Cousu Main à Paris

mai 24, 2012 § 3 Commentaires


Vous pourrez retrouver les livres Cousu Main à la librairie Ephémère du 31 mai au 10 juin en (très bonne) compagnie de plusieurs dizaines d’éditions indépendantes. Amis parisiens ou amis en escapade sur Paris en ce beau mois de Juin, si vous traînez du côté de Montmartre, évitez le Sacré Coeur et allez plutôt à la Halle Saint Pierre, vous y ferez de bien plus belles découvertes.

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Rendez-vous de Mai à Nyons

mai 10, 2012 § Poster un commentaire

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Comme tous les ans, Cousu Main participe à Lire en Mai à Nyons (26), le 17 et 19 mai prochains.

Vous trouverez le programme détaillé de ces deux jours en cliquant ici.

Que sont nos yeux devenus ?

mai 4, 2012 § 1 commentaire

De temps en temps, il m’arrive de participer aux Vases Communicants, un échange d’écriture entre animateurs de blogs littéraires. Aujourd’hui, c’est avec l’ami Benoît Vincent qui codirige la revue Hors Sol que l’échange a lieu. À partir d’une proposition d’écriture, cette photo, nous avons produit un texte. Le mien est sur son blog, Ambo(i)Lati, j’accueille le sien ci-dessous.

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Qu’est-ce qui brille dans la nuit ? Les flaques d’eau, une paire d’yeux de
bêtes, les piquets de clôture. Ce qui brille dans la nuit, ce sont les éclats
d’une nuit plus froide, plus profonde.
Quand tu traverses la Clave pour y arriver, tu passes un col, des gorges,
un paysage confus de ronces bleutées. Tu passes un col, des gorges et te
traverses toi-même. Tu es le résultat de la nuit.
Ce que tu croises la nuit sur la route, ce qui débouche dans un virage ou
traverses incidemment dans les phares. Ce qui esquive ton regard dans
un regard plus sombre, un regard de jade ou d’ambre, et subitement
disparaît.
Ce que tu suspectes et du coup patientes, ce que tu imagines dans la
combe, ce que tu grattes dans la forêt, ce que tu éboules dans la
montagne, tu
roules, roules et ne vois rien venir parce que ce
que tu ne sais pas c’est ce que tu es devenue, tu n’es
plus là.
Tu arrives. Les angles écornés de la bâtisse te rassurent. Tu es chez toi et
le gravier (incongru dans ces sables), tu ne le vois pas et ne vois pas non
plus que tu l’as trop vu. Puis la porte, le couloir, la desserte, les carreaux,
le salon, le bazar. Le merdier. Notre petite maison.

Tu es là mais tu es restée là-bas, maintenant que — d’un doigt — tu
déclenches le nucléaire.
Prépares-toi à venir.

Sélection pour le Prix « Découverte » de l’année 2012

mars 22, 2012 § 3 Commentaires

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« Interdiction absolue de toucher les filles même tombées à terre » de Claude Favre et Eric Pessan est sélectionné pour le premier Prix « Découverte » organisé par  l’association culturelle de la banque Chaix.

Les ouvrages en lice ont été choisis parmi ceux des éditeurs implantés dans les cinq départements que couvre la banque.

Le jury sera composé de tous les employés de la banque qui désirent donner leur avis sur les sept livres sélectionnés.

Le prix sera décerné en décembre 2012.

« Bref traité de dégrisement » lu dans une classe.

novembre 12, 2011 § 1 commentaire

Bref traité de dégrisement de Marc Rousselet et Hernri Tramoy a été lu par une classe de CE2. Un petit retour en arrière sur une ancienne publication Cousu Main. 

Merci à l’instituteur Olivier Bastide.

Dans la revue Dissonances…

octobre 27, 2011 § Poster un commentaire

Dans la revue Dissonances (n°21), Alban Orsini a écrit un très bel article sur  Moi, je suis quand même passé d’Eric Pessan.

Il est question d’un étrange objet, qui se lit de bas en haut à la façon dont on remonterait le courant d’un océan escamotable, le tranchant du fil de l’eau en horizon écumeux ( fil de Twitter, 140 caractères, contrainte), une métaphore filée sur la mer, la salinité, d’une attente dont on ne saurait trop rien et qui demeure énigmatique jusqu’au bout. Il est question là d’une poétisation de la forme, du fond de la langue, de minimalisme, de bribes et de simplicité et de touches aux (eaux ?) profonds. Il est question enfin de fragments qui s’amoncellent, s’empilent, se déplient comme l’ouvrage, de 153 jours qui se racontent aussi bien en tout qu’en parties, en bouts qu’en mélancolies, chaque comme esquille débutant par un « Eric Pessan » jamais vraiment écrit (le sujet étrangement présent, par là même s’évacuant).

