimer ce qui parfois relie les livres que l’on est en train de lire au précédent ou à un autre, mais aussi ce qui les fait être en « raisonnance » avec un fait, une pensée que nous venons de rencontrer.
Je suis tombée (j’utilise le verbe tomber pour bien montrer tout le hasard qui s’insinue dans cette action) sur un petit livre bilingue (Français-espagnol), ouvrage qui rassemble un échange de lettres entre Enrique Vila-Matas et Jean Échenoz, intitulé De l’imposture en Littérature. vila-matas01Echenoz
Je n’ai pas hésité un instant et j’ai acheté ce livre (un peu maigre à mon goût). Une terrasse à l’ombre et voici que je dévore cet échange épistolaire. Ce matin, en lisant le blog de Christine Génin, j’avais découvert une texte assez truculent de François Caradec, une tête d’écrivain, où il expliquait quelle était la posture à adopter pour devenir écrivain :

Il s’avisa qu’il était chauve comme une fesse, mais qu’il pouvait se faire sans effort une tête de Francis Ponge qu’il admirait beaucoup.

Ses premiers ennuis commencèrent lorsqu’il lut Du mouvement et de l’immobilité de Douve : il poussa le mimétisme jusqu’à s’acheter par correspondance une perruque d’Yves Bonnefoy. Il fut choqué que le Mercure de France lui demandât son tour de tête, il pensait que c’était un modèle standard.
C’est à cette époque que les éditeurs se mirent à exploiter sérieusement les produits dérivés. Il compléta sa perruque par une frange (Grasset) pour ressembler à Hervé Bazin, un fume-cigarettes (Gallimard), modèle Philippe Sollers, une boîte de poil à gratter pour prendre les tics de Malraux (vendue à la boutique de la BN), un décolleté de chemise blanche de Bernard-Henri Lévy fourni par L’Express à tout nouvel abonné avant la fin du mois, un lorgnon comme Léautaud (encore le Mercure) et, à cette occasion, il commença à tenir son journal intime.

Quelques accessoires semblent suffisants pour y parvenir !
Une lecture du matin qui se retrouve dans celle de midi = premier rhizome.

Le propos de Vila-Matas et d’Échenoz est plutôt opposé puisqu’ils ont choisi de parler de l’imposture d’être écrivain. Échenoz rappelle à Vila-Matas que c’est en voyant à dix-sept ans La notte d’Antonioni où Mastroianni jouait le rôle d’un écrivain qu’il souhaita en endosser l’habit.

C’était absolument ce que nous voulions être et ce qui nous le faisait désirer encore plus à dix-sept ans, chacun dans sa salle de cinéma, toi à Barcelone et moi dans une affreuse petite ville du sud-est de la France (1) . Écrire, c’était déjà mon but, qui n’était d’ailleurs pas si accessible même s’il me semblait que c’était la seule chose à faire. Or écrivain-Mastroianni devenait un idéal de ce but jusque dans les détails que tu notes – son col de chemise idéalement repassé, sa voiture -, et surtout avec Jeanne Moreau à son bras – qui n’était certes pas un détail.

Et il est un autre rhizome qui fait lien avec ce que j’avais écrit dans le billet précédent. C’est à propos des phrases empruntées.
Échenoz rappelle à EVM leur seule et unique rencontre précédente dans le bar el aviador ; il lui avait raconté que, en allant chez son garagiste, la femme de celui-ci alors qu’il s’était assis en attendant que la facture soit prête et alors que le chien de la maison essayait de lui grimper dessus, celle-ci avait dit :

« Ces petits chiens adorent les genoux »

Vila-matas, quelques années plus tard l’a reprise à son compte dans Paris ne finit jamais, histoire d’une imposture aussi où le personnage essaie de se glisser dans la peau d’Hemingway.

… sans m’en rendre compte, j’ai oublié mon imposture, j’ai oublié de quel garage elle était sortie et je me suis progressivement approprié la phrase jusqu’à la croire mienne.

Échenoz lui répond :

Mais tu parles à ce propos d’imposture et je ne crois pas que sur cette affaire d’emprunt d’une réplique, ce soit le mot…
Comme toi sans doute je n’ai jamais cessé de prendre un peu partout toutes sortes d’éléments ( récits rapportés, propos dérobés au vol, graffiti, instantanés, extraits de films, niaiseries télévisées, citations, etc.) puis de maquiller ces choses comme on dit en français qu’on « maquille » une voiture volée, pour essayer de les asservir à cette image reconstruite – dans ce mal nécessaire qu’est un scénario.

Des rhizomes existent assurément entre les livres que l’on lit et la vie, le reste… Des hasards, si vous voulez.

1 . C’est Orange, l’affreuse petite ville. Je confirme, affreuse et petite.

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