La rentrée

août 29, 2008 § 5 Commentaires

Ce n’est pas que la rentrée des classes … … c’est aussi celle des imprimeurs !
C’est une bonne nouvelle pour Cousu Main puisque Les territoires de la folie de Sylvie DURBEC et avec les dessins et linogravures de Valérie CRAUSAZ devrait se concrétiser très rapidement.

L’imprimerie rouvre lundi, que s’agitent les rotatives !

Marcel DUCHAMP, Roberto BOLAÑO

août 25, 2008 § 2 Commentaires

Page 224 de 2666 de Roberto Bolaño, le professeur Amalfitano accroche sur une corde à linge Le testament géométrique de Rafael Dieste. Il fut

 

publié par les Éditions del Castro dans la ville de La Corogne en 1975, un livre (…) divisé en trois parties, la première une « Introduction à Euclide, Lobatchevski et Rieman « , deuxième consacrée aux « mouvements en géométrie » et la troisième intitulée « Trois démonstrations du V postulat » (…)

Un peu plus loin, on peut lire :

Sur le revers de la jaquette du livre, l’attention était attirée sur le fait que ce Testament géométrique était en réalité composé de trois livres, « avec leur propre unité, mais fonctionnellement reliés par le dessein de l’ensemble« 

2666 est composé de cinq livres avec leur propre unité, mais fonctionnellement relié par le dessein de l’ensemble. Coïncidence où message post-mortem de l’auteur pour inciter à publier  ces différentes parties en un seul volume ?
Bon, continuons avec Le testament géométrique en possession du personnage Amalfitano. Que fit-il de celui-ci ?

Ensuite il entra dans la cahute comme s’il manquait d’oxygène et tira d’un sachet en plastique marqué du logotype du supermarché où sa fille allait faire les courses de la semaine trois pinces à linge, qu’il s’obstinait à appeler de la manière chilienne des chiots, et avec lesquelles il suspendit le livre à l’une des cordes puis retourna à la maison en se sentant vraiment soulagé.

Je ne savait pas en parlant de la littérature de chiottes qu’il existait aussi une littérature de chiots dont le Testatament géométrique ferait partie. Je ferme la parenthèse sur cette étrange ressemblance phonétique. Vous voulez savoir pourquoi Amalfitano pend cet ouvrage à une corde à linge ? Voici la réponse :
Celle donnée par Bolaño :

L’idée évidemment était de Duchamp.

De son séjour à Buenos Aires, il existe ou il ne s’est conservé qu’un seul ready made. Bien que sa vie entière ne fût qu’un ready made, ce qui est une manière d’amadouer le destin et en même temps d’envoyer des signaux d’alerte. Calvin Tomkins écrit à ce propos :

« À l’occasion du mariage de sa soeur Suzanne avec son ami intime Jean Crotti, qui eut lieu à Paris le 14 avril 1919, Duchamp envoya par courrier un présent au couple. Il s’agissait d’instructions pour accrocher un manuel de géométrie à la fenêtre de son appartement et l’attacher avec une code, pour que le vent puisse « feuilleter le livre, choisir les problèmes, tourner les pages et les arracher ».« 

 Je suis donc allée vérifier la véracité de l’épisode dans la biographie de Marcel Duchamp de Bernard Marcadé. Les sources sont les mêmes, les faits sont racontés presque de la même façon.
Bolaño continue ainsi toujours en citant Calvin Tomkins :

 » Il est possible que le manque de joie manifeste de ce ready-made malheureux, comme l’appela Duchamp, en fasse un présent choquant pour de nouveaux mariés, mais Suzanne et Jean suivirent les instructions de Duchamp de bonne humeur. De fait, ils en arrivèrenet à photographer ce livre ouvert suspendu en l’air – image qui constitue l’unique témoignage de l’oeuvre qui ne réussit pas à survivre à pareille exposition aux éléments – et, plus tard, Suzanne en fit un tableau intitulé Le ready-made malheureux de Duchamp. Comme l’expliquerait Duchamp à Cabanne : « Cela m’amusait d’introduire l’idée de bonheur et de malheur dans les ready-mades, et puis il avait la pluie, le vent, les pages volant, c’était une idée amusante. »

Dans la biographie de Marcadé on apprend que

Au-delà de la psychologie, ce ready-made délégué est de part en part humorisitique. « ce n’était que de l’humour. Carrément humour, humour. Pour dénigrer un livre de principes. » La géométrie est ici en effet vraiment « dans l’espace ». La géométrie à l’épreuve de l’espace même, car comme le précise encore Duchamp : « Le traité apprit sérieusement les choses de la vie. »

Peau

août 23, 2008 § 5 Commentaires

Pour faire un cadeau à mon retour du Pays Doré, je vous offre avec la complicité de Pierre Autin-Grenier, un inédit de celui-ci:

PEAU

Il arrive que ne sachant plus quoi faire de ma peau je m’écorche vif, la plie ensuite avec soin et la dépose sur le dossier d’une chaise; me sentant soudain léger ainsi libéré de toutes apparences je peux alors attaquer la journée du bon pied. Il en faut vraiment peu parfois, bien mince stratagème, pour d’une humeur maussade devant le miroir du matin se retrouver en cinq sec réconcilié avec la vie et, claquée la porte derrière soi, prêt à de saines folies.