Si cela vous intrigue, tentez le voyage de ce « Moi, je suis quand même passé » et larguez les amarres de la technologie pour le Cousu Main.

Dans le même numéro de la revue, on trouve un texte de Thomas Vinau, autre auteur Cousu Main :Le quart d’heure syndical.

Si vous m’aviez ouvert le coeur…

septembre 1, 2011 § 5 Commentaires

Petit rappel : « Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de Vases Communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Ce mois-ci, Cousu Main reçoit Christopher Selac, auteur, qui anime un blog qui s’intitule De l’autre côté du livre. Réciproquement, il accueille un de mes textes aujourd’hui, ici.
Notre point de départ fut une phrase relevée dans une nouvelle de Sherman Alexie :
À cet instant, si vous m’aviez ouvert le coeur, vous auriez vu dedans les fins squelettes blanchis d’un millier de saumons.

Si vous m’aviez ouvert le coeur…

A l’époque, nous habitions dans le centre du village, près de l’église, une de ces vieilles bâtisses étriquées, toute en hauteur, au pied d’une rue étroite et pourtant principale. Au creux de cette vallée de la France dite profonde, où les Parisiens égarés s’étonnaient encore que les routes soient goudronnées ici aussi, vivait notre voisine d’en face, une mère de famille nombreuse d’âge indéfinissable, rebouteuse de son état, et dont le don s’était transmis de génération en génération, aussi loin que la mémoire du village remontât. Mais contrairement à ses ancêtres, en plus de guérir et de protéger, il était dit qu’elle pouvait lire l’avenir dans les entrailles des volailles, et nombreux étaient ceux qui venaient, gallinacé en main, frapper à la porte d’en face, en espérant l’entendre leur conter fortune.

Toutes ses prédictions, une à une, se révélaient exactes, elle ne se trompait pas, même dans ses visions les plus funestes. Aussi, sa réputation grandissant, elle fut rapidement obligée de limiter ses consultations. L’exercice était exigeant, elle fixa donc les séances au dimanche matin, pas plus de trois clients à chaque fois, et la liste d’attente s’allongea, s’allongea et s’allongea encore, au point qu’il y fallut bientôt réserver des mois à l’avance. Elle commençait toujours une fois la messe dite, et à midi, elle terminait son office. Nous, curieux, regardions par la fenêtre, derrière les rideaux, pour voir si nous connaissions celles et ceux qui, par naïveté et par crédulité, venaient dépenser leurs maigres paies dans cet art si particulier.

Bientôt, la liste fut si longue qu’il fallut faire quelque concession face au mécontentement général – la femme du maire elle-même était intervenue, déçue de devoir attendre après l’été pour connaître sa destinée. La pratique aidant, ses dons se développant, notre voisine proposa alors aux impatients de lire l’avenir dans le cœur des pommes de terre. Et très vite, le défilé des clients recommença, s’amplifia tout le dimanche matin. J’observais toujours ce manège, depuis la fenêtre, tapi derrière les rideaux, et il m’amusait énormément. Oh oui, il m’amusait.

Jusqu’au jour où les tourments de l’adolescence vinrent à s’emparer de mon esprit, et me firent tomber éperdument amoureux d’une des filles de notre voisine, émoi que je gardais secret. Mais la réciprocité de mes sentiments me taraudait au point de devenir insupportable, assez pour que je me décide à aller dans les écarts jusqu’à la première ferme, repartir avec un poulet sous le bras, et le dimanche matin frapper à la porte de notre voisine, timide et honteux, pour mieux savoir ce qui m’attendait.

Devant moi, tremblant, éberlué, elle l’ouvrit du thorax au croupion, extirpa de ses mains sanguinolentes tout ce qui voulait bien se détacher du giron de la bête, avant d’attraper un grand couteau de cuisine, et de lui fendre le palpitant en deux. Elle se pencha sur lui pour un long examen silencieux, pendant lequel vous auriez crû qu’elle se penchait sur moi. Je m’attendais à ce qu’elle me dise « Je vois … », mais elle restait plongée par l’esprit dans le muscle exsangue, me jetant parfois un furtif coup d’œil, rempli d’une foule d’interrogation.

Pétrifié, vulnérable, je l’étais, et si vous m’aviez ouvert le cœur à moi aussi, vous auriez vu les meutes de loups squelettiques qui me poursuivaient, la rivière débordante de poissons sans chair au milieu de laquelle je me débattais, prêt à mourir à la première des prophéties m’enjoignant d’abandonner tout espoir de séduire l’être aimé.

Au lieu de cela, à la fin d’une séance interminable et de marmonnements dont je ne compris rien, elle se tourna vers moi simplement pour me dire : « Tu devrais rester déjeuner à midi avec nous ». Et aussi loin que remonte ma mémoire, jamais des poulets accompagnés de frites ne me parurent aussi délicieux.

La liste des autres échanges est sur le site des Vases Communicants.