Le château de Cène

juillet 1, 2008 § 4 Commentaires

À la FNAC, il y a eu une sorte de promotion d’une sélection de livres érotiques. Entre Catherine Millet (la vie sexuelle de Catherine M.) et Louis Calaferte (la mécanique des femmes), il y avait Bernard Noël (le château de Cène). Ignorant tout de ce texte, j’ai acheté ce livre et j’ai lu cet étrange récit. La postface qu’on trouve dans l’édition l’Imaginaire /Gallimard, apporte quelques éclaircissements sur l’histoire de ce récit et les intentions de l’auteur. Il publia ce texte en 1969 et le signa du pseudonyme d’Urbain d’Orlhac (nom inspiré par ses origines : il est du Pays Doré.). Cela lui valu un procès pour outrage aux bonnes moeurs auquel il fut défendu par un avocat qui deviendra ministre de la Justice par la suite. il fut condamné quand même.
J’ai relevé quelques extraits de cette postface :

…à un certain moment du gaullisme, le roman érotique m’est apparu comme une arme contre la bêtise politique – la seule arme contre cette société satisfaite et puante… il est vrai que la plupart des livres érotiques à succès ne servent qu’à distraire nos jeunes cadres; j’avais cru au contraire, après l’échec de mai, qu’ils restaient une des formes de violence susceptibles de miner cette société. Si me voilà devenu malgré tout objet de consommation, j’espère tout de même que mon Château restera en travers de pas mal de gorges.

écrit en 1970

 

 

Notre société permet tout ce qui ne dérange pas. Si ce n’est plus tout à fait vrai aujourd’hui et s’il y a crise, c’est que l’intérêt immédiat des hommes du pouvoir est en contradiction avec les valeurs qui fondent leur pouvoir. il faut , par exemple, favoriser la consommation, qui les enrichit, au détriment de la morale, qui les légitime. Pour la première fois, le pouvoir s’établit sur la confusion et non plus sur l’ordre. Il s’agit d’un mensonge généralisé dont la langue est malade.
La permissivité actuelle autorise à tout dire parce que ce tout ne veut plus rien dire. La parole devient inoffensive par privation de sens. L’écriture connaît la même privation sous ses formes normalisées : publicité, journalisme, best sellers, qui passent pour de l’écriture et qui n’en sont pas.
l’ancienne censure voulait rendre l’adversaire inoffensif en le privant de ses moyens d’expression; la nouvelle -que j’ai appelée la sensure– vide l’expression pour la rendre inoffensive, démarche beaucoup plus radicale et moins visible.
Un bon écrivain est un écrivain sensuré.
Tout ce qui médiatise censure.

écrit en 1984

 

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