     J’ai connu des petits plaisantins qui changeaient de peau comme de chemise, au gré des circonstances, et sans voir que cela ne menait à rien car c’est bien en chair et en os qu’il convient de se montrer, le cœur à nu et tout le reste avec,  très simplement. Certains font ainsi peau neuve chaque jour ou presque ne se doutant que sous ce qu’ils prennent pour une nouvelle manière d’être perce toujours l’âme répugnante du reptile ou l’instinct sauvage du fauve. Ignorent-ils à ce point que sous ces peaux d’emprunt il y a belle lurette qu’ils ne trompent plus grand monde ?

     Certes ces journées d’écorché vif où mon vieux cuir cruellement tanné par les vicissitudes de l’existence reste en repos sur sa chaise à la maison, alors tout éclate à chaque coin de rue de ce qui m’anime pour de vrai; bonté ou crapulerie, sévérité ou gourmandise, saute comme une évidence aux yeux du premier venu et je ne puis rien dissimuler des sentiments que j’éprouve, encore moins feindre ceux que je n’ai pas. Il en résulte parfois quelque embarras, certains s’étant mépris de longtemps sur mon compte, méconnaissant jusque-là qui je suis et, m’ayant imaginé toujours bien disposé à leur égard, les voilà violemment dépités de me découvrir soudain les tenant depuis des lunes en piètre estime. À l’inverse, d’autres qui me battaient froid parce que me trouvant un air indifférent et dédaigneux, sous mon véritable jour me voyant curieux d’eux-mêmes et de leur opinion autant que soucieux de leur marquer ma déférence, ne me laissent plus une seconde pour souffler tant est pressante leur soif de me témoigner reconnaissance et amitié.

     Je suis bien obligé d’avouer parfois un peu harassantes ces heures passées à parcourir la ville avec seulement mon âme en bandoulière et nulle carapace pour me protéger du jugement toujours téméraire d’autrui. Retour chez moi je remets ma peau, souvent pour longtemps; le monde n’est pas prêt, voyez-vous, à souffrir sans broncher toutes nos vérités.

 

 

P.A.G

Extrait de « C’est tous les jours comme ça (Les dernières notes d’Anthelme Bonnard) » inédit.

Nous vivons dans un monde merveilleux !

août 22, 2008 § 3 Commentaires

Vous avez aimé Euro Disney, vous aimerez …. avec sa Princesse Carla et le preux chevalier Kouchner. Si vous êtes en vacances, si vous ratez cet instant unique pour la spiritualité de notre pauvre société (qui ne s’empêche pas de regarder les JO en buvant du Coca et en se disant que le sport doit rester en dehors de tout ça…), vous pouvez vous rattraper avec la venue de Benoît le seizième (oui, comme l’arrondissement parisien !), en septembre à Lourdes.

Je crois que je n’aurais pas dû rentrer du Pays Doré tellement ce que j’avais occulté jusque-là m’énerve !

De retour du Pays Doré…

août 21, 2008 § 5 Commentaires

Sans grande envie de rentrer (mais obligée quand même de descendre du plateau) je ne ressens qu’une envie c’est d’y retourner. En effet, la rentrée littéraire approchant, ça bruisse de commentaires sur le dernier untel ou unetelle. Libé d’aujourd’hui, parlait du dernier Angot. J’ai lu l’article pour voir jusqu’où allait la complaisance. La journaliste s’extasie sur le texte (comme le qualifie plus justement Assouline sur son blog pour ne pas parler de roman). La journaliste de Libé trouve géniale la comparaison du XVIIIe arrondissement de Paris avec Calcutta. La pauvre, peut-être n’a-t-elle pas pu prendre de congés cet été et donc voyage comme elle peut.
Faut-il ajouter que le Bruno en question dans la dernière production d’Angot n’est que ce fantastique Doc Gynéco (le pseudo est vach’ ment bien choisi) qui pendant qu’il comptait fleurette à M’ame Angot, soutenait activement (excusez du peu) le candidat Sarkozy à la Présidentielle. Ça fait rêver, non ?
C’est de l’élite de notre pays dont je parle. D’ailleurs, voici ce qu’en dit du moins géographiquement l’article de Libé :

La distance est moins longue entre la rive droite et la rive gauche qu’en sens inverse, entre la rive gauche et la rive droite. Tous les Parisiens le savent.

Qu’est-ce qu’on s’en fout !!!!
Au Pays Doré, à cent mètres de chez moi, il est une rivière qui sépare le lieu en deux départements, deux régions, même… On y pêche la truite de la même façon d’un côté comme de l’autre .

Quand je reviens du Pays Doré, que je vois un article pareil sur une Parisienne (qui vient de Montpellier ne l’oublions pas !) qui un jour s’est prise pour Duras, sauf qu’elle n’en n’avait pas le talent, j’ai envie de faire demi-tour et d’aller parler avec mes voisins, éleveurs, de la réalité de la vie, aussi banale puisse-t-elle paraître aux yeux des habitants de la Rive Gau.. Droi… pardon je ne sais plus…

Des nouvelles du Pays Doré

août 13, 2008 § 3 Commentaires


Je suis très occupée, par les cueillettes, de groseilles… Mais aussi les myrtilles et les framboises. Et puis, il faut transformer tout ça en gelées et confitures. J’utilise aussi le temps à rêvasser tranquillement. Vous voulez des nouvelles de la faux ? Elle a été bichonnée, affûtée par le voisin. Il m’a même offert une pierre à aiguiser. De mon côté, j’ai traité au xylophène® le manche un peu vermoulu. Et au travail ! Sauf que le manche n’était pas qu’un peu vermoulu puisque il s’est brisé !

La lecture de 2666 avance (page 400 ce matin !)
Il paraît qu’il y a des Jeux Olympiques à Pékin et une guerre en Géorgie…

Les territoires de la folie chez Bolaño

août 2, 2008 § 2 Commentaires

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises du prochain livre qui sera édité par Cousu Main intitulé Territoires de la folie. Il y est question de Louis Soutter et Robert Walser, artiste et écrivains suisses, qui ont tous les deux connu l’asile d’aliénés, l’un à Baillaigues et l’autre à Herisau.
 Je lis l’ultime roman de Roberto Bolaño 2666. Là aussi il est question d’un asile d’aliénés en Suisse.

Ensuite il parla d’un voyage en train, (…) en direction de l’un des villages à mi-chemin entre Montreaux et les contreforts des Alpes bernoises où ils avaient loué un taxi qui les avait amené, par un sentier zigzagant, mais scrupuleusement asphalté, vers une maison de repos qui arborait le nom d’un homme politique ou d’un financier suisse de la fin du XIXe siècle, la clinique Auguste-Demarre, nom irréprochable derrière lequel se cachait un fort civilisé et discret asile d’aliénés.

Je n’ai trouvé ni banquier ni financier suisse s’appelant Auguste Demarre, juste un Jean François Auguste Demarre, Maire officier de l’état civil de la commune de Goult, département de Vaucluse, en 1863.
Je continue :

…là s’était enterré vivant un peintre que l’Italien tenait pour l’un des plus inquiétant du XXe siècle. (…) Le nom de ce peintre était Edwin Johns et il s’était coupé la main droite, la main avec laquelle il peignait , l’avait embaumée et l’avait collée sur une sorte d’autoportrait multiple.

Voici comment les choses s’étaient passées :

Un matin, après deux jours d’activité fébrile consacrée à ses autoportraits, le peintre s’était tranché la main avec laquelle il peignait. Immédiatement après il s’était fait un garrot au bras et avait apporté la main à un taxidermiste qu’il connaissait et qui était déjà au courant de la nature du nouveau travail qui l’attendait. Ensuite le peintre s’était dirigé vers un hôpital, où l’on mis fin à l’hémorragie et procéda à la suture de la plaie. À un certain moment, quelqu’un lui demanda comment était arrivé l’accident. Il répondit que sans le faire exprès, tandis qu’il travaillait, il s’était coupé la main d’un coup de machette. Les médecins lui demandèrent où était la main coupée, car il était toujours possible d’essayer de la greffer. Il dit qu’alors qu’il se rendait à l’hôpital, à la fois de colère et de douleur, il l’avait jetée dans le fleuve.

Cette histoire du personnage du roman de Bolaño m’a fait pensé à celle de l’artiste Pierre Pinoncelli dont on a entendu parler récemment lors de la libération d’Ingrid Betancourt. En effet,il est plus connu pour ses attaques contre l’urinoir de Duchamp à Nîmes au Carré d’Art en 1993 et au Centre Pompidou en 2006 que pour son acte fou, héroïque qu’il fit à Cali en juin 2002 en hommage à la franco-colombienne otage des FARC : il se trancha une phalange du petit doigt ( la photo ci-contre).
La ressemblance est troublante avec le Edwin Johns de 2666 mais s’arrête là. Pinoncelli ramassa le morceau de doigt une fois sur le sol, après le deuxième coup de hache (le premier ayant raté), « il ressemblait à un vers luisant » , il dessina avec lui un coeur sur sa poitrine avec le sang puis écrivit le mot FARC sur le mur qu’il entacha de sang.
Contrairement à Edwin Johns, Pinoncelli n’est pas interné ni en France, ni en Suisse, ni ailleurs.

Où suis-je ?

Vous consultez les archives de août, 2008 à Cousu main.